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« On se voit comme des parents de terroristes » - le père d'un jeune parti en Syrie (VIDÉO)

03/03/2015 08:45 EST | Actualisé 04/03/2015 11:29 EST

« Reviens, parce que tu me manques beaucoup. Je voudrais qu'il revienne. Je ne veux pas le perdre. Je garde toujours un espoir quelque part. Je n'arrive pas à y croire... Peut-être que c'est un cauchemar, je vais me réveiller, c'est un rêve pourtant c'est la réalité. Je ne veux pas que mon fils embarque dans quoi que ce soit. »

C'est une mère, dévastée, qui envoie ce message à son fils, soupçonné d'avoir rejoint, avec cinq autres jeunes Québécois, les combattants islamistes en Syrie. Ni elle ni son mari n'en reviennent encore. Ils se sont confiés à Anne-Marie Dussault, de 24/60, et à notre journaliste Karine Bastien.

Leur fils est parti le vendredi 16 janvier dernier avec 500 $ en poche. Il a pris l'avion à l'aéroport de Montréal pour la Turquie, point de passage réputé pour la Syrie. Il venait d'avoir 18 ans.

« Mon fils, maintenant, est dans une boucherie, une véritable boucherie! se désespère son père. Ce n'est pas juste l'inquiétude, on est envahis complètement. On est déboussolés. On ne mange pas, on ne dort pas. Notre vie a basculé dans l'horreur... »

« Quand j'ai appris la nouvelle je suis tombé par terre, je me suis dit : ça ne se peut pas. »

— La mère

Le jeune homme, l'aîné de la famille, était poli, dégourdi, curieux et naïf à la fois, et aimait aider les gens. Il avait fait son entrée en septembre au Collège de Maisonneuve, une institution que fréquentaient au même moment plusieurs des jeunes qui seraient partis en Syrie à la mi-janvier.

Souhaitant en outre suivre des cours d'arabe, explique son père, il se serait alors inscrit à l'École des compagnons, où il a suivi des cours avec Adil Charkaoui, président du Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal. Son père pensait que les cours étaient donnés par le cégep, mais en fait, l'École des compagnons y louait simplement des locaux.

Lorsque son fils a commencé à porter une barbichette, son père a commencé à s'inquiéter. Il a alors caché le passeport de son fils et s'est même rendu au cégep pour en avoir le coeur net.

Opposé à l'idée que son fils suive des cours donnés par une association musulmane, il a alors interdit à son fils d'y retourner et lui a demandé de couper sa barbichette, ce que celui-ci a fait.

« Je ne peux pas commencer à stigmatiser les barbichettes, mais mon fils a mis une barbichette par conviction. C'est ça qui m'a fait cliquer. »

— Le père

Mais alors que montait l'inquiétude du père, la mère du jeune homme n'était pas inquiète.

« Sincèrement, je n'étais pas inquiète. Peut-être que mon mari a vu autre chose. Moi, je voyais la petite barbe », confie-t-elle.

« Mon fils n'a pas montré d'autres signes dans les conversations à la maison. Il n'a pas changé de comportement, n'était pas retiré dans sa chambre. Il parlait, mangeait avec nous, riait avec ses frères », se rappelle-t-elle.

Mais avec un peu de recul, les parents croient qu'il était déjà trop tard : le fils ne leur disait pas la vérité. D'ailleurs, sans le dire à ses parents, il avait fait une nouvelle demande de passeport, qu'il a reçu fin décembre.

Le père et la mère du jeune homme, originaires du Maghreb, sont pratiquants, mais ne prient pas à la mosquée. Le père explique avoir toujours voulu que sa famille s'intègre à la société canadienne et refuse de blâmer la société, il n'en veut qu'à lui-même.

« Je sens que c'est moi qui suis responsable, ils me l'ont volé. Je ne veux pas responsabiliser d'autres gens. »

— Le père

« On se voit comme des parents de terroristes, poursuit l'homme, brisé. On pense autrement. On est là et on vous a créé d'autres problèmes à la société canadienne. Notre perception, on est là et on a foutu le problème ici. »

Les parents ont voulu garder l'anonymat pour protéger leurs autres enfants. Ils espèrent que leur témoignage va aider à sensibiliser d'autres parents.

Selon le père, la solution passe aussi par les leaders religieux qui doivent condamner les actes de violence.

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