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«Karl & Max» : deux banlieusards dans la tourmente (PHOTOS)

06/12/2015 03:42 EST | Actualisé 06/12/2015 03:42 EST
Courtoisie Club illico

On en a beaucoup entendu parler, et on peut maintenant le voir de nos yeux. Karl & Max, la nouvelle production originale de Club illico réunissant Charles Lafortune et Guy Jodoin en têtes d’affiche, est intégralement disponible depuis quelques jours sur la plateforme propulsée par Vidéotron, qui fonde évidemment beaucoup d’espoir sur ce nouveau titre pour attirer des abonnés.

L’action démarre rapidement dans le premier des 10 épisodes : avec leur ami Yvon (Julien Poulin), Karl (Charles Lafortune) et Max (Guy Jodoin) s’adonnent à une tranquille partie de pêche. Pêche qui s’avérera miraculeuse lorsqu’ils tomberont par hasard, sur les lieux, sur une voiture accidentée dans laquelle git le corps d’un homme - qui devrait, en principe, être mort - … de même qu’un sac contenant 2 630 000$.

«Karl & Max» : deux banlieusards dans la tourmente


Fous de joie, nos hommes conviennent de garder le magot et de se la couler douce. Convaincu que sa vie vient d’emprunter un nouveau tournant magique, Karl croisera dans la foulée des événements la belle Ève Chapdelaine (Hélène Florent), une vieille connaissance, qui le séduira aussitôt. Max, lui, est engoncé dans un mariage routinier avec sa femme, Dominique Trudel (Evelyne Rompré), qui ne lui voue apparemment pas la plus grande des considérations.

Notons que, pour leur retour au jeu après plusieurs années d’animation (il y a quand même eu Les poupées russes, Lance et compte et Les sœurs Elliot dans le cas de Charles, et Toute la vérité, Les jeunes loups, du théâtre et le film Contre toute espérance, de Bernard Émond, pour Guy), Lafortune et Jodoin ne versent pas forcément dans le contre-emploi ; on a déjà vu le premier interpréter les beaux bonshommes sûrs d’eux, et le second, incarner les gentils maladroits. Et les réflexes d’acteur de Charles Lafortune semblent parfois rouillés, mais rien pour crier à la catastrophe. D’ailleurs, fait amusant, le réalisateur de Karl & Max, Patrice Sauvé, a pris la décision de ne jamais faire porter de vestons au personnage de Karl, même si celui-ci exerce le boulot d’agent immobilier ; ainsi vêtu, Charles Lafortune rappelait trop son autre rôle, celui d’animateur de La Voix!

Sauver sa peau

Or, ne nous berçons pas d’illusions, les choses n’en resteront pas là pour les gaillards de Karl & Max. En dissimulant la cagnotte à leur chalet, Karl, Max et Yvon attisent, sans le savoir, la colère de Lou Guérard (Hugues Frenette), le chef du groupe de motards Satan’s Bulls, qui ignore lui aussi leur existence et qui est sur la trace de Greg Nesterenko (Patrick Hivon), l’homme de la voiture, et de son sac d’argent. Guérard chargera le dangereux René «Flower» Lafleur (Benoît Gouin), son homme de main, reconnu comme un maître dans le domaine interlope, de mettre la main sur le fugitif et sur le pécule. «Flower» formera un tandem improbable avec Xavier Leclerc (Maxime Desjardins-Tremblay), neveu de Lou Guérard, qui lui fera office de chauffeur et de lèche-bottes.

Les recherches de «Flower» le mèneront jusqu’au terne rond-point de banlieue où vivent Karl et Max. Et si Jacob, le fils de Max (Gabriel Verdier), en disait trop sans le vouloir?

Pendant ce temps, Nesterenko essaiera lui aussi de sauver sa peau, en tentant de maintenir secrètement le contact avec son amoureuse, Marjolaine Tremblay (excellente Marilyn Castonguay). Deux enquêteurs, Martin Hervieux (Fabien Cloutier) et Julie Robert (Rachel Graton), qui ne se portent pas dans leur cœur l’un et l’autre, sont en frais de faire toute la lumière sur l’affaire.

Le ton de Karl & Max est à la «dramédie», c’est-à-dire qu’on peut esquisser ça et là un sourire, sans rire aux éclats. Les situations sont plus souvent qu’autrement grinçantes. «Je ne voulais pas qu’il y ait de blagues dans la série», souligne Claude Landry (Hommes en quarantaine), qui a co-écrit Karl & Max avec Charles Lafortune, ainsi qu’avec son fils, Maxime Landry. Charles Lafortune et Claude Landry ont eu pour la première fois l’idée d’une fresque comme Karl & Max il y a quatre ans, mais leur trame de base a évolué au fil du temps pour arriver au résultat d’aujourd’hui, produit par Charles Lafortune et Pixcom.

Manque de «wow»

Karl & Max a tout de la fiction qui aurait peut-être causé un fort achalandage en cotes d’écoute si logée dans la case du lundi, à 21h, à TVA. La dégustation en rafale, elle, favorisera sans doute l’utilisation du bouton fast forward.

Il faut dire que les créateurs québécois désireux de concocter de bons suspenses ont désormais une épée de Damoclès appelée Série noire au-dessus de la tête. Difficile de surpasser, ou même d’égaler, le petit monde «fantastico-réalistico-glauque» de l’œuvre de Jean-François Rivard et François Létourneau. La saga Karl & Max n’a pas non plus la profondeur d’un 19-2 ou l’originalité du Clan.

Les péripéties des deux banlieusards de Karl & Max ne sont pas aussi haletantes que celles des deux scénaristes ratés de Série noire, pas aussi captivantes. Les intrigues de Karl & Max se déploient beaucoup plus longuement, avec plus de langueur, ne nous tiennent pas particulièrement assis sur le bout de notre chaise, ne nous essoufflent pas ; elles manquent un peu du «facteur wow» qui rend accro, qui donne envie d’y revenir à tout prix, comme un sac de croustilles dans lequel on ne pourrait s’empêcher de plonger la main encore et encore. On a souvent envie que les scènes déboulent plus vite pour arriver au dénouement.

Car, malgré son défaut de rythme, Karl & Max met en scène un univers plus qu’intéressant et des personnages attachants. On a hâte de voir jusqu’à quel point nos deux anti-héros vont s’enfoncer dans ce guêpier et comment ils arriveront à s’en extirper – s’ils y parviennent! Et cet étirement était peut-être voulu et calculé, justement, pour ne pas tenter d’imiter ce que Série noire a déjà fait, mais la comparaison s’impose néanmoins d’emblée, puisque les deux prémisses de départ ont quand même un air de famille : un duo empoté qui se retrouve malgré lui à jouer dans les coulisses du crime.

Au premier coup d’œil, on serait porté à croire que Karl & Max plaira peut-être moins au public de la génération Y qu’à ses aînés, mais ce sera à voir, car déjà, les avis sur la série semblent extrêmement partagés, même après seulement quelques jours après sa mise en ligne ; certains ont adoré, d’autres moins. Et le Groupe TVA croit sans contredit au projet, puisqu’une deuxième saison a déjà été commandée. Tant mieux pour Lafortune, Jodoin et leur équipe, qui ont véritablement mis cœur et âme dans ce thriller. Des pourparlers sont aussi en cours pour exporter le produit à l’international, a indiqué Charles Lafortune.

Karl & Max sera offerte sur Club illico pendant un an avant de, peut-être, être reprise sur addikTV ou TVA.

Lisez ici notre reportage sur le tournage de Karl & Max.

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