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Washington lève l'interdiction d'exporter du pétrole américain (VIDÉO)

18/12/2015 03:21 EST | Actualisé 18/12/2015 03:21 EST

Les Etats-Unis ont décidé de lever l'interdiction pesant depuis 40 ans sur les exportations de pétrole américain, une conséquence logique de l'augmentation spectaculaire d'une production nationale en mal de débouchés.

La loi budgétaire adoptée vendredi par le Congrès prévoit notamment qu'"aucun responsable du gouvernement fédéral ne pourra imposer ou faire respecter des restrictions à l'exportation de pétrole brut".

Réclamée avec vigueur par plusieurs élus républicains et les grands groupes pétroliers, critiquée par de nombreux démocrates et combattue en vain par des organisations écologistes, cette mesure pourrait, espèrent ses promoteurs, tout à la fois soulager les stocks surabondants, assurer un débouché à la production américaine, et permettre une petite baisse du prix de l'essence à la pompe.

Autre argument invoqué par Heidi Heitkamp, sénatrice démocrate de l'Etat du Dakota du Nord (nord) saisi par la fièvre du pétrole de schiste: "En ouvrant le brut américain au reste du monde, nous fournirions à nos alliés un partenaire commercial plus stable, et réduirions le pouvoir de pays comme la Russie, le Venezuela et des régions volatiles du Moyen-Orient qui utilisent leur domination (sur le marché de) l'énergie pour influencer notre pays et nos alliés".

Pour les écologistes, il s'agit d'un nouvel encouragement à pomper du pétrole, au mépris des engagements pris au début du mois à la conférence sur le climat de Paris (COP21).

"Des sources d'énergie sales et dangereuses doivent rester dans le sol", ont fait valoir les Amis de la Terre.

Cette organisation a évoqué également les risques posés par l'acheminement du brut vers de nouvelles destinations, qui "va augmenter la fréquence des explosions de train et des fuites de pétrole dans le pays et les eaux internationales".

- En plein choc pétrolier -

L'embargo remontait au choc pétrolier de 1973-1975, lorsque les Etats-Unis, dont la production de pétrole était en déclin, voulaient se protéger d'une possible rupture des approvisionnements. Ils avaient décidé de constituer une réserve stratégique de brut et d'interdire l'exportation de la production nationale.

Cet embargo était toutefois poreux: le ministère de l'Energie chiffre à quelque 491.000 barils par jour les exportations de brut actuelles, permises quand elles sont à destination du Canada pour utilisation sur place, ou en provenance du nord de l'Alaska ou de Californie.

Désormais, plus aucune restriction légale ne pèsera sur les exportations des quelques 9,2 millions de barils par jour produits par les Etats-Unis, ou des 490,7 millions de barils de brut commercial stockés dans le pays.

Le président américain pourra seulement limiter les exportations pour des raisons de sécurité nationale, en cas de pénurie, ou si les cours du pétrole aux Etats-Unis viennent à dépasser très largement les prix pratiqués sur le marché mondial, au risque de peser sur l'emploi.

Cette mesure a été favorisée par la spectaculaire envolée de la production américaine de brut ces dernières années, qui a permis à l'Agence internationale de l'énergie (AIE) de prédire que les Etats-Unis pourraient être exportateurs nets de brut dans une quinzaine d'années.

A 281,68 millions de barils par mois (en septembre 2015, selon les chiffres du ministère américain de l'Energie), la production se rapproche de son record d'octobre 1970 (310,40 millions de baril) et elle a presque doublé depuis octobre 2008 (146,93 millions de barils).

Pour James Williams, de WTRG Economics, la levée de l'interdiction d'exporter ne devrait avoir que peu d'impact sur le marché mondial du pétrole, car "au total, il n'y aura pas de quantité de pétrole supplémentaire en vente".

En revanche, "elle pourrait bénéficier aux producteurs, qui devraient pouvoir exporter à un prix meilleur (que celui qu'ils obtiennent aux Etats-Unis) vers l'Europe, où les raffineries sont mieux équipées" pour traiter la qualité de pétrole américain à basse teneur en soufre que les raffineries américaines, a-t-il fait valoir.

Mais comme l'a noté Andy Lipow, de Lipow Oil Associates, les exportations seront difficiles si l'écart de prix entre les variétés du WTI américain et du Brent européen, coté à Londres, se resserre encore: "Cela n'encourage pas les exportations américaines vers de nombreux pays du monde", une fois pris en compte le coût additionnel du transport.

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