DIVERTISSEMENT

«Lignes de vie»: l'art aborigène au Musée de la civilisation (PHOTOS)

18/11/2015 10:05 EST | Actualisé 18/11/2015 10:10 EST
Musée de la civilisation

Depuis le 21 octobre, le public peut aller contempler au Musée de la civilisation l’exposition Lignes de vie - Art contemporain des Autochtones d'Australie. Y sont rassemblés plus de cinq décennies de créations que l’on doit aux artistes aborigènes originaires du pays des koalas. Une première au Canada.

Exotique l’expo? Non, mais politique sans aucun doute, puisqu’ici les artistes – de tous les âges et de tous les horizons – ont droit à la parole que les autorités de Cambera leur ont trop souvent confisquée. Tableaux, masques, sculptures, artéfacts, une centaine d’œuvres contemporaines racontent la fierté d’un peuple qui n’a jamais perdu sa volonté d’exister.

On est d’abord frappé par la capacité de résilience, malgré les catastrophes de l’histoire qui ont cantonné les aborigènes dans les marges de la société australienne. Lorsque les Anglais colonisent en 1788 le pays, il considère ce territoire immense comme «Terra nullius» sans reconnaître 60 000 ans de présence aborigène. L’enfer ne fait alors que commencer.

L’immense et magnifique peinture Karrku Jukurrpa ouvre l’exposition de ses magnifiques poudres ocre posées à même le sol par 36 artistes de la communauté Yuendumi. En narrant symboliquement l’histoire des rêves du désert de Tanami, l’œuvre d’une diversité phénoménale est un dialogue cartographique puissant entre les cinq êtres ancestraux.

«Lignes de vie» au Musée de la civilisation


Devoir de mémoire

La force de l’héritage et du passé mythologique n’est pas la seule notion présente de l’exposition orchestrée en collaboration avec le Kluge-Ruhe Aboriginal Art Collection de l'Université de Virginie.

On y trouve également une volonté touchante de rappeler les cruautés et les souffrances impunies qu’ont récemment subies les aborigènes. Intitulée «The day we went away», la petite valise ouverte avec à l’intérieur des fruits et des légumes en verre évoque la diaspora forcée pour des milliers d’enfants enlevés à leur famille. Toute une génération perdue.

Encore aujourd’hui, leurs droits sont souvent bafoués. Comme pour les communautés autochtones du Québec ou d’ailleurs, les aborigènes doivent toujours se battre contre les préjugés et le rejet. Ce n’est donc pas un hasard si le tableau «Life on a mission» de Richard Bell sur lequel est inscrite en grosses lettres la phrase «I am not a nobel savage» s’insurge contre l’idée potentiellement dévastatrice du «bon sauvage» instigué par les premiers colonisateurs.

Les premiers peuples d’Australie n’ont jamais cessé de dialoguer avec le monde. L’installation «Salt in the Wound» de Judy Watson est à la fois un douloureux manifeste sur les atrocités commises et un nécessaire devoir de mémoire. Politique et identitaire, le travail des artistes témoigne de la vitalité de leurs cultures et de leurs histoires ancestrales. Le public sera certainement frappé par la diversité des propositions d’une remarquable profondeur.

Lignes de vie. Art contemporain des Autochtones d'Australie – Musée de la civilisation – du 21 octobre 2015 au 5 septembre 2016 – www.mcq.org

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