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Embauche d'ouvriers dans les régions: la FTQ-Construction craint des frictions

11/06/2015 12:16 EDT | Actualisé 11/06/2015 12:16 EDT
Getty Images/OJO Images RF

MONTRÉAL _ Le problème que vit l'industrie de la construction sur la Côte-Nord concernant la priorité à l'embauche d'ouvriers de la région se répand dans d'autres régions, soutient la FTQ-Construction, qui craint que la situation s'envenime si rien n'est fait.

L'organisation syndicale rapporte vivre le même problème, ces jours-ci, dans le Témiscouata et la Gaspésie avec des chantiers éoliens. La situation n'y est toutefois pas aussi tendue que cela a déjà été le cas dans la Côte-Nord, où il y avait eu des affrontements entre chômeurs, ouvriers et entrepreneurs.

La Commission Charbonneau s'était d'ailleurs penchée sur cette question de la mobilité interrégionale des ouvriers et des affrontements que cela avait causé sur la Côte-Nord, notamment lors du témoignage du représentant syndical Bernard "Rambo" Gauthier. La présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux, avait également abordé cette question, très délicate dans certaines régions.

Le fond du litige est l'embauche d'ouvriers de la région lorsqu'un contrat est accordé à une entreprise qui n'est pas de la région. Il arrive qu'une entreprise, dans de tels cas, emmène avec elle ses propres travailleurs. Cela respecte les règles de la convention collective et de l'industrie de la construction, mais ça cause de la frustration chez les ouvriers de la région qui ne travaillent pas et qui voient des ouvriers d'une autre région venir accomplir le travail dans leur région.

Le dernier cas en lice, dénoncé jeudi par le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, est celui des grutiers qui travaillent à un chantier éolien dans le Témiscouata. M. Ouellet rapporte qu'un des entrepreneurs y aurait embauché deux grutiers de la région et que 10 autres proviendraient de Montréal. Pourtant, selon M. Ouellet, une trentaine de grutiers de la région ne travaillent pas, à l'heure actuelle, et ils ont pourtant souvent une expertise dans l'éolien.

"On avait averti le gouvernement. Le danger, c'est que quand vous êtes dans une région où il y a peu d'ouvrage, le travailleur qui est là et que son assurance-emploi est à la veille de finir _ s'il en a encore _ lui, il voit ça complètement différemment. Lui, c'est sa survie, sa maison (qui sont en cause). Il ne trouve pas ça drôle, c'est sûr. Et dans des régions de même, de la job, il n'y en a pas des millions", lance M. Ouellet en entrevue.

Le dirigeant syndical admet que les entrepreneurs ont parfaitement le droit d'emmener avec eux leurs propres travailleurs lorsqu'ils décrochent un contrat dans une autre région. "La convention te dit que t'as le droit", concède M. Ouellet. Il s'empresse toutefois d'ajouter qu'il y a aussi une "convention morale" qui devrait s'appliquer envers les travailleurs d'une autre région qui sont en chômage.

Les entrepreneurs qui emmènent avec eux leurs propres ouvriers doivent pourtant défrayer certains coûts supplémentaires. Mais ils le font généralement pour garder à leur emploi des travailleurs-clés qu'ils apprécient, en qui ils ont confiance et aussi, parfois, parce que ceux-ci ont une expertise particulière.

M. Ouellet demande au ministre responsable de la région du Bas Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Jean D'Amour, d'intervenir pour que les grutiers de cette région puissent travailler.

Le dirigeant syndicat veut aussi aborder plus largement cette question de la mobilité interrégionale des ouvriers avec le ministre du Travail, Sam Hamad. Car selon lui, plusieurs métiers sont touchés et plusieurs régions: les grutiers dans le Témiscouata et la Gaspésie, les opérateurs de machinerie lourde, les manoeuvres et les menuisiers, en Abitibi également, en plus de la Côte-Nord.

"Faut pas attendre que ça dégénère", lance M. Ouellet, qui plaide pour que le dossier soit réglé sur le fond par le ministère du Travail. "Ça ne va pas se régler tout seul."

Il assure qu'il ne s'oppose pas à ce qu'un entrepreneur d'une autre région emmène avec lui des travailleurs. Mais tout dépend du nombre, du contexte et du degré de spécialisation du travail à faire, argue-t-il.

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