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Le yuan chinois reconnu comme monnaie de réserve par le FMI

30/11/2015 01:16 EST | Actualisé 30/11/2016 05:12 EST

Le yuan chinois a fait son entrée lundi dans le club très fermé des principales monnaies de réserve internationale à la faveur de son intégration dans l'unité de compte du Fonds monétaire international (FMI).

Il y rejoint le dollar américain, la livre britannique, le yen japonais et l'euro.

Pour Pékin, l'entrée de la devise chinoise au rang de monnaie de réserve représente une réussite politique majeure dans sa quête de reconnaissance économique internationale.

Cette décision reflète notamment "les progrès accomplis par les autorités chinoises ces dernières années pour réformer leur système monétaire et financier", a souligné la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, dans une déclaration au siège de l'institution à Washington.

"La poursuite et l'approfondissement de ces efforts va créer un système monétaire et financier international plus solide qui, en retour, soutiendra lui-même la croissance et la stabilité de la Chine et de l'économie mondiale", a-t-elle ajouté en soulignant qu'elle favoriserait également "l'ouverture de l'économie chinoise".

Le conseil d'administration du Fonds, qui représente les 188 Etats membres de l'institution, a sans surprise entériné un rapport favorable des experts du FMI qui ont jugé que la monnaie chinoise "remplit les conditions" pour rejoindre les DTS (droits de tirage spéciaux, unités de compte du FMI).

Les DTS sont l'instrument monétaire du FMI, qui lui sert notamment à calculer les taux d'intérêt sur les prêts qu'il accorde.

La dernière modification de ce panier de devises remonte à 2000 lorsque l'euro avait remplacé le franc et le deutsche mark.

Mais la décision du FMI n'entrera pas en vigueur avant neuf mois, le temps d'inclure concrètement la monnaie chinoise, également appelée renminbi, dans son unité de réserve. La nouvelle pondération résultant de l'inclusion d'une 5e monnaie dans le panier composant les DTS n'a pas été précisée lundi mais elle pourrait se situer entre 10 et 16%.

Les Chinois "veulent une reconnaissance du renminbi en tant que devise internationale: c'est important pour le prestige et la réputation mais aussi pour les échanges internationaux car ils sont en train d'ouvrir leurs comptes de capitaux", souligne Ange Udibe, économiste, auprès du Peterson Institute of International Economics (PIIE).

- Soutien des Etats-Unis -

Faire partie d'un panier de réserves, "cela force de nombreuses réformes au sein de l'économie alors que certains conservateurs au sein du pouvoir en Chine pourraient être réticents" à poursuivre la libéralisation, souligne cet expert. "C'est comme un traité commercial, c'est un bon outil pour forcer la libéralisation de l'économie intérieure dont vous avez besoin", ajoute M. Udibe.

Deux des principales conditions à l'inclusion du yuan au sein des DTS ont été jugées acquises par le FMI: qu'il soit "plus largement utilisé" dans les transactions internationales et qu'il soit "librement utilisable". Ce dernier point n'est toutefois pas synonyme de totale convertibilité puisque la Chine exerce un contrôle des capitaux et que sa monnaie est encore accrochée au dollar, même si en août les autorités ont assoupli le mécanisme de change.

Sur le front financier, Pékin vient d'autoriser l'accès des banques centrales étrangères au marché des changes chinois. Les institutions publiques étrangères --pas encore privées-- peuvent depuis quelques mois acheter des bons chinois, souligne M. Udibe. "La libéralisation se fait par petites étapes", souligne-t-il.

Les Etats-Unis, majoritaires au sein du conseil d'administration du FMI dont ils sont le premier bailleur de fonds, s'étaient ralliés à l'hypothèse d'une intégration de la devise chinoise.

"Nous avons l'intention de soutenir l'inclusion du renminbi (...) à condition que la devise remplisse les critères existants du FMI", avait récemment indiqué un porte-parole du Trésor.

L'intégration du yuan pourrait néanmoins être mal accueillie au Congrès américain, qui est en pleine campagne présidentielle et qui refuse obstinément de ratifier la réforme du FMI, votée en 2010, visant à donner plus de poids en son sein aux grands pays émergents comme la Chine.

Washington accuse aussi régulièrement les autorités chinoises de sous-évaluer leur monnaie pour favoriser leurs exportations, même si le ton s'est radouci récemment.

"La position américaine n'est pas claire du tout. Ils disent qu'ils veulent un taux de change dicté par le marché pour la monnaie chinoise mais aussi que le yuan soit plus fort", note l'économiste du PIIE soulignant que cela ne va pas forcément de concert, surtout dans un contexte d'affaiblissement de la croissance chinoise.


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