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Dossier analphabétisme : les garçons mal outillés pour faire face aux bancs d'école? (VIDÉO)

31/08/2015 10:46 EDT | Actualisé 08/09/2015 03:22 EDT


Les écoles sont-elles mal équipées pour enseigner aux garçons ? Le débat fait rage au Québec, où les jeunes hommes figurent en queue de peloton en matière de diplomation.

Pour un jeune décrocheur comme Yannick Beaudet qui a connu une situation familiale mouvementée, l’école était sa dernière priorité. Sa mère est partie quand sa sœur et lui étaient très jeunes. Son père alcoolique, lui, était plus préoccupé par sa prochaine cuite que de ses propres enfants, qui se sont retrouvés en famille d’accueil.

« Moi, comme grand frère, j’ai appris très jeune à être débrouillard pour pouvoir m’occuper de ma sœur, raconte-t-il avec émotion. Desfois je me faisais chicaner. Parce que justement, je m’occupais de lui faire faire ses devoirs, de faire à manger, de faire toute. Je faisais la job d’un parent. »

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À l’adolescence, Yannick a été placé en classe spéciale. Certains professeurs qui lui avaient accolé l’étiquette de « troubles d’apprentissage » le faisaient « chier ». Il leur rendait la pareille.

« Sincèrement, il y en a qui étaient là pour moi. Il y en a qui m’ont abandonné, qui n’avaient juste pas d’intérêt, croit le jeune de 22 ans. De toute façon, il y a des affaires que t’apprenais puis que tu utiliseras même pas dans ta vie, dans le quotidien. »

Yannick se gelait pour oublier la misère qu’il avait eue et manquait ses cours. Il a fini par tout abandonner en secondaire 3, ne voyant plus la nécessité d’aller à l’école.

Prioriser les garçons ou les filles?

Si les experts du milieu de l’éducation n’osent pas trop s’avancer sur le sujet, c’est qu’ils se font rabrouer par les syndicats, critique Égide Royer, spécialiste de la réussite scolaire à l’Université Laval.

« Les écoles ne sont pas boys friendly, dit-il d’entrée de jeu. Mets un garçon et une fille de six ans dans la même salle, et ils n’apprendront pas pareil. Au niveau langagier, surtout, les petits gars sont moins prêts à apprendre que les petites filles.»

À son avis, il manque cruellement de modèles masculins de lecture pour les petits, qui en viennent à associer le fait de lire un livre à une « affaire de filles » dès un jeune âge. Au secondaire, ceux qui osent tenir un bouquin dans les mains sont classés comme des nerds et rejetés par les autres.

Règle générale, les filles sont meilleures à l’école que les garçons dans la plupart des pays du monde. Elles obtiennent de meilleurs résultats en lecture, surtout, alors que les garçons sont parfois meilleurs en mathématiques.

Or, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) plaide pour que Québec adapte son plan d’action contre le décrochage pour les filles, puisque les répercussions seront plus grandes pour les futures mères de la société.

Même si les décrocheuses sont moins nombreuses que les décrocheurs, elles sont plus souvent confinées à des emplois précaires et moins bien rémunérés, fait valoir la FAE dans un rapport.

Les hommes sans diplômes d’études secondaires gagneraient 24 434$ en moyenne, alors que ce chiffre est réduit à 16 414$ pour les femmes dans la même situation, soit 67% du salaire du décrocheur moyen.

Le spécialiste Égide Royer émet l’hypothèse que l’éducation en général est peu valorisée au Québec, et chez les francophones dans les milieux défavorisés, surtout.

Or, maîtriser la lecture est un facteur décisif de la réussite scolaire, répète Égide Royer. « Ne pas comprendre les maths, l’anglais ça va, dit-il. Mais ne pas savoir lire est du décrochage carabiné. »

Nouveau départ

Notre équipe a retrouvé une enseignante en adaptation scolaire à l’école Gérard-Filion à Longueuil, qui a marqué Yannick. « Elle m’avait donné un ultimatum, se rappelle-t-il. Elle m’a dit : "Je sais c’est quoi ton potentiel." Les autres me tapaient sur la tête, mais elle, elle m’a aidée. »

Anie Nicole, dans le métier depuis 18 ans, se souvient très bien de son ancien élève comme un garçon calme et respectueux dans sa classe, mais qui avait accumulé un grand retard d’apprentissage en lecture et en écriture.

« Je pense que les jeunes le sentent quand tu les aimes, les jeunes le sentent quand tu les respectes dans leurs différences », explique-t-elle simplement. L’enseignante se rappelle avoir été débordée il y a quelques années, mais voit maintenant ses élèves d’un autre œil.

Anie Nicole traite tous les jeunes dans sa classe comme ses enfants. Même lorsqu’ils ne sont plus dans sa vie, elle suit leur parcours sur Facebook entre autres. Elle se réjouit de voir que Yannick est maintenant un nouveau papa.

Depuis son passage à Gérard-Filion, le jeune homme s’est repris en main. Après les nombreuses familles d’accueil, il a vécu avec sa tante avec sa sœur. De fil en aiguille, Yannick s’est retrouvé à La Boîte à lettres de Longueuil, un organisme en alphabétisation populaire.

Le bad boy en lui, voyant que ce n’était pas comme une « vraie école, avec les cahiers pis toute », a décidé de leur « laisser une chance » pendant quelques semaines. Au moment où l’équipe du Huffington Post Québec l’a rencontré, ça faisait trois ans qu’il réapprenait à lire et à écrire.

En attendant de voler de ses propres ailes hors de la Boîte à lettres, Yannick se force pour lire à sa petite de huit mois tous les soirs. Elle ne parle pas encore, mais il espère lui donner le goût de la lecture tout en pratiquant ses talents de conteur.

« Je la balance, pis je lis un p’tit livre, pis je lui parle beaucoup. J’essaie de lui donner des choses que je n’ai pas eues. »

infographie analphabetisme


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