DIVERTISSEMENT

«Intemporelle»: réinventer Diane Dufresne

22/12/2015 07:14 EST | Actualisé 22/12/2015 08:27 EST
Jean-Charles Labarre

Difficile de réinventer l’unique Diane Dufresne, l’artiste québécoise avec un grand A, l’artiste entre les artistes. La dame a été si brillante, originale, flamboyante, différente, bref, justement, unique, au cours de sa longue carrière, qu’on voit mal comment on pourrait ré-aborder son œuvre avec autant de panache.

Or, l’iconique chanteuse a célébré ses 70 ans, l’an dernier, en septembre 2014. Et son ami de longue date, Alain Des Ruisseaux, attaché de presse bien connu dans le milieu culturel, avait envie de lui offrir un cadeau significatif, qui se graverait dans le temps. Pas de lui rendre un hommage, parce que la principale intéressée n’aime pas beaucoup ce mot, mais de la gratifier d’une offrande symbolique, qui raviverait des souvenirs.

Et c’est ainsi qu’est né le tout doux album Intemporelle Diane Dufresne, sous la réalisation de Marc Pérusse (Luc De Larochellière, Serge Fiori) et la direction artistique de Pierre Lachance (Deschampsons, Serge Fiori), paru sous la nouvelle étiquette des Disques de la cordonnerie, à la mi-novembre.

Sur le tout simple principe des reprises de grandes chansons, un groupe sélect et hétéroclite d’étoiles montantes ou établies (Diane Tell, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe, Marie-Denise Pelletier, Charlotte Cardin, Marie-Pierre Arthur, Catherine Major, Alexandre Désilets, Roch Voisine) revisite quelques-uns des légendaires morceaux de Diane Dufresne, des Hauts et des bas d’une hôtesse de l’air à J’ai douze ans, de J’ai rencontré l’homme de ma vie à Oxygène, d’Un souvenir heureux à Hymne à la beauté du monde. Un joli texte de Dufresne elle-même, réincarné de sa propre voix, Merci, ferme cette enveloppante compilation, sur laquelle on déplore quelques omissions - calculées, afin de respecter la ligne conductrice du disque -, comme Le parc Belmont ou Tiens-toé ben, j’arrive!, mais qui rend néanmoins fort bien justice au répertoire de l’interprète.

«L’album aurait pu s’appeler Cadeau, souligne Diane Dufresne, lorsqu’on lui demande comment elle perçoit l’entreprise Intemporelle Diane Dufresne. C’est un coup de chapeau, un coup de cœur, un album très personnalisé. Tant mieux si c’est un hommage, mais j’ai l’impression d’être bien, bien vieille quand on fait des hommages (rires)»

Personnalités

De ses propres dires, Diane Dufresne n’a pas réécouté cent fois Intemporelle Diane Dufresne lorsqu’on lui a remis l’objet, dont l’éclatée pochette, à l’image de son sujet, juxtapose une dizaine d’autoportraits d’elle-même, en noir et blanc, avec un carré de couleur. Elle désirait garder un effet constant d’excitation en glissant la galette dans le lecteur et en s’imprégnant de ces pans de son passé.

«Je ne voulais pas donner mon impression. Parce qu’un cadeau, on n’a pas à le juger. J’essaie de garder l’extase qui se produit quand on déballe un cadeau. Mais c’est très, très chouette.»

Ce qui ne l’empêche pas, par contre, d’être encore et toujours émue en réentendant certains vers, comme ceux de J’ai 12 ans, que s’approprie ici Charlotte Cardin, ou ceux d’Hymne à la beauté du monde, encore autant d’actualité, relus par Roch Voisine.

Ou d’être soufflée par la personnalité propre que chaque participant au projet a apportée à la pièce qui lui était attitrée. De Pierre Lapointe (Un souvenir heureux), Diane Dufresne affirme que sa voix s’embellit sans cesse et qu’il chante de mieux en mieux. De l’Oxygène de Catherine Major, plus en retenue que la première version, elle vante les arrangements somme toute sobres. Elle dit avoir beaucoup aimé l’humour dont Ariane Moffatt a teinté Striptease. Elle a été ravie de retrouver les noms de Diane Tell (Les hauts et les bas d’une hôtesse de l’air) et Marie-Denise Pelletier (Le tour du bloc) sur l’opus.

Aux yeux de Richard Langevin, conjoint de Diane Dufresne, un projet comme Intemporelle Diane Dufresne revêt un caractère extrêmement émotif pour sa douce.

«Pour les gens, ce sont des chansons, mais pour elle, c’est sa vie, insiste l’homme. Chaque chanson a une histoire. Elle n’est pas très nostalgique, mais ça n’a pas toujours été facile. Ce sont des étapes de sa vie, ses partages avec les auteurs-compositeurs. Quand elle écoute ça, ça lui fait souvent bizarre. Le voyage en arrière n’est pas son sport préféré, c’est une personne qui va toujours de l’avant. Mais ça la touche beaucoup que des chanteurs aient pris le temps de faire ça.»

Essentiels artistes

L’automne a été chargé en visibilité pour Diane Dufresne, toujours aussi inspirée au gré du temps qui passe. On inaugurait il y a quelques semaines le Centre d’art Diane-Dufresne, à Repentigny, un complexe à son nom voué à la création sous toutes ses formes, doté de salles d’exposition, d’enseignement et de médiation, où sont exhibés ses plus récents dessins et peintures, et ceux de Richard Langevin, sous le titre DDXL. Et Intemporelle Diane Dufresne est venu clore 2015 de belle façon.

Après les attentats de Paris du 13 novembre dernier, Diane Dufresne est plus que jamais consciente du rôle que les artistes doivent jouer dans la société.

«Quand on tue des gens parce qu’ils écoutent de la musique, il faut faire une grande réflexion, avance-t-elle. Ce n’est pas rien. Tous les artistes doivent réfléchir. C’est à ça que ça sert, un artiste, c’est pour ça que c’est important. Un artiste est comme une éponge, il absorbe la violence et la redonne. On fait de la création avec la violence, on s’imbibe et on la transforme. Dans tous les domaines, l’artiste doit continuer à être libre.»

L’album Intemporelle Diane Dufresne est disponible en magasin et sur iTunes.

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