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Le square Viger comme vous ne l'avez jamais vu

25/05/2015 01:38 EDT | Actualisé 25/05/2015 01:49 EDT
Étienne Leblanc/Radio-Canada

Coupe-gorge pour certains, horrible îlot de béton pour d'autres, le square Viger est laissé à l'abandon depuis des années. Avec l'arrivée du nouveau CHUM et le recouvrement de l'autoroute Ville-Marie, plusieurs voix s'élèvent pour dire que c'est le temps où jamais de repenser ce parc situé en bordure du Vieux-Montréal. À la demande de leur professeur, des étudiants de l'École de design de l'Université du Québec à Montréal se sont prêtés à l'exercice. Leur constat : il faut faire place aux sports!

Un texte de Étienne Leblanc, chroniqueur au 15-18

On ne compte plus le nombre de fois où le square Viger a été menacé de destruction. Ce parc d'art public conçu par les artistes Charles Daudelin, Claude Théberge et Peter Gnass, est laissé à l'abandon depuis des années. Avec ses îlots coupés en trois par des rues passantes, ses grandes structures de béton d'inspiration brutaliste, sa fontaine cassée, son mur d'eau barricadé, ses graffitis et ses nombreux coins sombres, il en rebute plus d'un.

On est loin du jardin de style victorien que fût le square Viger au début du XXe siècle.

before

after

Photos: Musée McCord et Étienne Leblanc


C'est cette image de paysage abandonné que veulent transformer les étudiants de l'École de design de l'UQAM. À l'appel de leur professeur en architecture moderne et patrimoine, Marie-Dina Salvione, ils ont imaginé le square Viger idéal, plus convivial, plus animé, plus accessible, et surtout, plus ludique.

« Si on veut que les gens viennent au square Viger, il faut en faire un parc ludique, les attirer avec des activités récréatives et sportives » — Marie-Hélène Roch, étudiante de Marie-Dina Salvione

C'est ainsi que dans l'îlot A, conçu par Daudelin, les étudiants voient un grand mur d'escalade au centre des immenses pergolas de béton dessinées le sculpteur. L'Agora, cette place publique en dénivelé qu'avait pensé l'artiste pour accueillir des spectacles en plein air, serait renflouée pour remettre le creux au niveau de la rue.

Sous les gros paralumes, les jeunes architectes imaginent une buvette, un petit marché ou un espace pour accueillir les camions de bouffe de rue. Dans la partie est de l'îlot, aux abords de la piste cyclable de la rue Berri, un atelier de réparation de vélos verrait le jour.


Pour ces jeunes architectes, l'îlot B, conçu par le sculpteur Claude Théberge, deviendrait pour sa part un véritable terrain de sport quatre saisons. Au centre de tout, pour la mettre en valeur: l'imposante sculpture-fontaine de l'artiste, Force, faite de granit noir. Tout autour : du sport. L'endroit deviendrait un véritable gymnase extérieur avec des appareils de poids et haltères, des vélos stationnaires et des structures d'étirement. Le badaud pourra faire son jogging sur la grande piste de course ovale, qui se transformera en patinoire l'hiver venu.

En bordure du parc, près d'une buvette et d'une grande terrasse publique, les amateurs de skateboard pourront profiter du parc mis à leur disposition, ou jouer au ping-pong sur les tables de béton dispersées tout autour du parc. L'hiver, les passants pourront boire un café chaud autour des vasques de feu situées près de la patinoire.

« Pour attirer les gens, il faut que le parc devienne une destination pour les gens. Il faut que les citoyens aient une raison de venir au square Viger, et cette raison, ce sera l'art public existant, et les activités sportives et récréatives » — Marie-Hélène Roch

Mais pour Marie-Dina Salvione, pas question d'évacuer les œuvres de Daudelin et Théberge, au contraire. « S'il y a une chose qui a été mal faite au fil des ans, c'est de ne pas avoir fait connaître aux gens la richesse artistique de ce lieu. Le futur square Viger devra mettre en valeur l'aspect historique du lieu, de façon interactive ».

Le square Viger : un enjeu social

Une chose est sûre, le square Viger sera transformé, plus tôt que tard. La Ville de Montréal confirme que des travaux auront lieu, sans préciser le type de projet et l'échéance.

« La revitalisation du square Viger s'inscrit dans le cadre des travaux de recouvrement de l'autoroute Ville-Marie et du réaménagement de ses abords. Le projet fera l'objet d'une annonce ultérieurement et l'échéancier des travaux sera connu à ce moment » — Philippe Sabourin, relationniste à la Ville de Montréal.

La professeure d'architecture moderne et patrimoine à l'UQAM, Marie-Dina Salvione, pense que c'est le temps ou jamais d'agir. « Toutes les planètes sont alignées pour enfin repenser le square de façon intelligente, il ne faut pas manquer cette occasion!

Mais la transformation ne doit omettre de prendre en compte la forte présence des itinérants dans le square. Ces derniers apprécient les espaces couverts et la proximité des endroits qui leur ouvrent leurs portes, comme l'Accueil Bonneau et la Maison du père. La révitalisation du square risque de les chasser. « Il faut trouver une solution durable à ce problème de fond, et cesser de chasser les itinérants d'un lieu à l'autre », conclut Marie-Dina Salvione.

Square Viger : mettre en valeur l'art public

L'îlot A du square Viger, conçu par l'artiste Charles Daudelin, fait partie de la liste des sites emblématiques menacés d'Héritage Montréal. À l'époque, c'est l'ingénieur Bernard Lamarre, l'ancien dirigeant de ce qui deviendra SNC-Lavalin, qui convainc le ministère des Transports du Québec d'inviter un artiste à concevoir un square au-dessus de la toute nouvelle autoroute Ville-Marie.

Marie-Dina Salvione insiste : le projet de Charles Daudelin n'a jamais été mené à terme. Sa fontaine monumentale Mastodo, qui devait constituer le cœur du projet, n'aura fonctionné qu'à peine un mois au total. La grande coupole fixée sur un pied de métal dans laquelle se déversait de l'eau devait basculer dans le bassin chaque quart d'heure. Daudelin avait imaginé le parc comme un immense toit vert (le square Viger a été construit sur la plateforme qui recouvre l'autoroute) sur lequel devait pousser une végétation luxuriante.

Les projets imaginés par ses étudiants insistent tous sur un aspect: il faudra que le lieu raconte cette histoire, qu'il explique le projet artistique derrière l'échec historique du square Viger.

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