DIVERTISSEMENT

«2015 revue et corrigée»: une édition sans reproche (PHOTOS)

02/12/2015 04:19 EST | Actualisé 02/12/2015 04:19 EST
Courtoisie Théâtre du Rideau Vert

Chaque année, c’est pareil: on se dit qu’à la longueur du spectacle – au-delà de deux heures -, on trouvera certainement un ou deux segments qui nous accrocheront un sourire au visage pour compenser, si le reste de l’ensemble est boiteux. Souvent inégale, davantage bon enfant que réellement incisive, la pièce Revue et corrigée relève parfois du grand cru, parfois de la piquette, et ce n’est jamais pareil d’une année à l’autre. Et la longue durée finit plus fréquemment qu’autrement par agacer.

Or, il n’y a pas de moment de type «prix de consolation» dans l’édition 2015 de la rétrospective de fin d’année du Théâtre du Rideau Vert. L’assemblage mis en scène pour une troisième année consécutive par Alain Zouvi est une belle grande réussite, portée par six interprètes impeccables, qui offrent des performances sans failles, dans un marathon de gags jamais trop mièvres, qui rayonne large dans ses sujets et qui, ô miracle, ne paraît pas trop longue. La production, généralement tout au plus divertissante, s’avère cette fois de très haut calibre.

François Maranda, la nouvelle recrue qui s’annonce déjà indispensable, personnifie une hilarante Marina Orsini dans une parodie de son émission matinale radio-canadienne, avec les intonations et l’enthousiasme juste assez exagérés, un numéro qui a fait crouler la salle de rire lundi, soir de première médiatique. La principale intéressée a clamé, en sortant de la salle, avoir trouvé «savoureuse» l’interprétation que Maranda fait d’elle, dans un contexte où Marina lance des sachets de thé dans la foule et reçoit une famille de réfugiés syriens en leur offrant l’intégrale des coffrets de Lance et compte.

Le comédien se démarque également dans la peau de Denis Lévesque – qu’il avait déjà personnifié, notamment, au Bye Bye 2008 – qui, ici, accueille à sa table un Claude Poirier mélangé et dans le déni. Et que dire de son Luc Ferrandez qui, cape rouge au dos, impose sa suprématie sur le Plateau Mont-Royal. Ce François Maranda a décidément le chic pour jouer dans plusieurs registres.

Julie Ringuette, qui en est à son deuxième Revue et corrigée, est renversante lorsqu’elle incarne Michèle Richard, qui chante La boîte à egos auprès de son complice retrouvé Serge Laprade, et qui déplore avoir monté dans le mauvais avion. Autre coup de maître de sa part de prêter voix au personnage de Rogatien, un prétexte pour traiter d’Uber et des problèmes de l’industrie du taxi.

Quant à Suzanne Champagne, Martin Héroux, France Parent et Marc St-Martin, tous de vieux habitués de la mécanique, ils brillent aussi chacun leur tour, que ce soit sous les traits de Julie Snyder (St-Martin), au moment de son mariage avec le Comte Vidéotron, Pierre Karl 1er, d’Éric Salvail (St-Martin aussi), qui lance sa propre chaîne de télévision où défilent des titres du genre Salvail, Bonjour, Deux Salvail le matin, À la Di Salvailo et Salvail Académie, de Pénélope McQuade (Parent, affublée d’une rigolote et flamboyante perruque blonde) et de Jean-Luc Mongrain (Héroux, aux yeux excessivement ronds), qui posent des questions trop philosophiques ou colériques à Caitlyn Jenner, ou de Matricule 728 (Champagne), hérissée dans une nuit de la poésie.

«2015 revue et corrigée»


Un conte pour Joël

Étrangement, le début de l’enchaînement ne laisse pas anticiper une mouture de Revue et corrigée particulièrement enlevante, avec sa prestation plutôt statique où les six acteurs, sages derrière leur micro, se déhanchent sans grande passion et revisitent le succès de Bruno Mars, Uptown Funk, en y liant plusieurs éléments de l’actualité de 2015 : le Canadien de Montréal, les coupures du gouvernement Couillard, la remise en liberté de Lise Thibault, etc.

Mais ensuite, ça déboule et ça déride, en ne laissant aucun répit au parterre. Peu de thèmes sont négligés : on aborde les sabrages dans le milieu de l’éducation, la perte de poids et les moins bons coups de Gaétan Barrette et Denis Coderre, les frasques de Marie-Chantal Toupin sur Facebook, les triomphes de P.K. Subban (de la bouche de Ron Fournier!)

La campagne électorale fédérale est révisée dans un pastiche de Grease, et Donald Trump participe à Dans l’œil du dragon. On adresse un sympathique In Memoriam à Jacques Parizeau et Normand L’Amour. Même les Minions, La reine des neiges, le film Egotrip, l’affaire Ashley Madison, la controverse des propos de Guy A.Lepage sur Québec, la chicane entre les membres des BB et les exigences de Fabienne Larouche ont réussi à se frayer un chemin. Seul François Bugingo aurait pu être entarté davantage ; on en fait rapidement mention, mais le communicateur mythomane aurait mérité une plus grande claque.

Évidemment, le «cas» Joël Legendre était difficile à traiter. Ami du Rideau Vert, où il a orchestré Revue et corrigée pendant quatre ans, l’acteur et animateur est de surcroît fort apprécié de ses collègues et la raison pour laquelle il a défrayé les manchettes, au printemps, était hasardeuse à exposer dans un spectacle grand public.

En revanche, on ne pouvait passer sous silence une histoire qui a autant fait jaser. Mais on a trouvé une idée judicieuse, délicate et très classe de revenir sur la tempête médiatique, sous forme de conte, dans lequel aucun geste n’est nommé explicitement et où le journal qui a publié le récit est autant blâmé que l’individu lui-même. La morale de la «legendre» (légende)? «Faut pas faire la charrue devant les bœufs». Un véritable tour de force de la part des auteurs de Revue et corrigée.

Parmi les saynètes qu’on oubliera rapidement, mentionnons ce duo Jean Lapierre – Chantal Hébert au Bordel, le passage de la bâtonnière sur un air de Michael Jackson, l’arrêt de Justin Trudeau au Ti-Mé Réchaud (Ti-Mé Show) et cette énumération de la programmation un peu vide du Centre Vidéotron inspirée de TVA (et son Yamaska On Ice…) Soyons toutefois honnête, si certaines vignettes sont un peu banales, aucune n’est carrément mauvaise. Chacune a son charme, mais tout ne peut pas être parfait.

2015 Revue et corrigée tient l’affiche du Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 9 janvier. Visitez le site officiel pour plus d’informations. Notez qu’après avoir été présentée à TVA, dans une version raccourcie, de 2012 à 2014, la pièce ne sera pas retransmise au petit écran cette année et ne pourra être vue que sur les planches.

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