POLITIQUE

La CSDM abolit 17 directions adjointes lors d'une séance agitée du conseil des commissaires (VIDÉO)

27/05/2015 10:49 EDT | Actualisé 27/05/2015 10:49 EDT

Une manifestation d'enseignants a perturbé une séance extraordinaire du conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) au cours de laquelle 17 postes de direction adjointe ont été supprimés.

Les enseignants, qui réclament la fin des compressions à la CSDM, ont perturbé la séance du conseil des commissaires durant 30 minutes. Scandant des slogans réclamant la fin des compressions en éducation - « Dénonçons les compressions » et « Protégeons l'Éducation » - pendant que d'autres jouaient du sifflet, les enseignants ont fait sentir leur présence aux commissaires qui devaient se prononcer sur la suppression des 17 postes.

Les enseignants demandaient aux commissaires de résister aux exigences budgétaires du ministre de l'Éducation.

« De couper aussi au niveau de différents services directs aux élèves, nous on dit qu'on ne peut pas faire ça et la commission scolaire se voit dans l'obligation de le faire », déplore la présidente de l'Alliance des professeurs de Montréal, Catherine Renaud. « Nous on dit: "Faites-le pas et on va vous appuyer." Mais malheureusement, c'est sûr que la commande vient d'en haut. »

Un choix de société

Le tapage des enseignants a provoqué la suspension du conseil, mais, à la reprise, les commissaires ont voté l'abolition de 17 postes de direction adjointe. La suppression de ces 17 postes, votée hier soir par le conseil des commissaires, s'ajoute aux 175 postes de professionnels et d'employés de la CSDM abolis il y a deux semaines.

« Il y a un choix à faire comme société, ajoute Mme Renaud. Au-delà de la commission scolaire, au-delà du ministère [de l'Éducation], il faut choisir d'investir en éducation et faire de l'éducation une priorité nationale. Il y a des sommes à aller chercher ailleurs. »

« C'est pas vrai que le retour du budget équilibré doit se faire par l'éducation ou par la santé ou par les services publics en général. » — Catherine Renaud

« C'est pas une bonne nouvelle en soi, soutient la présidente de l'Association montréalaise des directions d'établissements scolaires, Hélène Bourdages. « C'est 17 milieux scolaires qui vont être en déficit de direction adjointe. Qu'est-ce que ça fait une direction adjointe? Ça accueille le parent qui vient demander un service spécial pour son enfant. Et moi je pense que cet automne, les parents, les enfants, vont le ressentir. »

Prise entre l'arbre et l'écorce, la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, affirme appliquer les recommandations d'une firme comptable mandatée par le gouvernement pour redresser la situation financière de la commission scolaire. « Je pense qu'on répond à la demande, avance-t-elle. On fait ce qu'on avait dit qu'on ferait, c'est-à-dire suivre les recommandations de Raymond-Chabot. Ça ne se fait pas en quelques semaines, ça se fait sur deux années: 2015-2016 et 2016-2017. »

Une conjoncture particulière

« On est dans une période spéciale parce qu'on est en négociations [de convention collective des professeurs], mais au même moment on doit appliquer des compressions qui touchent les services aux élèves. Dans le cas de la CSDM », explique la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard.

Le cas de la CSDM est particulier, selon Mme Bouchard, parce qu'elle doit réaliser un redressement financier de sa situation avec des menaces de tutelle provenant du ministre de l'Éducation. « C'est décourageant, et pour le personnel, et pour les élus de la CSDM, confie Mme Bouchard.

La présidente de la FCSQ salue les rapports sur l'efficience des commissions scolaires soulignant que les coûts administratifs des commissions scolaires s'élèvent à 4,2 % de leur budget. « Ça démontre qu'il y a tout un effort qui a été fait », ajoute Mme Bouchard.

« Il y a des choix politiques à faire du côté du gouvernement et du côté des élus scolaires », estime Mme Bouchard. Elle précise que les élus, pour atteindre un plus haut niveau d'efficience, devront choisir entre effectuer des réductions de services aux élèves, jouer dans les conditions salariales des enseignants, fermer des petites écoles ou augmenter les frais chargés aux parents.

Un enjeu de gouvernance

En entrevue à RDI Matin, le ministre de l'Éducation, François Blais, a refusé de commenter la manifestation des professeurs et la décision de la CSDM des postes de direction adjointe. « Je préfère réserver mes commentaires pour voir l'ensemble de ce qui a été fait hier », a déclaré M. Blais.

Le ministre Blais a tout de même souligné que la CSDM était la moins efficiente des commissions scolaires de la province, selon un rapport de recherche d'un économiste de l'Université Laval rendu public hier. « Il n'y a aucune économie d'échelle, explique le ministre. Vous ajoutez un élève à la CSDM et il va vous coûter plus cher que le précédent. » Donc, il y a un enjeu particulier dans cette commission scolaire, à retrouver l'équilibre, à être moins bureaucratique, à être un peu moins suradministré comme on l'est aujourd'hui. »

« Je comprends la pression qu'il y a sur la commission scolaire pour réaliser son mandat. » — François Blais

Le ministre réitère qu'il a l'intention de déposer un projet de loi visant à réformer la gouvernance des commissions scolaires. « Il y a un enjeu de gouvernance dans les commissions scolaires, précise M. Blais. C'est toujours difficile pour des administrateurs de couper dans l'administration. »

La CSDM a demandé l'autorisation au ministère de l'Éducation de faire un déficit de 17 millions l'an prochain (2015-2016) en prévision d'un retour à l'équilibre budgétaire l'année suivante (2016-2017). Dans cette optique, la CSDM prévoit effectuer de nouvelles compressions de 41 millions au cours des deux prochaines années pour rétablir l'équilibre budgétaire.

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