POLITIQUE

Dans les coulisses de la préparation de l'accueil des réfugiés syriens au Québec (VIDÉO)

10/12/2015 07:57 EST | Actualisé 11/12/2015 06:11 EST

Les premiers migrants syriens parrainés par Québec arriveront samedi soir à Montréal. C'est la première fois depuis le début de la décennie qu'une telle opération se met en place au Québec. Radio-Canada a eu un accès inédit aux coulisses de l'organisation gouvernementale et politique.

Un texte de Julie Dufresne

À quelques heures de l'arrivée à Montréal du premier groupe de 1800 migrants syriens parrainés par l'État, les réunions se multiplient à l'édifice Honoré-Mercier, où se trouve le bureau du premier ministre à Québec.

Ici, les micros, les caméras et les journalistes ne sont jamais admis.

Nous sommes mercredi matin. Il est 7 h 08. Autour de la table, il y a huit ministres, le directeur de cabinet de Philippe Couillard, Jean-Louis Dufresne, et le plus haut fonctionnaire de l'État québécois, Roberto Iglesias, secrétaire général du conseil exécutif - le ministère du premier ministre.

Plusieurs observent notre équipe du coin de l'œil, certains d'un air plus méfiant que d'autres. « Chanceuse, elle entre dans des endroits interdits! », lance le ministre du Travail Sam Hamad en boutade.

Il aura fallu plusieurs jours de négociation pour entrer dans cette salle. Mais à situation exceptionnelle, permission exceptionnelle. Pour nous montrer l'état d'avancement des préparatifs, le gouvernement a accepté d'ouvrir ses portes ... quelques minutes seulement, mais qui donnent une idée de l'ampleur de l'opération.

« Ce matin, on est dans la phase préopérationelle, en réalité », explique d'emblée Roberto Iglesias, originaire d'Espagne. « Je peux vous dire aussi par expérience personnelle cette partie-là de l'accueil : quand tu arrives dans un pays nouveau, dans la tourmente du déracinement de ta terre, c'est comme un "imprinting biologique", alors c'est très important. »

L'essentiel de la réunion se tiendra sans nous, en raison de son caractère confidentiel. Le ministre intérimaire de la Sécurité publique, Pierre Moreau, nous donne tout de même un aperçu.

« Le rôle du ministre, ce n'est pas de dire : "ça prend six chaises, une aire de repos, il faut prévoir des chambres d'hôtel". Le rôle du ministre, c'est de demander comment ces gens sont accueillis et dire : "expliquez-le moi", de sorte que le jour où vous [les journalistes], en conférence de presse, vous nous poserez la question, on pourra dire : "oui, on a prévu telle ou telle chose". Et c'est pour ça que la qualité des équipes avec qui on travaille est aussi importante. »

Le rôle de la Sécurité civile : prévoir l'imprévisible

Cette équipe, elle repose en grande partie sur le coordonnateur gouvernemental à l'Organisation de la sécurité civile du Québec (OSCQ), Louis Morneau. En tout, 30 ministères sont mis à contribution pour ce qui a été baptisé l'ORS, « l'Opération réfugiés syriens ».

Et c'est un étage au-dessus de son bureau que se trouve le centre névralgique des opérations, ouvert 24 heures sur 24.

« On a mobilisé l'OSC officiellement le 10 novembre et on y travaille depuis ce temps-là tous les jours dans les ministères, raconte-t-il. On a des lignes dédiées, on est en lien avec les ministères, les municipalités. Au centre de bienvenue, il y a des gens du fédéral et du provincial. On s'organise pour qu'il y ait le plus de fluidité possible et qu'ils attendent le moins possible. »

Il nous fait faire faire le tour d'une vaste salle où se trouvent des dizaines de postes de travail équipés d'ordinateurs et de téléviseurs, avec toutes les alertes possibles : météo, actualités, etc. Tout est sur les écrans radars.

Le rôle de la Sécurité civile : prévoir l'imprévisible. C'est elle, par exemple, qui est appelée lorsqu'il y a des catastrophes naturelles.

« On a hâte que les gens arrivent et hâte d'être dans l'action, de tester le plan et de l'adapter parce qu'il faut être prêt à faire face aux imprévus », prévient Louis Morneau.

Pour le soutenir dans cette tâche, la Sécurité civile a embauché Geneviève Guilbault aux communications. C'est elle qui deviendra le visage quotidien de l'opération.

Embauchée spécialement pour l'occasion, elle s'est fait connaître notamment lors de la tragédie de Lac-Mégantic.

« On parle aussi d'une opération profondément humaine. Dans le cas de Lac-Mégantic, malheureusement, il y avait des décès, ce n'est pas le cas ici. Mais on parle d'êtres humains, d'accueil des gens, d'explication de la façon de les recevoir. Dans ce sens, il y a une certaine similitude. »

— Geneviève Guilbault, de l'Organisation de la sécurité civile du Québec

« Il y a beaucoup d'information que les gens pourraient être curieux d'avoir, avec raison. Je donnerai au jour le jour un portrait évolutif de la façon dont se déroule cet accueil, en chiffres, mais aussi de manière qualitative : comment ça se passe, qui intervient. Ce sera mon rôle au quotidien », explique-t-elle.

L'opération commence samedi, mais déjà tout est pratiquement fin prêt. Toutes les équipes sont mobilisées.

« Moi, ma fébrilité, c'est de faire en sorte que ce sera un succès. Tout le monde veut faire de cette opération un succès », conclut le ministre Moreau.

Ne manquent plus que ceux pour qui toute cette opération est mise en œuvre.

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