DIVERTISSEMENT

«Tromper Martine» de Stéphane Dompierre: électrochoc au couple contemporain (ENTREVUE)

22/09/2015 04:49 EDT | Actualisé 22/09/2015 04:51 EDT
Martine Doyon

Si le film québécois Le Mirage a poussé de nombreux couples à discuter et à se remettre en question durant l’été, le nouveau roman de Stéphane Dompierre, Tromper Martine, risque d’ébranler encore plus de certitudes sur l’amour, la fidélité et le temps qui passe. Dix ans après avoir fait une entrée fracassante dans le monde littéraire avec Un petit pas pour l’homme en 2004, suivi de Mal élevé en 2007, l’écrivain boucle la boucle d’une trilogie d’antiromans fleur bleue.

Après avoir raconté l’histoire de Daniel le disquaire et d’Alex le musicien, Dompierre ramène à l’avant-plan Nicolas et Martine, amants de la banlieue, qui avaient présenté à Daniel une amie, représentante officielle du beige, et qui avait invité Alex au shower de leur bébé, en recevant de leur ami artiste un chandail qui faisait mieux au chien qu’au nouveau-né.

« Après la publication de Mal élevé, j’ai commencé à prendre des notes sur Nico et Martine, souligne l’auteur en entrevue. Je voulais les retrouver au début de la quarantaine. Dans le fond, Un petit pas pour l’homme était un résumé de 20 ans d’idées sur le célibat et Tromper Martine est l’équivalent de 20 ans de réflexions sur le couple. »

Ce n’est pas pour rien qu’il cite Frédéric Beigbeder en ouverture: « L’amour reste le meilleur sujet de littérature, peut-être même le seul. » La thématique est chère aux yeux de Dompierre. « Quand tu veux parler d’amour, le roman s’y prête particulièrement bien. Avec Tromper Martine, je voulais questionner notre satisfaction en couple et la possibilité de le redéfinir. En début d’une relation, on ne peut pas établir des règles qui dureront toujours, puisqu’on est dans l’extase et la nouveauté. On ne connait pas encore les accommodements qu’on va accepter des années plus tard. J’avais aussi envie de parler de tentations, d’Internet, des flirts sur Facebook et des anciens amours d’école qu’on retrouve. Ce sont des sujets inconfortables à aborder en couple. Dans mes romans, j’ai l’impression de dire tout ce que bien des gens pensent tout bas, sans savoir comment l’aborder. »

Burn-out amoureux?

L’histoire se concentre particulièrement autour de Nicolas, homme aux frontières de l’épuisement, qui se voit prescrire deux mois sans travail, déconnecté de l’actualité, loin de la maison, séparé de Martine et des enfants. Il tentera d’abord de s’exiler dans un chalet, où il croisera une nymphomane invitante, mais peu ragoûtante, une fillette nommée Shékira et un fantôme. Un univers où il sera confronté à une surabondance de silence, de solitude et de temps libre, ainsi qu’à son manque de talent flagrant pour le sudoku. Il décidera alors de filer vers Londres pour retrouver Alex, désormais auteur-compositeur à succès, et Daniel, aujourd’hui libraire parisien, en pleine dérive maritale.

Probablement la section la plus palpitante du roman, la réunion du trio est un cadeau de l’écrivain pour ses lecteurs et pour lui-même. « Je les ai d’abord réunis parce que ça servait mon propos. Dix ans après Un petit pas pour l’homme, avec la vie de couple que j’ai expérimentée et observée autour de moi, j’avais une histoire à faire raconter par Nicolas. J’aurais pu écrire l’histoire sans faire de lien avec les deux premiers romans, mais je me suis gâté. Et je me suis aussi permis des clins d’œil à Morlante et Corax. C’est une forme de cadeau pour les lecteurs qui me suivent et ceux qui ont relu Un petit pas pour l’homme des dizaines de fois. »

Épeurant, avoir 40 ans?

Complémentaires, les trois hommes sont à un carrefour de leur vie. L’un rêve de stabilité, alors que les autres vivent en attente de légèreté, mais tous cherchent la clé pour se redéfinir. « Les trois gars sont en quelque sorte les déclinaisons d’une même personne. Ils ont tous envié la vie de l’autre à un certain moment. Mais je trouvais ça plus dynamique de suivre le trio. Ça me donnait moins le sentiment d’écrire une suite à Un petit pas pour l’homme. »

Extrait:

« Nous avons frissonné rien qu’à entendre le mot. Quadragénaire était un mot que nous utilisions lorsque nous étions adolescents pour désigner les moustachus sévères, les chauves bedonnants, les profs de philo aux airs de pédophiles ou n’importe quel adulte déprimant à qui nous ne voulions jamais ressembler. »

Ayant tous les trois franchi le cap de leur quatrième décennie, Nico, Alex et Daniel sont confrontés à une vision bien différente de l’idée qu’ils se faisaient du vieillissement. « Chez les vieilles générations, à 40 ans, ça faisait 20 ans que tu travaillais au même endroit. Moi, j’ai l’impression d’être toujours en apprentissage. Je voulais donner ce côté-là à Nicolas. Lui offrir le temps de réapprendre la vie et de respirer. Pendant que Martine s’émancipe beaucoup, il est toujours dans les questionnements. Il se souvient de sa légèreté de jeunesse et de son impulsivité d’antan. Mais il sait que ses décisions ne touchent plus que lui. »

Amour et sexualité

Nicolas doit donc trouver son chemin, individuellement et dans le couple – prévisible – qu’il forme avec Martine. « L’amour est encore présent entre eux. Ils représentent une assise solide et importante l’un pour l’autre. Un espace où ils peuvent se laisser aller, sans que ce soit un signe d’indifférence. Dans le roman, on retrouve des extraits de lettres que Martine tente de lui écrire: même si elle est malhabile, je pense que des amoureux qui essaient de se parler, ce sont des amoureux qui veulent arranger les choses. »

Tout cela, Stéphane Dompierre l’écrit, le décortique et l’enveloppe en saupoudrant son récit de passages où la sexualité, parfois crue et directe, fait avancer son histoire. « Toutes les formes de fantasmes possibles débarquent devant Nicolas. Il pourrait y goûter, mais il y a toujours quelque chose qui l’en empêche: ses codes moraux, des impossibilités techniques, la sensation qu’il mettrait le pied dans quelque chose de bien plus grand. Dans mes romans, le sexe a toujours servi à situer où le personnage en est émotivement. »

Le roman Tromper Martine (Québec Amérique) sera en librairies dès le 23 septembre.

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