NOUVELLES

Dossier analphabétisme : le difficile combat d'une maman analphabète (VIDÉO)

02/09/2015 09:58 EDT | Actualisé 08/09/2015 03:23 EDT


Andrée Rousseau rayonne de bonheur : elle a appris le jour précédant notre entrevue que son fils Jason, neuf ans, allait passer en 3e année.

Tous deux sont atteints de la dyslexie de la parole, un déficit de langage qui se manifeste à l’oral et à l’écrit dans leur cas. Jason ne parlait pas encore en maternelle, ce qui l’a retardé à l’école. Sa mère a donc décidé de le faire redoubler pour ne pas « qu’il parte tout croche » dans la vie, comme elle.

LIRE AUSSI:

L'analphabétisme au Québec, bombe à retardement littéraire

Les garçons mal outillés pour faire face aux bancs d'école?

Constat d'échec pour les élèves en classe spéciale

Construire des enfants forts pour vaincre l'analphabétisme

Oui, il est possible de vaincre l'analphabétisme malgré tout

L'analphabétisme au Québec : tour d'horizon en chiffres

Quand elle n’avait que sept ans, Andrée a vu sa sœur mourir sous ses yeux, frappée par une voiture sur le boulevard Saint-Joseph à Montréal. Elle a manqué le reste de son année scolaire, traumatisée par ce souvenir encore douloureux.

Or, son niveau de lecture et d’écriture est resté au même stade, soit au niveau d’un enfant de deuxième année du primaire. Elle détestait les sœurs qui lui donnaient des coups sur les doigts en raison de son trouble langagier. Puis à force de déménager, elle se heurtait aux délais d’inscription qui prenaient parfois plusieurs semaines.

Mais après être passée par 11 écoles au primaire, le simple fait de se présenter en classe était devenue une option. « J’y allais quand je voulais. Je me cachais. C’est simple comme ça », se rappelle-t-elle.

Rendue au secondaire, la situation s’est détériorée. Andrée, qui souffre d’une double personnalité et consommait à l’époque, se faisait renvoyer par toutes les écoles secondaires qu’elle fréquentait. Quand son comportement explosif n’était pas en cause, c’était parce qu’elle se promenait avec un rat d’égout qu’elle avait adopté.

« Mes professeurs ou les élèves, s’ils me tombaient trop sur la tête, ben je prenais ce que je trouvais sous la main pis je leur garrochais. Même si c’était la direction ou les policiers, laisse-t-elle tomber. Je m’arrangeais carrément pour ne pas y retourner [à l’école]. »

Pente descendante

Peu de temps après, Andrée a rencontré le père de son premier enfant. Elle s’est butée à ses lacunes en lecture et en écriture lorsque sa fille a commencé l’école, notamment.

Elle se rappelle d’une enseignante qui a refusé de l’aider à remplir un formulaire, lui mentant plutôt sur les informations qu’elle devait fournir. « Ma fille me disait : "C’est pas ça, maman, c’est pas ça!" Ça fait que je suis allée voir la directrice. Puis elle m’a lu le formulaire, mais c’était pas la même affaire que le professeur m’a lue. Je n’en revenais pas. »

C’est là qu’Andrée a décidé d’aller à l’école des adultes, vers l’âge de 25 ans, avec l’équivalent d’une 2e année du primaire en poche. Elle ne connaissait à peu près pas son alphabet, mais savait compter grâce à ses expériences sur le marché du travail.

La jeune maman avait accumulé des connaissances ici et là, mais n’était jamais arrivée à apprendre à lire. Encore aujourd’hui, certains mots sont plus difficiles à prononcer que d’autres.

Elle espérait se rendre jusqu’en secondaire 2 en un an. Mais la tâche était titanesque, et le découragement a eu raison d’elle. « J’avais tout lâché pour aller à l’école, pis je suis retombée [dans la drogue]. »

Remonter à la surface

La dernière fois qu’Andrée a vu sa fille, c’était en 1999. Elle lui a annoncé qu’elle allait devenir orthopédagogue pour aider des gens comme elle.

« J’ai jamais vu les enfants de ma fille. Elle a un p’tit garçon qui est rendu à trois ans pis une petite fille qui est rendue à huit mois et demi », a-t-elle pu constater sur Facebook.

« J’ai même mis une travailleuse sociale là-dedans, j’ai tout fait pour la revoir. »

Andrée a cessé de consommer depuis belle lurette et s’est mariée l’an dernier avec le père de son fils Jason. Elle s’implique depuis quelques années à l’organisme Le Fablier, à Longueuil, un groupe d’alphabétisation qui vient en aide aux mamans et à leurs enfants de moins de 12 ans.

Grâce à leur aide, elle réussit maintenant à composer des phrases et à remplir des formulaires. Jason et elle s’aident mutuellement. « Lui va me dire : "Non, regarde, maman, c’est comme ça qu’il s’écrit le mot." Puis pourtant, il a la même maladie que moi », exprime-t-elle avec fierté.

« On est maman et fils à l’heure du dodo, l’heure du lever, l’heure des repas. À part de ça, on est des amis. »

infographie analphabetisme


Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter

INOLTRE SU HUFFPOST

Comment parler avec vos enfants?