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Hijab: Abercrombie ne peut refuser d'embaucher une femme voilée, statue la Cour suprême des États-Unis

01/06/2015 03:03 EDT | Actualisé 01/06/2015 03:04 EDT
ASSOCIATED PRESS
Samantha Elauf stands outside the Supreme Court in Washington, Wednesday, Feb. 25, 2015. The Supreme Court is indicating it will side with a Muslim woman who didn't get hired by clothing retailer Abercrombie & Fitch because she wore a black headscarf that conflicted with the company's dress code to her job interview. Liberal and conservative justices aggressively questioned the company's lawyer during arguments at the high court Wednesday in a case that deals with when an employer must take steps to accommodate the religious beliefs of a job applicant or worker. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

La Cour suprême des États-Unis a infligé un camouflet à la marque "branchée" de prêt-à-porter Abercrombie, connue pour ses vendeuses "sexy", en fustigeant lundi son refus d'embaucher une femme voilée.

Dans une décision quasi-unanime, de huit juges sur neuf, la plus haute instance du pays a tranché en faveur d'une jeune musulmane que l'enseigne très prisée des adolescents Abercrombie & Fitch (A&F) avait refusé de recruter comme vendeuse car elle portait un foulard islamique.

La haute Cour a jugé que la discrimination religieuse à l'embauche n'était pas tolérable, même quand le postulant ne fait pas explicitement une demande d'aménagement du règlement.

Depuis l'audience du 25 février, Abercrombie, sentant probablement le vent tourner, a renoncé à ses mannequins aux torses nus et aux abdos saillants et a décidé de ne plus appeler ses vendeurs des "mannequins": ils sont maintenant des "représentants de la marque".

Dès l'audience, la haute Cour s'était montrée favorable aux droits de Samantha Elauf, qui à 17 ans portait un foulard noir lors d'un entretien de recrutement mais s'était vu refuser le poste de vendeuse, dans une boutique Abercrombie pour enfants de Tulsa, en Oklahoma.

D'un côté, Abercrombie arguait que la candidate n'avait pas mentionné sa confession ni demandé explicitement d'aménagement de sa politique vestimentaire en fonction de sa religion.

De l'autre, la jeune fille, défendue par l'Agence gouvernementale pour l'égalité devant l'emploi (EEOC), affirmait qu'Abercrombie ne pouvait pas ignorer qu'elle était musulmane et aurait dû lui demander si elle était prête à s'adapter.

Elle avait obtenu 20 000 dollars de dommages et intérêts en première instance, mais avait été déboutée en appel. C'est l'EEOC, soutenue par plusieurs organisations religieuses, qui avait présenté son ultime recours devant la Cour suprême.

Dans sa décision rendue par le juge Antonin Scalia, la haute Cour estime qu'un patron ne "peut pas faire de la pratique religieuse d'un postulant, qu'elle soit confirmée ou pas, un facteur d'embauche".

Jupes courtes

"La loi ne requiert pas que l'employeur ait en fait connaissance" d'une nécessité d'aménager le règlement, a expliqué le juge Scalia.

"Ici l'employeur a au moins supposé que la pratique (le port du foulard, ndlr) était de nature religieuse. Son refus d'embaucher était donc motivé par le désir d'éviter d'autoriser cette pratique, et cela suffit", a asséné le juge catholique, traditionnellement enclin à défendre la liberté de religion.

"La pratique religieuse d'un employé ne doit pas être une raison pour un employeur de refuser l'embauche", a-t-il encore fustigé, en présentant oralement la décision quasi-unanime. Peu importe que la décision "provienne d'une connaissance réelle, d'un soupçon bien fondé ou d'un simple pressentiment", a ajouté le juge conservateur connu pour son franc-parler.

Aux États-Unis, la loi interdit la discrimination religieuse à l'embauche, sauf si l'employeur démontre qu'il ne peut pas "aménager raisonnablement" son activité pour la conformer à une pratique religieuse.

Mais les magasins A&F étaient jusqu'ici réputés pour leurs mannequins aux torses sculpturaux et aux jeans taille basse, appâtant le client à l'entrée, et pour leurs vendeuses aux tailles de guêpe et aux décolletés généreux, portant jupes courtes et chemisettes ajourées du "style Abercrombie".

En position d'arbitre entre un employeur, qui exigeait le strict respect de sa politique vestimentaire, et un candidat, dont les convictions religieuses empêchent de s'y plier, la haute Cour a donc conclu qu'il y avait là discrimination religieuse.

"Cette affaire change de manière dramatique les critères qui s'appliquent aux employeurs", a commenté l'expert Michael Droke, car la Cour enlève la nécessité que le patron soit explicitement informé d'une nécessité d'aménager ses codes pour s'adapter à une pratique religieuse.

"Les employeurs doivent immédiatement revoir leurs manuels et leurs règlement pour déterminer les éléments qui pourraient susciter une discrimination", a ajouté l'avocat spécialiste du droit du travail.

La haute Cour était ici écartelée entre sa traditionnelle bienveillance pour les entreprises et sa propension à défendre la liberté de religion. Abercrombie, anticipant le verdict, avait renoncé fin avril à ses mannequins "sexy" qui faisaient sa marque de fabrique.

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