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L'anglais a-t-il sa place au conseil municipal de Longueuil?

22/06/2015 07:16 EDT | Actualisé 22/06/2016 05:12 EDT
Marie-Ève Maheu/Radio-Canada

L'utilisation de l'anglais par le chef de l'opposition de Longueuil irrite la mairesse Caroline St-Hilaire et des membres de son équipe. Mais Robert Myles affirme qu'il est dans son droit. Il remet même en question le statut uniquement francophone de Longueuil.

Un texte de Thomas Gerbet Twitter Courriel

« Bonsoir à tous. Good evening everyone ». À chaque conseil municipal, le même scénario se répète : le chef de l'opposition Robert Myles traduit en anglais tout ce qu'il dit en français : « À ce tour de table, j'ai quatre points dont je veux discuter. At this turn of table, I have four issues I would like to discuss ».

À la séance du 14 mai, son intervention a duré 18 minutes, alors que les autres élus ont parlé en moyenne 2 minutes 30. La conseillère Sylvie Parent, de l'équipe de la mairesse, a alors demandé à la présidente du conseil de « clarifier quelle est la langue officielle du conseil de Ville ». Ce à quoi Caroline St-Hilaire a ajouté : « Je voudrais être sûre que tout cela respecte la loi 101, puisque selon moi, la Ville est francophone ».

Population de Longueuil : 230 000

96 % comprennent le français

3 % ne comprennent que l'anglais

1 % ne comprennent ni le français ni l'anglais

[Source : recensement 2011 de Statistique Canada]

La présidente du conseil, Nathalie Boisclair, a mené des recherches et consulté le cas d'autres conseils municipaux avant de faire cette déclaration au début de la séance suivante du 16 juin.

« La Charte prévoit que la langue de l'Administration publique est le français. [...] J'invite les membres du conseil à continuer de s'adresser en français aux citoyens puisque le respect et la courtoisie sont essentiels au mieux vivre, tous ensemble. » — Nathalie Boisclair, présidente du conseil municipal de Longueuil

Quelques instants plus tard, Robert Myles s'est de nouveau exprimé dans les deux langues et la présidente n'a rien trouvé à redire. Nous avons contacté l'un et l'autre pour mieux comprendre leur interprétation.

Entrevue avec Robert Myles, chef de l'opposition à Longueuil

Question : Est-ce que la Ville de Longueuil est une ville francophone, selon vous ?

Réponse : C'est ce qu'eux déclarent [eux = l'équipe de Caroline St-Hilaire].

Q : Mais vous, qu'est-ce que vous pensez ?

R : Je pense que la Ville de Longueuil est multinationale, multilingue. Il y a toutes sortes de monde: on a des Chinois, des anglophones, on a de plus en plus d'Espagnols... peut-être que bientôt il faudra apprendre encore une autre langue pour communiquer avec les citoyens. [...] Moi, je commence toujours par parler en français, puis en anglais après. Je ne comprends pas quel est le problème. Je vais continuer de m'exprimer en anglais, par respect pour tous les anglophones de Longueuil.

Q : Selon votre interprétation, s'agit-il d'une ville bilingue ?

R : Moi, je n'ai pas vu de papier ou de dossier qui dit que la Ville de Longueuil est francophone. J'aimerais voir ce papier-la. Est-ce que c'est déclaré par le gouvernement du Québec ? Je n'ai pas vu ça, j'aimerais voir si c'est vraiment vrai... En tout cas, c'est ça que la mairesse prétend.

Q : Avez-vous déjà rencontré quelqu'un au conseil municipal de Longueuil qui n'était pas capable de comprendre le français ?

R : [Il hésite] J'en ai déjà vu une couple. Mais moi, je respecte mon opinion de parler toujours en anglais, j'ai le droit de le faire. Je ne fais de mal à personne, je veux bien paraître. Je crois qu'aujourd'hui, on devrait être capable de parler les deux langues.

Le cas de l'arrondissement Greenfield Park à Longueuil

L'arrondissement bénéficie d'un statut bilingue, même s'il n'y a pas 50 % d'anglophones. Le défunt projet de loi 14 du Parti québécois permettait de retirer ce statut dans une situation semblable. En 2013, les élus de Longueuil avaient voté à l'unanimité pour que soit conservé ce statut. Robert Myles est élu dans Greenfield Park.

Entrevue avec Nathalie Boisclair, présidente du conseil municipal de Longueuil

Question : Pourriez-vous préciser une fois pour toutes dans quelle langue doit se tenir le conseil municipal de Longueuil ?

Réponse : Les discussions, les interventions doivent se faire en français. La Charte ne fait pas de mention d'une autre langue. Alors, dans la mesure où le français prévaut et est la langue première utilisée, l'ensemble des interventions est adéquat.

Q : La nuance est importante : si vous dîtes que le français doit prévaloir, ça laisse la place à l'anglais... Donc quand Robert Myles traduit tout en français et en anglais, vous l'acceptez ?

R : Exactement, il ne contrevient pas à la Charte. Ce que la Charte vient faire, c'est garantir le droit des citoyens d'obtenir l'information en français lors des séances. Elle ne prévoit absolument rien concernant toute autre langue. Il peut y avoir intervention dans toute autre langue. Nous n'avons pas le pouvoir de l'interdire.

Q : Si quelqu'un se met à parler en mandarin, qu'allez-vous faire ?

R : Je dois vous avouer qu'on s'est posé la question.

Q : Pour revenir au débat actuel, si tout le monde se mettait à tout traduire, ça pourrait devenir un problème...

R : Exactement, c'est pour cette raison que j'ai rappelé que le respect et la courtoisie sont absolument essentiels au mieux vivre ensemble. Dans ma démarche, j'ai vérifié ce qui se fait ailleurs et dans plusieurs arrondissements anglophones [de Montréal] et dans d'autres villes anglophones qui n'ont ou qui n'ont pas des statuts reconnus vis-à-vis de la Charte, l'ensemble des débats se déroulent en français, ils font l'effort de tenir les séances en français.

Pas la première controverse dans une municipalité

Ce n'est pas la première fois que l'interprétation des dispositions de la Charte de la langue française cause des controverses dans des municipalités. Il y a quelques mois, à Saint-Lambert, un conseiller avait fait enrager un citoyen anglophone parce qu'il avait refusé de lui répondre en anglais. En 2012, Châteauguay avait dû faire marche arrière après avoir publié un magazine d'informations publiques en français et en anglais.La Ville avait alors dû retirer la version anglaise.

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