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Baltimore : l'avortement du premier procès Freddie Gray accueilli par des manifestations (VIDEO)

16/12/2015 03:45 EST | Actualisé 17/12/2015 11:16 EST

Le jury au procès d'un des six policiers accusés pour leur implication dans la mort du jeune Afro-Américain Freddie Gray à Baltimore, au Maryland, a été incapable de s'entendre, malgré trois jours de délibérations. L'impasse, constatée mercredi, a incité le juge à annuler le procès, un revirement qui a amené les autorités à lancer un appel au calme et à se préparer à toute éventualité.

Des centaines de citoyens sont spontanément sortis dans la rue pour exprimer leur déception. Leur marche dans le centre-ville s'est déroulée dans le calme.

La police de Baltimore a d'ailleurs écrit sur Twitter que les manifestants exerçaient « pacifiquement leurs droits constitutionnels ».

C'est d'ailleurs le message qu'a voulu envoyer la famille de Freddie Gray dans un communiqué publié plus tôt.

« Nous demandons aux citoyens de garder leur calme et d'être patients parce que nous avons bon espoir de voir un autre procès avec un nouveau jury. Nous sommes calmes. Vous devez l'être aussi. »

— Extrait d'un communiqué de la famille de Freddie Gray

Soulignant qu'elle n'en voulait pas aux jurés, la famille Gray les a remerciés pour « leur quête de justice et leurs sacrifices personnels ».

Les citoyens qui participaient à cette manifestation, qui était dirigée par des travailleurs communautaires, avaient aussi un message à envoyer.

Ils scandaient des slogans comme « Pas de justice, pas de paix! » ou « Justice pour Freddie Gray ».

Les pancartes brandies par les manifestants appelaient à l'« arrêt des brutalités policières » ou faisaient valoir que « la vie des Noirs compte » (« Black Lives Matter » en anglais).

Les autorités craignent que l'issue de ce procès n'enflamme à nouveau la ville, où avaient éclaté des émeutes après la mort du jeune homme, en avril dernier.

Dans les minutes ayant suivi l'arrêt des procédures, le palais de justice a été entouré par des policiers.

Au moins deux personnes ont été arrêtées.

Les autorités tentent de calmer le jeu

Voulant éviter une reprise des émeutes et des pillages du printemps, la mairesse de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, elle-même afro-américaine, a rapidement lancé un appel au calme.

Après avoir publié un communiqué sur Twitter, elle a martelé son message au cours d'un point de presse, demandant à ses concitoyens de respecter le processus judiciaire.

« Au cours des prochains jours, si certains choisissent de manifester pacifiquement pour exprimer leur opinion, c'est leur droit constitutionnel », a-t-elle déclaré.

Mais la « réaction collective doit se faire dans le respect de nos quartiers, des résidents et des entreprises de notre ville », a-t-elle ajouté.

« Si des troubles éclatent, nous sommes prêts à intervenir. Nous protégerons nos quartiers, nos entreprises et les citoyens de notre ville. »

— Stephanie Rawlings-Blake, mairesse de Baltimore

Aux côtés de la mairesse, un porte-parole des policiers a assuré qu'ils reconnaissaient la légitimité des manifestations pacifiques.

Toutefois, a-t-il ajouté, les gens qui commettent des crimes en causant un préjudice aux citoyens ou en détruisant les biens matériels « ne sont pas des manifestants ».

Il a refusé de préciser combien de policiers seraient déployés, se contenant d'évoquer « un nombre suffisant pour protéger cette ville merveilleuse ».

Y aura-t-il un deuxième procès?

Le juge Barry William a convié les procureurs et les avocats de la défense au tribunal administratif demain pour fixer la date d'un éventuel deuxième procès.

Les procureurs devront décider s'ils entament de nouvelles procédures avec un jury différent. Ils ont annoncé la tenue d'une conférence de presse à ce sujet jeudi.

Mardi, le juge avait renvoyé à leurs devoirs les jurés, qui se disaient déjà dans l'impasse.

Les jurés devaient s'entendre sur la responsabilité individuelle de William Porter, un officier afro-américain, dans la mort du jeune Noir de 25 ans, qui a succombé à des blessures subies lors de son interpellation par la police. Ils n'ont pas réussi à le faire sur aucun des quatre chefs d'accusation.

Premier à prendre place sur le banc des accusés, l'officier, qui avait plaidé non coupable, répondait à des accusations d'homicide involontaire, de violences, de mise en danger de la vie d'autrui et de faute professionnelle.

L'agent n'était pas sur la scène de l'arrestation de Freddie Gray, mais il a rejoint ses collègues par la suite. On lui reprochait de ne pas avoir bouclé la ceinture de sécurité du jeune homme dans le fourgon et de ne pas avoir appelé d'ambulance quand il a demandé une assistance médicale.

La défense a argué qu'il n'avait pas cru Freddie Fray gravement blessé avant l'arrêt final de la camionnette et qu'il avait agi comme tout bon agent l'aurait fait. Ses avocats ont en outre soutenu que la sécurité des passagers incombait au conducteur du véhicule.

Le jury était composé de 12 personnes : 7 Afro-Américains - 4 femmes et 3 hommes - et 5 Blancs - 3 femmes et 2 hommes.

Avant le début de leurs délibérations, le juge les avait enjoints à ne pas se laisser « influencer par la sympathie, les préjugés ou l'opinion publique ».

Le début d'une longue saga judiciaire

Trois des six policiers inculpés, dont William Porter, sont eux aussi afro-américains. Ils ont tous plaidé non coupables.

Le prochain procès était prévu le 4 janvier, le suivant devant avoir lieu quelques semaines plus tard.

Les charges les plus lourdes pèsent contre le conducteur du fourgon, Caesar Goodson Jr, inculpé pour « meurtre résultant d'une action dangereuse pour autrui et sans se soucier de la vie humaine », ainsi que pour homicide involontaire, faute professionnelle et défaut d'assistance.

Les policiers - qui sont jugés séparément - avaient demandé de subir leur procès dans une autre ville, une requête rejetée par le juge.

Freddie Gray a subi une blessure à la colonne vertébrale alors qu'il avait été placé dans le véhicule, menottes aux poings, jambes enchaînées et à plat ventre sur le plancher. La police l'avait approché pour un simple regard jugé fuyant, puis interpellé après avoir trouvé sur lui un couteau à cran d'arrêt.

À l'arrivée du véhicule à la station de police, après 45 minutes, il était inconscient. Il a été emmené à l'hôpital, où il est décédé une semaine plus tard.

La mort du jeune Gray avait dans un premier temps été suivie de manifestations pacifiques, qui avaient tourné à la violence le jour de ses funérailles.

Les autorités avaient déclaré l'état d'urgence, instauré un couvre-feu et appelé en renfort les militaires de la Garde nationale. Le président Barack Obama avait condamné les violences.

Cette affaire est venue alimenter le vif débat sur l'attitude de la police à l'égard de la minorité noire.

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