Quatre idées de l'IEDM pour la santé: 1- Le financement à l'activité pour les hôpitaux (VIDÉO)

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L’Institut économique de Montréal (IEDM) a conçu un court documentaire présentant quatre propositions destinées à réformer le système de santé québécois. Le Huffington Post Québec présente ici une série de quatre capsules, chacune accompagnée des commentaires de Yanick Labrie, économiste à l’IEDM, ainsi que de Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS, qui opposent ainsi leurs visions du système de santé québécois.

Les quatre idées défendues par l'IEDM:
- Le financement à l'activité pour les hôpitaux
- L'assurance privée duplicative
- Un système de santé mixte
- La liberté de choix des patients

Le financement à l’activité pour les hôpitaux selon Yanick Labrie, de l'IEDM

Qu'est-ce que le financement à l'activité?

Le financement à l’activité a été adopté dans les 25 pays les plus riches de l’OCDE, sauf au Canada. C’est un financement qui est alloué en fonction de l’activité de l’hôpital. En ce moment, au Québec, une grande partie du financement est faite sur une base historique. Les budgets globaux augmentent d’année en année en fonction de différents facteurs comme l’inflation, le coût du matériel, etc. Le budget est peu lié à l’activité de l’hôpital à proprement parler. L’hôpital qui attire une clientèle plus grande se retrouve dans un étranglement financier parce qu’il n’a pas plus de financement. Quand un gestionnaire constate que son budget est sur le point d’être utilisé à pleine capacité, il tend à rationner.

Que peut-il apporter au système de santé?

C’est une incitation à traiter plus de patients. Le patient qui arrive dans l’hôpital devient une source de revenus supplémentaire. Peu importe sa condition, même si elle est complexe, l’hôpital recevra une rémunération en fonction de son cas. On a un intérêt à le soigner et à développer une expertise pour attirer davantage de patients.

Là où ça pose problème, il faut en être conscient, c’est qu’il faut pouvoir bien identifier les différents cas. Chaque séjour en milieu hospitalier est associé à un codage en fonction de certaines variables, dont la pathologie, l’âge, l’éloignement urbain ou autres. Il peut y avoir une incitation à «surcoder», c’est-à-dire faire croire qu’un patient est plus mal en point pour avoir un meilleur financement. Mais dans les pays qui ont eu cette expérience, ils ont maintenant des mécanismes en place. Il y a aussi des audits, où des gens se déplacent pour voir si le codage correspond. Je considère que ceci est un problème mineur par rapport aux avantages sur le plan des améliorations de l’accès aux soins.

Le financement à l'activité pour les hôpitaux selon Guillaume Hébert, de l'IRIS

Le financement à l’activité, c’est quoi?

Le financement à l'activité est l’appellation plus neutre du «financement qui suit le patient», un terme souvent utilisé pour mousser cette idée. À mon avis, si on était plus juste, on parlerait de mise en compétition des hôpitaux. Si vous allez voir Monsieur et Madame Tout-le-monde en leur disant que l’argent suivra le patient, tout le monde est d’accord. Mais parlez de mise en compétition, et les gens sont moins sûrs.

Quels obstacles peut-on rencontrer avec un tel système?

On espère que les hôpitaux feront plus d’actes médicaux pour amener plus d’argent. D’abord, si on va plus vite, ça ne veut pas dire qu’on va maintenir la qualité. Aussi, si on multiplie les actes, est-ce que ça peut vouloir dire qu’on a fragmenté les procédures. À ça, les défenseurs du concept vont dire que plusieurs choses ont été corrigées, que ce n’est plus un problème. On peut en douter.

Ça devient un jeu entre les hôpitaux et le ministère. On peut assister à du surcodage, puisque plus un problème de santé est lourd, plus il y a d’argent associé au traitement. Les diagnostics peuvent soudainement devenir plus lourds, ce qu’on a vu en Allemagne. Du jour au lendemain, quand on a implanté le financement à l’activité pour les nouveau-nés, il y a eu une explosion des nouveau-nés avec un manque de poids. De cette façon, on augmentait le financement. Le système qu’on a présentement n’est pas l’idéal, mais un des avantages du financement historique, c’est qu’il est possiblement la meilleure chose pour contenir les coûts et que ceux-ci restent prévisibles et très clairs.

Ultimement, quand on regarde l’étude la plus crédible pour évaluer les effets sur plusieurs facteurs, elle ne dit pas grand-chose. Cette méta-analyse canadienne a compilé un grand nombre d’études dans le monde. Elle dit aux gens très sceptiques et inquiets, dont je suis, qu’il n’y a aucune catégorie où l’effet est très net. Sauf dans la catégorie des soins post-aigus (ou transitoires), où les cas de réadmission ont augmenté. On peut percevoir que l’incitatif est de renvoyer plus vite les gens chez eux, que la qualité se dégrade et qu’ils doivent plus souvent être réadmis.

Si on avait un vrai débat sur cette question, le principe de précaution devrait l’emporter. C’est très risqué et trop complexe pour des résultats incertains. Il faut une foi inébranlable dans la logique de marché pour faire un choix aussi téméraire.

Les quatre idées défendues par l'IEDM:
- Le financement à l'activité pour les hôpitaux
- L'assurance privée duplicative
- Un système de santé mixte
- La liberté de choix des patients


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