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Seul l'enjeu des produits laitiers semble séparer les parties d'un accord du PTP

02/10/2015 11:42 EDT | Actualisé 02/10/2015 11:44 EDT
MIB Pictures via Getty Images
Pouring Milk

ATLANTA _ Les négociations du Partenariat transpacifique (PTP) ont effectué un grand pas, vendredi, vers une entente de libre-échange touchant quatre continents qui exposerait des secteurs de commerce délicats à la concurrence étrangère.

La conclusion du PTP pourrait même être annoncée samedi si les négociateurs, réunis à Atlanta, surmontent les derniers différends, dont le plus important: les limites sur l'importation de produits laitiers.

Les grandes lignes de l'accord sont déjà dessinées. Les exportateurs canadiens de boeuf, porc, canola, céréales, machinerie, appareils médicaux, minerai, fruits de mer, aéronautique et autres produits auraient un plus grand accès sans frais dans 11 pays, dont le Japon, le Vietnam, le Pérou et l'Australie.

Ces pays cognent maintenant à la porte du Canada, lui demandant une meilleure présence dans deux domaines qui ont toujours été créateurs d'emplois: la production laitière et l'industrie automobile.

Les obstacles sur les pièces d'automobile semblent maintenant réglés. Mais pour le lait et le fromage, les exportateurs étrangers veulent plus que le mince 10 pour cent auquel ils ont présentement droit sur les tablettes des épiceries canadiennes.

Cet enjeu délicat _ les producteurs s'opposent farouchement à l'abolition du système actuel de gestion de l'offre _ est l'un des derniers obstacles à franchir avant de pouvoir signer l'accord commercial, qui couvrirait 40 pour cent du produit intérieur brut du monde. C'est sans compter que des économies en développement ont déjà hâte de s'y joindre.

Un ancien négociateur américain qui dirige maintenant le conseil américain du commerce international, Alan Wolff, a estimé "à 80 pour cent" les chances de la conclusion d'un accord ce week-end.

"Mais puisque c'est une négociation, il pourrait toujours y avoir un pépin", a-t-il ajouté.

Ce fut le cas à Maui à la dernière ronde de discussions. Les négociateurs canadiens et mexicains ont été pris de court par une entente Japon-États-Unis qui aurait doublé le quota de pièces d'automobiles japonaises dans les pays non participants au PTP (comme la Chine et la Thaïlande) pour éviter les frais d'importation.

Le délégué canadien n'a pas voulu préciser les pourcentages établis vendredi. Mais parmi les groupes d'intérêts présents, on disait que la limite d'importation différait peu de celle de Maui, mais que des exceptions seraient prévues dans l'entente pour les différents types de pièces.

Le ministre du Commerce international du Canada, Ed Fast, a déclaré pour sa part qu'il était optimiste de trouver une solution qui assurerait la viabilité à long terme du secteur automobile canadien.

Au sujet de l'industrie laitière, il s'est montré moins sûr de lui. "Il y a encore beaucoup de travail à faire", a-t-il simplement dit.

La pression venant de l'intérieur est forte pour certains pays. Au Canada, les représentants des provinces productrices de lait ne sont pas à la table des négociations à Atlanta. Les producteurs canadiens s'opposent à toute ouverture aux achats de lait et de fromage étrangers. Les États-Unis, eux, ont reçu une lettre publique de députés influents exhortant le pays à quitter les négociations, à moins de pouvoir assurer des gains pour les entreprises américaines.

Par contre, une responsable du plus grand lobby d'affaires américain, présente aux discussions, a déclaré qu'il était urgent de conclure le PTP maintenant, car un échec à Atlanta pourrait faire échouer pour de bon le projet qui se négocie depuis 10 ans. Les élections canadiennes qui se déroulent en ce moment ne sont que les premières de plusieurs autres, parmi les pays participant au PTP, qui risquent de perturber la ratification de l'accord de libre-échange, car les gouvernements seront soumis à des pressions de la part de tous les secteurs d'industrie.

"Si nous perdons cette opportunité, je crois que nous allons la perdre pour toujours", a affirmé Tami Overby, la vice-présidente de la chambre de commerce américaine.

"Nous avons les élections canadiennes. Personne ne sait quel sera le résultat. Ensuite nous nous approchons de la course américaine à la présidence. Ce sera encore plus difficile. Donc de mon point de vue, rien n'ira en s'améliorant. Mais plus le temps passe, le risque augmente, et dans certains cas de façon importante."

En guise d'exemple, Mme Overby note que le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, a déclaré vendredi qu'il ne se considérerait pas contraint à ratifier le PTP négocié pendant la campagne s'il était élu.

Elle a aussi encouragé tous les pays à mettre un peu d'eau dans leur vin. Et pour le Canada, ce vin vient avec un peu plus de fromage de l'étranger.

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