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La Chine expulse une journaliste française en poste à Beijing

25/12/2015 02:57 EST | Actualisé 25/12/2016 05:12 EST
AFP

La correspondante à Beijing de l'hebdomadaire français L'Obs, Ursula Gauthier, a annoncé avoir été informée vendredi par les autorités chinoises qu'elle serait de facto expulsée le 31 décembre, devenant le premier journaliste étranger à subir ce sort depuis 2012.

Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré "regretter" que le visa de la journaliste ne soit pas renouvelé.

"La France rappelle l'importance que les journalistes puissent exercer leur métier partout dans le monde", a souligné le ministère dans un communiqué.

L'Obs a de son côté dénoncé "une atteinte inacceptable à la liberté d'informer", et vu dans l'expulsion de sa journaliste "un avertissement lancé par le pouvoir chinois à tous les reporters étrangers basés à Pékin", par la voix de son directeur Matthieu Croissandeau.

En poste dans la capitale chinoise depuis six ans, Mme Gauthier est l'objet depuis un mois de virulentes attaques de la part de médias d'État et d'officiels à la suite d'un article sur la politique décrite comme répressive à l'égard du Xinjiang, vaste région en majorité musulmane de l'ouest de la Chine.

Le ministère chinois des Affaires étrangères lui a téléphoné vendredi pour l'informer que, faute d'"excuses publiques" de sa part, sa carte de presse ne serait pas renouvelée, a déclaré la journaliste à l'AFP.

"On m'a confirmé que si je ne faisais pas publiquement amende honorable (...) ma carte de presse ne sera pas renouvelée et mon visa expirera le 31 décembre", a-t-elle raconté.

Ursula Gauthier a signifié aux autorités que de telles excuses étaient "hors de question". Le refus de renouveler un visa de journaliste vaut expulsion.

Elle est le premier correspondant étranger en Chine à faire l'objet d'une telle mesure depuis l'expulsion en 2012 de Melissa Chan, qui travaillait pour la chaîne de télévision Al Jazeera.

Mettre au pas les journalistes étrangers

"Pékin démontre son rêve de mettre au pas les journalistes étrangers comme les reporters chinois", a réagi sur Twitter le secrétaire général de Reporters sans frontières Christophe Deloire.

"La France doit réagir plus fortement", a-t-il souligné.

Le ministère français de la Culture avait réagi le premier, soulignant son "attachement à la défense de la liberté d'expression" et disant chercher les voies d'un "dialogue" avec la Chine pour trouver une "solution".

L'article mis en cause -publié sur le site internet de L'Obs et intitulé "Après les attentats, la solidarité de la Chine n'est pas sans arrière-pensées"- se penchait sur la réaction de Beijing après les attaques meurtrières du 13 novembre à Paris.

Ursula Gauthier y décrivait les mesures répressives et la politique "antiterroriste" des autorités chinoises au Xinjiang, région en proie depuis deux ans à une recrudescence de violences. Berceau de la minorité musulmane turcophone des Ouïghours, beaucoup y dénoncent des discriminations ethniques, culturelles et religieuses grandissantes à l'encontre de cette communauté.

Diffamation et intimidation

Le texte a suscité la vindicte des autorités chinoises, qui ont considéré qu'il revenait à justifier les violences survenant au Xinjiang, qu'elles qualifient d'"actes terroristes".

Deux journaux officiels, le Global Times (lié au Parti communiste) et le China Daily, ont publié des éditoriaux incendiaires dans lesquels ils ont reproché à la journaliste d'user de "deux poids deux mesures" en ce qui concerne le terrorisme.

Cette virulente campagne s'est accompagnée sur de nombreux sites internet et forums de milliers de commentaires, souvent injurieux, voire menaçants, d'internautes chinois.

"L'article a critiqué l'action antiterroriste de la Chine, dénigré et diffamé les politiques chinoises, provoquant la vive indignation du public chinois", a déclaré début décembre Mme Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

La journaliste a été convoquée trois fois au département du ministère des Affaires étrangères chargé des médias étrangers.

"Après la mise au pas générale de la presse chinoise" depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, Pékin entend avec cette expulsion "intimider les correspondants étrangers, notamment sur les questions concernant les minorités, particulièrement au Tibet et au Xinjiang", estime Ursula Gauthier.

Les journalistes étrangers en Chine subissent fréquemment pendant leurs reportages des entraves de la part des forces de l'ordre, qui les empêchent de se rendre dans certaines régions ou de rencontrer des sources sur des sujets "sensibles".

Les autorités françaises, en la personne de l'ambassadeur à Beijing, Maurice Gourdault-Montagne, sont intervenues en vain pour tenter de faire revenir les autorités chinoises sur leur décision.

Ursula Gauthier, qui parle couramment le chinois, avait vécu dix ans en Chine, de 1979 à 1989, avant d'être accréditée en 2009 pour L'Obs, anciennement le Nouvel Observateur.

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