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La Gambie proclamée «État islamique» par son président

12/12/2015 02:54 EST | Actualisé 12/12/2015 02:55 EST
ASSOCIATED PRESS
Gambian President Yahya Jammeh stands outside the Sipopo Conference Center outside Malabo, Equatorial Guinea, ahead of the opening session of the 17th African Union Summit, Thursday, June 30, 2011. Foreign military intervention has caused massive suffering in Africa and should only be carried out with the consensus of African nations, Equatorial Guinea President Teodoro Obiang Nguema said Thursday at the opening of the body's biannual summit.(AP Photo/Rebecca Blackwell)

La Gambie, ex-colonie britannique de près de 2 millions d'habitants en Afrique de l'Ouest, est désormais "un Etat islamique", a déclaré son président Yahya Jammeh cité samedi par la présidence et la télévision publique.

Il n'a pas précisé comment cela se traduirait concrètement mais il a promis que les droits de la minorité chrétienne seraient respectés et que les femmes ne seraient pas soumises à des contraintes vestimentaires.

"Le destin de la Gambie est dans les mains d'Allah le Tout-Puissant. A partir d'aujourd'hui, la Gambie est un Etat islamique", a proclamé le président Jammeh qui s'exprimait jeudi à Brufut, à 25 km de la capitale Banjul, selon ses propos mis en ligne par la présidence sur son site (www.statehouse.gm).

"Nous serons un Etat islamique qui respecte les droits des citoyens", a-t-il affirmé en clôturant une tournée nationale.

Dans une déclaration à la télévision publique gambienne GRTV dont l'AFP a écouté un enregistrement samedi, Yahya Jammeh a expliqué que ce changement de statut de l'Etat - dont il n'a pas précisé les modalités - ne modifierait pas les relations entre les musulmans, représentant environ 90% de la population, et les chrétiens, estimés à environ 8%, les autres étant considéré comme des adeptes de religions traditionnelles.

"Nous serons un Etat islamique qui respectera les droits de tous les citoyens" de ce pays de 1,96 million d'habitants, a insisté M. Jammeh dans une émission diffusée dans la nuit de vendredi à samedi.

"Accepter la religion d'Allah comme religion, comme votre mode de vie est non négociable. Permettez-moi de dire très clairement que cela ne signifie pas que les chrétiens ne devront pas avoir leur pratique religieuse. Les chrétiens devront être respectés comme il se doit. La manière de célébrer Noël sera maintenue", a-t-il précisé.

Il a également mis en garde contre toute violence envers les femmes en raison de leur tenue vestimentaire.

"Je n'ai nommé personne comme policier islamique. La manière dont les femmes s'habillent ne vous concerne pas. (...) Vous ne devriez pas lui indiquer comme elle doit s'habiller, parce que cela ne vous regarde pas", a-t-il dit.

Cette déclaration, qui a pris tout le monde de court, n'avait pas suscité de réactions jusqu'à samedi soir dans le pays, et aucune source officielle n'était dans l'immédiat disponible pour la commenter.

Yahya Jammeh, 50 ans, militaire de carrière issu d'une famille paysanne de l'ouest du pays, cultive l'image d'un président musulman pratiquant - il apparaît régulièrement Coran et chapelet en main - et doté de pouvoirs mystiques.

La Gambie est devenue indépendante de la Grande-Bretagne en 1965 au sein du Commonwealth avec comme Premier ministre Sir Dawda Jawara, puis une République en 1970 sous la présidence de Jawara qui a été renversé en 1994 par un coup d'Etat militaire dirigé par Yahya Jammeh.

M. Jammeh a ensuite été élu pour la première fois en 1996 puis réélu trois fois (en 2001, 2006 et ensuite en novembre 2011 avec 72 % des voix). Depuis, il règne en maître sur son pays, enclavé dans le Sénégal à l'exception de sa façade maritime.

En octobre 2013, il a annoncé le retrait, avec effet immédiat, de la Gambie du Commonwealth en qualifiant cette organisation de pays anglophones de "coloniale".

En mars 2014, dans un discours lors d'une cérémonie publique, Yahya Jammeh avait indiqué que son pays allait abandonner l'anglais, actuellement sa langue officielle, au profit d'une langue nationale non précisée, sans fournir de calendrier. Une annonce demeurée pour l'heure sans effet.

Il a fait adopter en 2002 un amendement constitutionnel supprimant la limite du nombre de mandats. Son régime est régulièrement critiqué par des défenseurs des droits de l'homme pour des violations des libertés.

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