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«La vie gaie à Québec»: Lever le voile sur 400 ans d'homosexualité (ENTREVUE)

08/09/2015 11:13 EDT
Kim Chabot

Dans un bar gai de la rue Saint-Jean, Michel-Émile Gendron a lancé dimanche dernier La vie gaie à Québec, premier ouvrage historique entièrement consacré à la vie homosexuelle de la Capitale.

Pour sa première incursion dans la non-fiction, cet ancien enseignant de littérature au Cégep de Sainte-Foy s’est adjoint l’aide de l’historien Yves Beauregard.

Contacté à l’automne 2014, M. Beauregard accepte tout de suite de se joindre au projet. « Je ramassais des choses depuis longtemps en vue de l’écrire à ma retraite, cette fameuse histoire des gais de Québec », se rappelle celui qui a également fondé la revue Cap-aux-Diamants. Le projet l’allume, d’autant qu’une telle recension n’avait jamais été faite pour Québec.

C’est d’ailleurs ce dernier qui suggère d’étendre les recherches aux quatre derniers siècles, et non aux cinquante dernières années comme le prévoyait M. Gendron.

Précis d’histoire homosexuelle

Rares sont les traces qui témoignent de la vie homosexuelle du temps de la Nouvelle-France. La documentation trouvée est surtout constituée de documents policiers et judiciaires, ce qui « donne une mauvaise impression de la vie gaie dans les premiers temps », déplore Yves Beauregard.

À l’époque, gais et lesbiennes sont considérés comme des criminels, constate Michel-Émile Gendron. Lui et son collaborateur ont d’ailleurs trouvé quelques cas fort révélateurs, dont une demoiselle Émond qui se vêtait en homme ou des militaires accusés de sodomie. « On a aussi trouvé des règlements dans des institutions comme les séminaires, où on prévient les gens contre les amitiés particulières », se souvient M. Beauregard.

Aux XIXe et XXe siècles, la tolérance est de plus en plus de mise, mais avec quelques réserves. Ceux qu’on traduit en justice ne sont plus envoyés au gibet, mais obtiennent des peines légères si le crime n’a pas été commis en la présence de mineurs, explique M. Gendron.

« Après avoir été considéré comme des criminels, on a été vu comme des déviants sexuels et des malades mentaux », allègue l’auteur jadis chroniqueur au magazine Fugues. Ceci expliquant cela, c’est aussi la période où le coloré répertoire de quolibets encore utilisé aujourd’hui fait son apparition.

Toutefois, la société de Québec s’ouvre de plus en plus à l’homosexualité, comme en témoigne la venue de Charles Trenet et de Guilda au cabaret Chez Gérard sur la rue Saint-Jean, nuance le directeur de Cap-aux-Diamants.

La naissance d’une communauté

Le gros de l’entreprise menée par les deux hommes a néanmoins été de fouiller les cinquante dernières années, avec leurs nombreuses archives et lieux de rencontres. Photos, témoignages et publicités abondent pour faire l’histoire de ce milieu qu’a connu l’auteur dans sa jeunesse.

À mesure que le temps passe, des associations naissent, des établissements voient le jour et d’autres ferment, des magazines sont publiés. Les gais et lesbiennes des campagnes s’installent à Québec et Montréal pour jouir de cette vie et fuir l’exclusion, résume le professeur de littérature à la retraite.

À Québec, les services et lieux sont surtout concentrés dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste. Les trois bars gais de la Capitale s’y trouvent encore : le ForHom, le Saint-Matthews et le Drague.

Aujourd’hui, après avoir été perçus comme des criminels et des déviants, les gais et lesbiennes sont tout à fait intégrés dans la société, conclut l’auteur. Un seul regret subsiste cependant: avoir perdu cette clandestinité et le charme inhérent à cette « peur de se faire pincer les culottes à terre. Et ça, ça m’inquiète un petit peu ».

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