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«2015 dans le tordeur»: imparfait, mais dynamique (CRITIQUE)

03/12/2015 06:36 EST | Actualisé 03/12/2015 06:40 EST

Il y a les vieux routiers qui font partie de notre routine réconfortante du temps des Fêtes, comme le Bye Bye, Revue et corrigée au Théâtre du Rideau Vert, et l’émission radiophonique À l’année prochaine.

Et, de temps en temps, arrive de la chair fraîche, des jeunes talents pimpants qui proposent leur vision, leur couleur, leur angle personnel sur les événements. Ça peut être bon ou mauvais, mais le simple fait de tenter quelque chose de nouveau, d’avoir l’audace d’oser, mérite des éloges.

Cette année, Jocelyn Lebeau et Martin Proulx (Le 16 heures, Ça fait un bye) lancent en grande pompe leur rétrospective humoristique de l’année, 2015 dans le tordeur, avec laquelle ils s’apprêtent à partir en tournée au Québec et dont ils espèrent probablement faire une tradition à chaque temps des Fêtes.

À la lumière de ce qu’on a pu voir au Club Dix30 de Brossard, mercredi, à l’occasion de la première montréalaise (le spectacle ne sera pas présenté à Montréal même), le duo propulsé par Productions J tient un bon filon, rempli de potentiel.

Accompagnés, sur scène, de trois musiciens et de la comédienne Debbie Lynch-White, qui leur donne parfois la réplique et joue les choristes, et appuyés par de nombreuses projections vidéo, Lebeau et Proulx ne comptent autrement que sur leur talent, leurs costumes, leurs perruques et quelques accessoires pour faire lever leur gâteau. Doués pour les imitations – Martin Proulx excelle dans les personnages féminins -, bons chanteurs et habiles danseurs, les garçons y mettent leur cœur, leur corps et leur âme.

Comme deux gamins, ils semblent s’amuser comme des petits fous sur scène, s’adonnent à toutes sortes de pitreries et ne craignent aucun ridicule, ce qui est tout à leur honneur. Ce qu’on retient en quittant la salle, à la fin de la soirée, c’est leur dynamisme jamais relâché. Et quelle forme physique il doit leur falloir pour courir à une telle vitesse en arrière-scène pour modifier leur apparence au gré des univers présentés! On suppose que le tandem doit être un abonné des gyms.

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Leurs sketchs, pour la plupart courts, défilent à grande vitesse, même si certains sont plus longs que nécessaire. Leur metteur en scène, Joël Legendre, est allé à l’école de Denise Filiatrault, et a visiblement bien assimilé la notion d’«à quelle heure le punch». La prestation dure un peu moins de deux heures, un temps idéal.

Du bon et du moins bon

Est-ce parfait pour autant? Non. Quelques sketchs tombent à plat ; la deuxième partie est un peu boiteuse comparativement à la première.

Une saynète évoquant un vol de banque pour rappeler les votes à visage couvert semble un peu perdue dans l’enchaînement. Le retour de l’entracte, où Madonna (Debbie Lynch-White) entonne simplement son tube Like a prayer manque d’éclat. Les pastiches de Charles Tisseyre, Marina Orsini, Saskia Thuot, Céline Galipeau et Denis Lévesque, dans la portion des «émissions pompettes», ne sont pas tous au point. La tirade d’une Lise Thibault multipliant les Fuck You All («Moi, tant que j’peux vivre à vos frais, ça roule!») n’a pas déclenché une grande hilarité, mercredi, et pourrait aisément être remplacée par mieux. Et la vignette du mariage de Julie Snyder et Pierre Karl Péladeau (pas du tout célébré par Régis Labeaume) manque cruellement de mordant.

Mais c’est aussi, en revanche, loin d’être un échec. Avec leur troupe d’auteurs, les deux gaillards ont eu de bien jolies idées, et certaines d’entre elles sont diablement bien livrées. Leur chanson d’ouverture, Uptown Funk, de Bruno Mars – la même qu’au Théâtre du Rideau Vert! - épluche à peu près toutes les manchettes imaginables des 12 derniers mois. «2015 hashtag ouache», entonnent en chœur et avec entrain les deux compagnons, en sautillant allègrement. Dès le départ, ils nous entraînent dans leur folie contagieuse, même si le reste est inégal.

Tous deux reproduisent à la quasi perfection les accents de Justin Trudeau et Stephen Harper. En Matricule 728, Debbie Lynch-White est décapante. Les parodies de Stéréo Pop, des Dieux de la danse, le clin d’œil à François Bugingo, les gags du numéro hommage à Retour vers le futur, où on anticipe la renaissance des Nordiques à Québec, le conte de Fred Pellerin mettant en vedette Justin Trudeau, et le récit des actualités internationales par Céline Dion sont tous très réussis. Le collage des animatrices qui meurent (Johane Despins, Christiane Charette, Guylaine Tremblay et Chantal Fontaine) n’est pas excellent, mais il est bien mené et la dernière blague atteint sa cible.

On a aussi réinventé un concept de publicités récurrentes en impliquant diverses personnalités, autre procédé qui pourrait être peaufiné, mais reste divertissant.

Joël Legendre se moque judicieusement de lui-même dans une relecture de Lip Sync Battle : face à face. Un indice? Dans la forêt des mal-aimés.

Et quel bon flash que cette recension, sur Facebook, des commentaires d’internautes outrés d’avoir été privés de L’Auberge du chien noir le soir des élections! On aurait pris davantage de points de vue caustiques et d’ironie comme ceux distillés dans ce segment. On salue en outre l’abondance de musique distillée ça et là, qui insuffle une bonne dose d’énergie.

Un esprit un peu collégien englobe toute l’affaire, ce qui peut plaire ou déplaire. En opposition aux produits léchés comme le Bye Bye, 2015 dans le tordeur revêt un charme mignon qui interpellera certainement les jeunes adultes qui ont le rire facile.

Chose certaine, la base est là. Comme dirait probablement la Céline Dion de Martin Proulx : «Lâchez pas, champions».

2015 dans le tordeur sera présentée un peu partout en province d’ici le 16 janvier. Consultez le site officiel (www.dansletordeur.com) pour connaître toutes les dates.

Lisez ici notre reportage sur les coulisses de 2015 dans le tordeur.

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