Atteinte de fibrose kystique depuis 38 ans, Valérie Gosselin déjoue les pronostics

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VALRIE GOSSELIN
Courtoisie
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Lorsque Valérie Gosselin était âgée de deux mois et demi, un médecin a averti ses parents qu’elle ne passerait pas l’année. Près de quatre décennies plus tard, forte d’une vie parsemée de séjours à l’hôpital, d’une greffe de dernière minute, d’une convalescence plus souffrante que sa maladie et d’une série d’accomplissements que même les humains les plus en forme n’arriveraient pas à réaliser, elle publie le livre Pas d’obstacles assez grands! aux Éditions de l’Homme.

À la fin des années 70, la fibrose kystique était si peu connue que les parents de Valérie Gosselin ont cherché sa définition dans le dictionnaire, pour y trouver une comparaison avec la tuberculose. «Mes symptômes étaient effectivement semblables : accumulation de mucus sur les poumons, toux constante, faiblesse extrême, etc. Dans le temps, on associait la fibrose kystique aux enfants qu’on voyait dans les téléthons avec des lunettes d’oxygène, assis dans une chaise roulante, avec une espérance de vie limitée. Quand j’étais jeune, l’âge médian était de 10 ans pour les personnes atteintes de fibrose kystique.»

Valérie Gosselin n’a pas seulement déjoué les prévisions, elle les a défiées. Malgré sa condition physique fragile, elle a investi son énergie dans la pratique de l’athlétisme et de la nage… synchronisée. Un choix pour le moins surprenant quand on songe aux campagnes de sensibilisation comparant la fibrose kystique au fait de se noyer de l’intérieur. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme a pratiqué l’un des sports les plus exigeants pour les poumons pendant des années.

Première de classe, malgré les contretemps de sa maladie, elle a conclu ses études en neuropsychologie avec une cote de 4,33 sur 4,33 et un prix Excellence au gala Forces Avenir. Des résultats qui témoignent de l’exigence d’une femme qui a longtemps craint de ne pas être à la hauteur, d’être différente et de décevoir les gens.

Frapper le mur de la performance

Sa quête de perfection a pris fin abruptement lors d’un séjour en hôpital. Obligée de côtoyer un détenu de prison odieux, à qui l’on offrait plus de confort qu’à elle, même si elle se trouvait dans un état particulièrement inquiétant, Gosselin a compris que les fondements de l’existence n’avaient rien à voir avec le mérite.

« Cet événement m’a sauvé la vie au niveau psychologique. Il fallait que ça arrive un jour et que je frappe un mur. J’étais complètement à côté de la traque. À partir de ce jour-là, j’ai changé la perception que j’avais de moi et je suis allée vers l’autre extrême : je me foutais de tout! »

Après avoir fait des pieds et des mains (et plus encore) pour obtenir une greffe de foie et une ablation de la rate, la neuropsychologue a traversé une convalescence encore plus souffrante que sa maladie. « J’en étais au point de me demander à quoi bon me battre. Je ne voulais plus faire d’efforts. Avant, je me dépassais pour gagner des médailles, obtenir des reconnaissances et l’estime de me mère, mais là, je devais le faire seulement pour moi…

J’ai dû apprendre à me choisir et à faire les choses pour le plaisir. »

Conditionnée au manque

Un apprentissage majeur pour une femme qui a longtemps fait partie des éternels insatisfaits. Quand on aborde la question avec elle, on note un lien entre l’époque où elle était bébé et que sa mère la gavait de nourriture sans que son corps n’arrive à garder quoi que ce soit, et la période de sa vie où aucun honneur et aucun méritoire académiques ne comblaient ses attentes de gratitude et d’affection.

« Ce n’est pas fou comme parallèle! C’est comme si mon cerveau avait enregistré un trou sans fin, qui devait constamment être rempli. Durant mes études en psycho, j’ai souvent lu que les personnes hospitalisées avant un an étaient plus susceptibles d’avoir des troubles d’attachement. Quand on est tout petit, on décuple les sensations. »

« Ma mère m’a raconté un jour qu’elle s’était privée de me prendre, surtout quand j’étais malade, pour ne pas me donner de bactéries. C’était l’époque où on conseillait aux parents de laisser pleurer leur bébé pour éviter qu’ils deviennent gâtés... Ça peut avoir laissé des traces en moi. »

Aujourd’hui, Valérie Gosselin se sert de ses expériences et de ses obstacles. Pas pour servir une formule du bonheur, chose qu’elle a en horreur, mais pour inspirer les gens. «Avec mon livre et mes conférences, je réalise que j’étais faite pour parler de ce que j’ai vécu. Je vis encore des moments de santé difficile, mais je vois ça comme une occasion d’apprendre une nouvelle leçon de vie que je pourrai transmettre. Au fond, on enseigne le mieux ce qu’on est venu apprendre…»

Le livre Pas d’obstacles assez grands est présentement en librairie.

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