POLITIQUE

Quel est le chemin parcouru par Québec solidaire?

30/05/2015 02:18 EDT | Actualisé 30/05/2015 02:19 EDT
PC

Les militants de Québec solidaire se réunissent cette fin de semaine pour le 10e congrès de la formation politique. Alors que la dynamique politique se modifie au Québec, avec l'arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois et la résurgence de la question nationale, quel bilan peut-on dresser de l'action politique de Québec solidaire depuis sa création?

Un texte de Hugo Lavallée

C'était en février 2006. Un millier de militants s'étaient réunis à l'Université de Montréal pour assister à la naissance d'un nouveau parti. Québec solidaire était créé, à la suite notamment de la fusion de l'Union des forces progressistes et du mouvement Option citoyenne. Le parti a depuis réussi à faire élire trois députés - un premier en 2008, une deuxième en 2012 et une troisième en 2014.

« Québec solidaire participe d'un réalignement du spectre politique québécois. Il y participe, et il en est la conséquence, explique le politologue Simon Tremblay-Pepin, qui a été activement impliqué au sein du parti durant ses premières années d'existence. Dans les années 80 et 90, l'alignement principal du spectre politique au Québec, c'était la question nationale. Évidemment, ce débat-là ne s'est pas éteint, il demeure, mais il a laissé de la place, il a pris moins d'importance pour qu'un autre spectre se dévoile, celui de la gauche et de la droite. »

À l'instar de l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui a d'abord cherché à se camper à droite lors de sa création dans les années 90, Québec solidaire a surtout cherché à incarner les idées de la gauche québécoise. Sur le terrain comme à l'Assemblée nationale, les représentants du parti ont multiplié les présences aux côtés des groupes sociaux, dont ils ont repris l'essentiel des revendications.

Mais s'il a su mobiliser certains acteurs sociaux, la contribution du parti à la vie politique et parlementaire a été plutôt limitée, tranche le politologue Denis Monière, qui milite au sein du mouvement souverainiste depuis une cinquantaine d'années.

« Ce parti-là a des limites, a des handicaps sérieux. Ça fait presque 10 ans que ça existe. Quand on regarde l'histoire politique du Québec, les tiers partis [qui réussissent à percer], après 10 ans, ils ont pris le pouvoir. Par exemple, l'Union nationale, ça a pris 2 ans entre sa fondation et la prise du pouvoir. Le Parti québécois, ça a pris 8 ans entre sa fondation et la prise du pouvoir. Québec solidaire est vraiment loin du compte, avec son 7,6 % [aux dernières élections]. [...] Québec solidaire va vous répondre "Oui, mais c'est à cause du mode de scrutin". Je veux bien, mais c'était le même mode scrutin à l'époque de l'Union nationale dans les années 30 et à l'époque du Parti québécois dans les années 70. »

Résultats électoraux de Québec solidaire depuis sa création

2007 : 3,64 %

2008 : 3,78 %

2012 : 6,03 %

2014 : 7,63 %

La députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé

Peu d'échos sur la colline Parlementaire

Lors de toutes les campagnes électorales auxquelles il a participé, le parti a pourtant fait valoir que sa présence à l'Assemblée nationale lui permettrait d'influencer l'action gouvernementale. Or, sauf pour quelques coups de gueule fortement médiatisés - surtout de la part du député Amir Khadir -, la présence du parti a eu peu d'échos sur la colline Parlementaire, et n'a pas réellement influencé le cours des choses, soutient Denis Monière.

« C'est un parti qui porte des valeurs, mais qui a beaucoup de difficulté à les concrétiser ou à les actualiser. C'est bien l'égalité entre les citoyens, entre les hommes et les femmes, mais personne n'est contre ça. »

— Denis Monière

Pour Simon Tremblay-Pepin toutefois, l'utilité du parti ne réside pas tant dans sa capacité à influencer les lois qui sont adoptées qu'à faire vivre la pensée politique de gauche dans l'espace public.

« Comment évaluer [Québec solidaire]? C'est de savoir, est-ce qu'il joue son rôle comme parti de gauche au Québec? Est-ce qu'il défend les positions politiques de gauche, est-ce qu'il les fait connaître, est-ce qu'il structure le champ politique à gauche? Je pense que sur toutes ces questions, bien qu'on pourrait avoir des réponses plus mitigées sur certaines, l'apport de Québec solidaire est essentiel ».

Il ajoute que si les victoires l'Assemblée nationale ont été rares, le parti aura au moins eu le mérite de mettre en exergue certains enjeux, comme la lutte à la pauvreté, par exemple.

Trois députés, trois questions

Avec trois députés, dans la législature actuelle, Québec solidaire a la possibilité de poser trois questions à l'Assemblée nationale pour chaque cycle de sept séances.

Mais même s'il doit conserver des liens forts avec eux, Simon Tremblay-Pepin estime que Québec solidaire aurait intérêt à mettre de l'avant sa propre vision des choses, plutôt que de reprendre systématiquement les revendications des groupes de la société civile, « quitte à choisir ».

Pour Denis Monière, le parti devrait surtout chercher à prendre racine en région, en faisant mieux connaître notamment ses positions sur le développement régional.

Appui obtenu par Québec solidaire en avril 2014

Île de Montréal : 12,63 %

Reste du Québec : 6,45 %

Alors que Québec solidaire existe depuis 2006, le parti en est encore à définir son programme. Après avoir précédemment développé sa vision des services publics, de l'économie et de la démocratie, le parti définira cette fin de semaine ses positions sur la famille, l'égalité des sexes et le féminisme, dans le contexte où Québec solidaire estime que ce sont surtout les femmes qui font les frais des politiques d'austérité gouvernementales.

Des enjeux plus précis comme la légalisation de la prostitution, l'hypersexualisation dans la publicité et le retour des cours d'éducation sexuelle seront aussi débattus.

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter

INOLTRE SU HUFFPOST

Grand rassemblement de Québec solidaire en 2012