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«Moby Dick» au TNM: voyage au bout de la vie (VIDÉO)

25/09/2015 12:59 EDT | Actualisé 25/09/2015 12:59 EDT

Quel défi et quelle audace pour un théâtre de commencer sa saison avec Moby Dick! L’adaptation sur les planches du chef-d’œuvre d’Herman Melville est pourtant la nouvelle proposition du TNM. Alors vogue la galère comme a su très bien le dire l’un des personnages clés de la pièce, car par delà les océans, c’est au cœur des abysses que le public est invité à voyager.

Moby Dick, paru aux États-Unis en 1851, est une odyssée métaphorique, protéiforme, cruelle et lumineuse, véritable microcosme d’une Amérique du XIXe siècle en pleine mutation industrielle. Lorsque le capitaine Achab part à la poursuite de la fameuse baleine blanche responsable de son malheur, Melville rentre dans l’histoire de la littérature en écrivant une réflexion philosophique sur la condition humaine face aux forces de la nature.

«Je m’appelle Ismaël», lance le narrateur du livre, incarné par un Steve Gagnon magnifiquement investi. Ainsi s’amorcent les péripéties d’un jeune marin qui décide pour fuir la société d’embarquer sur le Pequod, un baleinier commandé par Achab, vieux capitaine estropié par un monstre qu’il nomme avec colère Moby Dick.

Moby Dick


Ce monstre des profondeurs n’est nul autre qu’une énorme baleine blanche ou pour certains une espèce de cachalot. Qu’importe, puisque cette mystérieuse bête est le prétexte à tous les fantasmes les plus vils comme les plus fabuleux, miroir de nos angoisses et de nos désirs. «L’ignorance est mère de la peur», écrit Melville.

À chaque moment, 21 scènes au total, l’obsession d’un chasseur de baleine n’hésitant pas à sacrifier son équipage pour assouvir sa démoniaque vengeance. Adaptée par Bryan Perro et mise en scène par le coauteur Dominic Champagne, cette production ambitieuse réunit une chanteuse, un groupe de musiciens et 14 comédiens, dont plusieurs interprétations méritent le détour. Là, des hommes de conditions et d'origines diverses tentent de reconstituer les péripéties d’un équipage soumis à l’arrogance de leur capitaine Achab, admirablement interprété par Normand D’Amour.

On imagine la difficulté qu’il y a à traiter un matériau aussi abondant au théâtre. Pariant sur une approche spectaculaire, Dominic champagne et ses acteurs donnent vie à cet univers d’une rare force sans cesse menacé par le feu du châtiment. Il en résulte une atmosphère sombre et païenne qui rappelle les tragédies shakespeariennes.

Sous la férule de Dominic champagne et de Bryan Perro, Moby Dick se risque dans la fable écolo n’empêchant pas le metteur en scène de passer, à la toute fin de la pièce, un message presque moralisateur. C’est un choix qui se défend, mais ne pas déceler dans l’orgueil d’Achab, le courage d’un être à vaincre la mort, est une erreur.

C’est aussi mal comprendre Melville, qui pour lui, l’aventure imposée à ses personnages, aussi funeste et chaotique soit-elle, est au contraire une question de dépassement. Moby Dick est plus qu’un combat écologique entre un cétacé solitaire et un pirate tyrannique, c’est surtout et avant tout la confrontation entre le Bien et le Mal, entre l’Homme et Dieu. À ce titre, le perdant n’est pas forcément celui qui meurt à la fin.

Moby Dick au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) du 22 septembre au 17 octobre