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AirBnb: sa compétition s'organise

01/06/2015 11:40 EDT | Actualisé 02/06/2015 11:37 EDT
airbnb

AirBnb est la plus grande plateforme de logement au monde. La semaine dernière, Brian Chesky, chef de direction d'AirBnb, a annoncé qu'il prévoyait atteindre le chiffre de 800 000 locateurs par nuit dès cet été. 800 000 propriétés, louées chaque nuit, grâce à ce service qui permet à qui le veut bien de mettre en location temporaire son habitation. Avec une valeur annoncée de 20 milliards de dollars, AirBnb engrange des revenus... et commence à voir la compétition s'organiser.

"En seulement une année, la communauté AirBnb a stimulé l’économie locale de Montréal avec plus de 54,6 millions de dollars en retombées économiques", affirme Aaron Zifkin, le directeur d’Airbnb au Canada.

La compétition s'active et certaines grandes compagnies ont choisi de pomper des millions de dollars en investissements sur le web dans le but de couper l'herbe sous le pied des hôteliers, entre autres.

Pourtant, les politiciens sont à la traine, et certains législateurs menacent les membres de ces sites collaboratifs de représailles.

Qui cherche sa part du gâteau?

Des dizaines de sites web font aujourd'hui compétition à AirBnb, incluant VRBO (le doyen du groupe), FlipKey, HomeStay.com, Interhome, Atraveo, Roomorama, VacationRentals.com, Vaway, et 9flats.

TripAdvisor, le plus grand site web de voyage au monde, investit à coups de millions $ dans le marketing et la publicité pour son service de location de vacances, FlipKey.

"FlipKey fait partie de TripAdvisor, c'est la plus grande différence entre AirBnb et FlipKey, selon Tara Gardner, responsable du développement en ligne chez FlipKey. Il s'agit du plus grand site web de voyage et la plus grande communauté de voyageurs du monde. Les propriétés qui sont sur FlipKey sont exposées à près de 260 millions de visiteurs uniques par mois" grâce au réseau TripAdvisor, explique-t-elle.

Le marketing et la publicité, AirBnb connait ça: la semaine dernière, Conan O'Brien, hôte du talk-show américain, a annoncé que les passerelles au-dessus de son studio étaient à louer sur AirBnb... le temps d'un concours. Aussi, tous les médias ont candidement écrit au moins un article au sujet de l'homme qui a habité uniquement dans des AirBnb durant un an. Ces stunts publicitaires sont devenus la norme et les entreprises concurrentes à AirBnb sont en rattrapage.

D'ailleurs, FlipKey a annoncé une hausse de tarifs des locations en lien avec cette situation qui a pris effet au début de l'année. Dans un communiqué de presse lancé pour justifier cette hausse de frais, FlipKey explique que "notre nombre de clients a doublé cette année grâce à nos investissements en marketing . Nous travaillons sans cesse pour être les premiers référencés par les engins de recherche dans le but d'amener plus de voyageurs [vers FlipKey] en 2015."

Légal, ou pas?

Pourtant, une partie de cette industrie n'est toujours pas réglementée. Certains géants du monde du voyage en ligne se tiennent à l'écart de peur de voir les gouvernements rendre la pratique illégale.

S'agit-il de concurrence déloyale envers les hôteliers? La ministre du Tourisme au Québec, Dominique Vien, estime qu'un large pan d'AirBnb et de ses concurrents font dans l'illégalité. Elle a affirmé le mois dernier vouloir encadrer ces activités.

"Est-ce que c'est illégal? Non", tranche Eve Paré, présidente-directrice-générale de l’Association des hôtels du grand Montréal. "Est-ce que ça offre une forme de concurrence déloyale? Possiblement."

"Les hôteliers sont assujettis à plusieurs dizaines de lois et règlements, sans compter l'environnement fiscal et les coûts de main-d'œuvre qu'ils doivent défrayer, explique Mme Paré. Donc on arrive avec des joueurs qui ne sont pas aux prises avec les mêmes fardeaux. Donc il s'agit, oui, de concurrence déloyale."

Mme Lafrenière affirme qu'AirBnb se réjouit de voir le gouvernement vouloir réglementer. "Nous avons eu plusieurs conversations productives avec le gouvernement depuis un certain temps sur la façon dont nous pouvons travailler ensemble afin d’établir des règles équitables pour le partage de logement", affirme-t-elle.

Cependant, AirBnb n'espère évidemment pas que ses utilisateurs paient plus de frais. La preuve, c'est que du même souffle, Mme Lafrenière ajoute "que la grande majorité des hôtes AirBnb partagent seulement le domicile dans lequel ils habitent avec des visiteurs sur une base occasionnelle. Ce ne sont pas des professionnels, mais bien des citoyens normaux, qui pour plusieurs, comptent sur ce revenu pour joindre les deux bouts."

Pourquoi précise-t-elle qu'il s'agit de location "sur une base occasionnelle"?

"Quand on regarde la description de ce que c'est un hébergement touristique, explique Mme Paré, on voit que c'est un hébergement qui est offert à des touristes pour une période de moins de 31 jours contre rémunération à moins que ça ne soit fait sur une base occasionnelle." Voilà pourquoi tous insistent sur cette précision technique.

Attendre la fin de la tempête

Pendant qu'AirBnb se doit de déployer des ressources pour converser avec les gouvernements et défendre la légalité de leurs entreprises, les compétiteurs attendent sur les lignes de côté et fourbissent leurs armes. Évidemment, du côté des hôteliers, on voit cette compétition d'un œil méfiant. "C'est l'occasion de repenser notre modèle règlementaire pour tenir compte de ces nouveaux joueurs", assure Mme Paré.

Mais les gens de FlipKey n'en démordent pas: "Il n'y a pas de villes où on ne se sent pas les bienvenus", selon Mme Gardner. "L'économie du partage en général (Uber, Couchsurfing, Gamping, VizEat) et l'industrie de la location par les pairs est en pleine expansion."

En gros, ils font le pari que cette industrie est déjà trop grosse pour que les gouvernements ne les empêchent de fonctionner.

Aussi, une nouvelle tendance s'inscrit exactement dans cette veine: celle des sites tiers se servant de FlipKey et AirBnb pour trouver leurs clients. Grâce à des partenariats avec les gens qui louent leurs maisons sur AirBnb, certains sites, tels Dopios, Vayable ou Trip4Real, cherchent à louer une chambre pour ensuite en profiter pour vendre leurs services. Voilà peut-être où TripAdvisor et FlipKey pourraient damer le pion à AirBnb...

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