BIEN-ÊTRE

La prise d'antidépresseurs pendant la grossesse augmente le risque d'autisme

14/12/2015 01:38 EST | Actualisé 14/12/2016 05:12 EST
g-stockstudio via Getty Images
Close-up of pregnant young woman in white tank top touching her belly

La prise d'antidépresseurs pendant la grossesse augmente de 87 pour cent le risque d'autisme, démontre une étude de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine.

Cette étude publiée dans JAMA Pediatrics compile les données sur 145 456 grossesses et l'utilisation d'antidépresseurs.

La professeure Anick Bérard a expliqué par voie de communiqué que l'étude a permis d'établir que la prise d'antidépresseurs (particulièrement les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, les ISRS) pendant les deuxième et troisième trimestres de la grossesse faisait presque doubler le risque d'autisme chez l'enfant.

La professeure Bérard a précisé que c'est pendant cette période que le cerveau du bébé franchit une étape cruciale de son développement.

Les chercheurs ont tenu compte de facteurs comme les antécédents familiaux, l'âge de la mère et des facteurs socioéconomiques, ce qui leur a permis de cibler l'impact des antidépresseurs.

De 6 à 10 pour cent des femmes enceintes se voient actuellement prescrire des antidépresseurs pour soigner une dépression.

Dans l'étude de la docteure Bérard, 1054 enfants ont reçu un diagnostic d'autisme (0,72 pour cent de l'échantillon) à l'âge de 4,5 ans en moyenne. En outre, l'incidence de l'autisme chez les enfants a augmenté, passant de 4 pour 10 000 enfants en 1966 à 100 pour 10 000 enfants aujourd'hui.

Bien que cet accroissement puisse être attribuable à une détection améliorée et à des critères de diagnostic élargis de ce trouble, les chercheurs estiment que des facteurs environnementaux jouent également un rôle.

«Sur le plan biologique, il est plausible que les antidépresseurs engendrent l'autisme s'ils sont utilisés pendant la période de développement du cerveau du fœtus, puisque la sérotonine entre en jeu dans de nombreux processus développementaux prénataux et postnataux, y compris la division cellulaire, la migration des neurones, la différenciation cellulaire et la synaptogénèse, soit la création des liens entre les cellules du cerveau, précise Anick Bérard. Certaines classes d'antidépresseurs comme les ISRS agissent en inhibant la production de sérotonine, ce qui entrave la capacité du cerveau de se développer entièrement dans l'utérus.»

L'Organisation mondiale de la santé relève que la dépression représentera la deuxième cause de décès en 2020, ce qui fait croire aux chercheurs que les antidépresseurs continueront sans doute d'être largement prescrits, y compris pendant la grossesse. «Mieux cerner les répercussions de ces médicaments est une priorité en matière de santé publique, compte tenu de leur utilisation répandue», conclut Anick Bérard.

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