NOUVELLES

France: trois mosquées fermées pour radicalisme, une mesure sans précédent

02/12/2015 06:11 EST | Actualisé 02/12/2015 06:12 EST
Sami Sarkis via Getty Images
Cham muslim village

Les autorités françaises ont annoncé mercredi la fermeture de trois mosquées pour cause de radicalisation, une mesure sans précédent en France, prise dans le cadre de l'état d'urgence instauré après les attentats de Paris.

Une vaste opération de police a visé mercredi une mosquée présentée comme salafiste à Lagny-sur-Marne, en région parisienne, entraînant la fermeture du lieu de culte.

Cette intervention d'une ampleur inédite conduira à la "dissolution définitive, en conseil des ministres et dans les meilleurs délais, de trois associations pseudo-cultuelles" dans cette ville de la banlieue est, a déclaré à la presse le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

C'est la première fois que le gouvernement annonce la dissolution d'associations de type cultuel - sur la base de la loi de 1955 sur l'état d'urgence récemment modifiée - depuis les attentats du 13 novembre, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessées.

Les deux autres mosquées fermées l'ont été la semaine dernière à Gennevilliers, en périphérie nord-ouest de Paris, et à L'Arbresle, près de Lyon (centre-est).

"Il n'y pas de place pour les ennemis de la République, (...), il n'y a pas de place pour ceux qui préparent ces actions de radicalisation qui peuvent mener au terrorisme", a commenté dans la soirée le Premier ministre Manuel Valls à la télévision publique France 3.

-'On ne cache rien'-

A Lagny, les perquisitions menées mercredi matin ont "conduit à la notification de 22 interdictions de sortie du territoire", "à neuf mesures d'assignation à résidence d'individus radicalisés", ainsi qu'à la saisie d'un revolver 9 mm "chez un individu qui a été aussitôt placé en garde à vue", selon Bernard Cazeneuve.

L'imam salafiste français Mohamed Hammoumi, 34 ans, qui officiait dans cette mosquée jusqu'à son départ en Egypte fin 2014, était depuis un moment dans le viseur des autorités qui lui reprochent d'avoir "joué un rôle majeur dans l'endoctrinement et le recrutement de volontaires pour le jihad en Syrie", où se sont enrôlés "une dizaine de ses fidèles". "Il a compté parmi ses élèves des personnes apparues dans l'entourage immédiat d'auteurs d'attentats terroristes", faisait valoir le ministère de l'Economie dans un arrêté pris en avril pour geler ses avoirs.

"On n'a rien caché, on ne cache rien", a martelé sur place le président de l'Association des musulmans de Lagny, qui gère la mosquée installée depuis l'été dans des préfabriqués sur un terrain loué par la mairie, entre un gymnase et un camp de gens du voyage de cette commune de 21 000 habitants.

"Je ne m'attendais pas à la fermeture. C'est ce qui m'a fait mal, surtout qu'on n'a rien trouvé", a dit ce responsable, Mohammed Ramdane, dont le domicile a été perquisitionné. "Il y a des fidèles qui viennent tous les jours, ils ne vont plus trouver où aller prier."

Selon lui, "on doit pas faire porter" à l'équipe actuelle "le fardeau de ce qui s'est passé" auparavant. "On n'autorise aucun discours qui met en cause le projet d'amour de l'islam", a-t-il assuré.

"D'anciens amis de M. Hammoumi étaient toujours là", a toutefois confié le maire de droite de la commune Jean-Paul Michel, tout en affirmant que la nouvelle mosquée, gérée par "une association paisible", avait "des relations sereines avec le voisinage et la ville".

Dans l'unique immeuble proche des lieux, deux voisines, septuagénaires, évoquent "un défilé de voiles intégraux" le vendredi, jour de prêche. "Ça fait peur", a lancé l'une d'elles, "surtout quand on voit même des petites filles qui portent le foulard".

Le ministre de l'Intérieur a rappelé que 65 imams ou prédicateurs avaient été expulsés depuis mai 2012, dont 34 pour la seule année en cours.

Les fermetures de mosquées sont diversement reçues dans les rangs musulmans. Certains responsables soulignent que, avec 2 500 lieux de culte, l'islam manque déjà de salles de prière en France, et préfèrent que les imams et prédicateurs de haine soient ciblés, plutôt que les lieux eux-mêmes.

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter

Les mouvements islamistes en Afrique