BIEN-ÊTRE

Zoé Duchesne: le mannequin québécois dénonce le règne de l'image et le culte du corps

20/03/2015 11:39 EDT | Actualisé 22/04/2015 04:24 EDT

L'Arsenal de Montréal accueille du 19 mars au 18 avril POUPÉE, une installation-autoportrait de Zoé Duchesne en forme de vaste interrogation sur le paraître. Entretien avec le mannequin québécois qui a beaucoup à dire sur le métier de modèle et la représentation de la beauté dans notre société.

Souvenez-vous...

Zoé Duchesne, c'est elle qui s’était déguisée en poupée façon Cicciolina, seins nus sur le tapis rouge du Festival de Cannes en mai dernier. Elle fut très vite évacuée par la sécurité. Dans un passé pas si lointain, elle a posé pour de nombreuses et prestigieuses marques: Chanel, Revlon, Guess, Tommy Hilfiger, Clarins, Sport Illustrated, Victoria Secret, Gap…

Quel est le message derrière POUPÉE - un vaste autoportrait composé d’une vingtaine de courts métrages et de plus de 30 tableaux photographiques?

« Poupée n’est pas un mannequin, elle est l'être humain. Elle est TOUS les êtres humains. Nous sommes tous des poupées manipulées par la société et par nos croyances. Il n’y a plus de place pour ce que nous sommes vraiment au fond. Nous devons à tout prix performer aux yeux de tous. Exister dans le regard des autres pour finir par se rendre compte que nous ne connaissons rien de nous. Poupée c'est l'être qui se bat avec le paraître pour ne pas mourir. Poupée c'est mon être qui s'exprime sans la barrière des mots".

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Lorsque tu penses à ta vie de mannequin, que te vient-il en tête?

« Des beaux moments j'en ai eu plein en étant mannequin. Lorsqu'on est mannequin on a beaucoup de temps pour vivre puisque nous ne travaillons pas de 9 à 5 tous les jours. C'est par contrats. Et les mauvais souvenirs je peux les compter sur les doigts d'une main.

"Ce qui est difficile ce n’est pas le métier de mannequin, mais le temps d'attente entre les contrats. C'est l'espoir trop souvent suivi par la déception des castings. C’est une quête sans fin d’approbation de l'autre les castings. Il faut être fait fort pour passer à travers et moi je n'étais pas assez forte pour cela. J’avais du mal à aller me présenter juste par mon physique alors que je savais tout ce que j'avais en dedans »

Qu’aurais-tu dû faire à côté pour mieux vivre le métier de mannequin?

« Zoé disciplinée aurait fait ses castings et quand elle n’aurait pas eu de casting où n’aurait pas travaillé, elle aurait peint un tableau ou écrit un scénario ou même commencé un projet artistique plus tôt qu’à 30 ans. Si j’avais été une autre Zoé, Poupée n’aurait jamais existé.".

Que dirais-tu à une fille qui rêve de devenir modèle?

« Je lui proposerais de se poser vraiment cette question :« pourquoi je veux être mannequin? » Si c'est pour obtenir l’admiration des autres en pensant y trouver le bonheur, je l'invite à y aller à fond pour découvrir par elle-même que le regard des autres ne vaut rien quand on ne s’aime pas soi. Être mannequin c’est un métier qui permet de gagner sa vie tout en gardant l'espace nécessaire pour découvrir ce que l’on est, bien sûr si on ne se perd pas dans l'illusion de l’image… »

Pas de retouche Photoshop dans ta création, c'est un comme un pied de nez à toutes les polémiques qui entourent les shootings et campagnes dernièrement?

« Photoshop est un outil formidable, mais il est souvent utilisé pour changer la morphologie et ça, je ne suis pas d’accord. Je crois que la beauté est dans tous les types de corps et dans tous les visages. Il faut juste prendre le temps de voir cette beauté. Mais nous sommes tellement conditionnés que nous trouvons beaux les codes qu’on nous a imposés. Je me suis moi-même complexée dans le passé devant une de mes photos retouchées. Donc ce projet, Poupée ne contient aucune retouche, ni de lumière, ni de trait physique. Tout a sa raison d’être."

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