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Une solution pour l'éducation chez les Premières Nations: voici par où commencer

14/02/2015 09:19 EST | Actualisé 14/02/2015 10:51 EST

Le jour où Shannen Koostachin, 12 ans, est entrée dans une école en banlieue torontoise en 2007, elle s'est demandé pourquoi celle-ci était tellement meilleure que la sienne.

Cette école avait des salles qui étaient bien éclairées. Shannen assistait aux cours dans une salle portative mal chauffée. Son école n'avait pas de cour de récréation ni de bibliothèque ni de salle d'informatique ni de gymnase. Pourquoi les écoles dans cette partie du Canada avaient-elles ces choses, mais pas dans sa communauté ?

Shannen a grandi dans la Première Nation d'Attawapiskat au nord d'Ontario. Son école primaire a fermé ses portes en 2000 lorsqu'on a découvert une fuite de diesel sous l'édifice qui durait depuis presque 20 ans.

Les élèves ont ensuite été transférés dans des salles portatives adjacentes au terrain d'école, qui était toujours contaminé par un mélange toxique de produits chimiques et de moisissure. Le gouvernement fédéral avait promis à maintes reprises de fournir à la communauté une nouvelle école, qui ne s'était pas encore matérialisée.

Malgré les conclusions d'expert après expert selon lesquelles le diplôme d'études secondaires est la clé pour diminuer l'écart entre les Canadiens autochtones et non-autochtones, la qualité de l'éducation sur les réserves prend beaucoup de retard. Après la visite à Toronto, Shannen s'est demandé pourquoi un des pays les plus riches au monde ne trouve pas le moyen de donner une éducation à chaque enfant de manière équitable.

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Cette question allait changer la vie de ce jeune. Elle a pris une décision difficile en quittant sa famille pour assister à une meilleure école à des centaines de kilomètres. Shannen et les autres élèves ont mené une campagne pour améliorer les écoles sur les réserves et elle est rapidement devenue une militante reconnue au niveau international. En 2008, le groupe a abandonné une sortie d'école aux chutes du Niagara pour voyager à Ottawa pour dire au gouvernement Conservateur qu'assez, c'était assez.

Chuck Strahl, ministre des Affaires indiennes à l'époque, leur a dit que la construction d'une nouvelle école n'était pas la première priorité. Shannen a regardé Strahl droit dans les yeux et lui a dit qu'ils n'allaient pas arrêter.

Elle a persisté. Le gouvernement fédéral, qui gère le financement des écoles autochtones, a finalement cédé à la pression en 2009, promettant qu'une nouvelle école primaire serait construite à Attawapiskat.

Tragiquement, Shannen n'a jamais vu la nouvelle école. Elle est morte dans un accident de voiture en 2010 à l'âge de 15 ans. Mais son rêve continue, et de plus en plus de gens se demandent : pourquoi est-ce qu'on ne peut pas rendre l'éducation équitable pour tout le monde au Canada ?


Shannen Koostachin (Photo : La Campagne Shannen's Dream)

En automne dernier, pour la première fois en plus de 10 ans, la rentrée des élèves s'est faite dans une vraie école à Attawapiskat.

Les problèmes auxquels la communauté lutte sont multiples : les logements décrépits, le surpeuplement, le manque d'accès à l'eau potable, les abus de substances, le suicide, les grossesses à l'adolescence, le manque d'emploi, et l'héritage traumatique des écoles résidentielles sont des préoccupations majeures.

Ici, une école n'est pas seulement une école. C'est un endroit pour échapper à la moisissure et le surpeuplement. C'est un endroit à l'abri de la pluie.

Une journée froide en mi-septembre, à l'école secondaire à Attawapiskat, les cours ont fini plus tôt que prévu parce qu'un élève a déclenché un extincteur. Il pleut à grosses gouttes, mais nombre d'élèves ne sont pas rentrés chez eux. Ils s'attardent au coin des murs, fumant des cigarettes, essayant de rester au sec. Plus facile d'affronter les éléments que la vie à domicile.

Les Premières Nations de la baie James ont signé le Traité no 9 au début des années 1900 dans l'espoir que leurs enfants allaient recevoir une bonne éducation du gouvernement canadien en échange de droits fonciers.

Le traité se lit comme suit : « Sa Majesté s'engage à payer les salaires des enseignants, à instruire les enfants indiens et également à fournir des bâtiments scolaires et du matériel éducatif tel qu’il sera conseillé par le gouvernement du Canada de sa Majesté. »

George MacMartin était le commissaire de l'Ontario responsable du Traité no 9.
(Photo: Michael Bolen/HuffPost Canada)

Encore aujourd'hui, l'interprétation du traité fait l'objet d'éternelles disputes.

Mais il ne fait aucun doute que l'éducation représente toujours le meilleur espoir pour ceux qui sont nés sur des réserves en difficulté. Selon le recensement de 2006, 76,3 pour cent des diplômés universitaires ont un emploi. Chez les diplômés vivant hors réserve, le taux s'élève à 78,3 pour cent. Ces chiffres correspondent plus ou moins au taux d'emploi de 81,8 pour cent chez les diplômés universitaires non autochtones.

Ceux qui décrochent de l'école ne s'en tirent pas si bien.

Seulement 36,2 pour cent de ceux vivant sur une réserve qui n'ont pas terminé l'école secondaire ont un emploi, contre un peu moins de 60 pour cent de la population non autochtone ayant le même niveau d'éducation.

Malheureusement, 50 pour cent des autochtones sur les réserves âgés de 25 à 64 ans ne terminent pas le secondaire, comparé à 4 pour cent qui terminent un programme universitaire.

À Attawapiskat, il n'est pas difficile de voir pourquoi si peu d'élèves réussissent à l'école.

Il pleut à l'extérieur du gymnase, et Holly Nakogee me parle de ses rêves.

L'élève de 19 ans en terminale au secondaire à Attawapiskat est une artiste. Elle espère un jour assister au Ontario College of Art and Design à Toronto. Elle veut devenir productrice de cinéma ou animatrice de jeux vidéo ou peut-être même journaliste, elle n'a pas encore décidé.

Elle se penche vers l'animation, alors elle est d'autant plus frustrée que son école n'a aucun ordinateur fonctionnel depuis le début de la session en raison d'une inondation.

Les Cris sont généralement plus réservés. Il faut un stoïcisme certain pour survivre dans la contré sauvage et sans pitié qui entoure de la grande baie. Parfois ce stoïcisme se manifeste par de la timidité; bien des jeunes gens à Attawapiskat répondent aux questions par des regards muets.

Mais le visage d'Holly brille lorsqu'elle parle de partir en voyage après l'université. Elle est fascinée par l'antiquité romaine et grecque et veut visiter Pompéi pour voir l'histoire figée dans le temps.

Il ne fait pas si longtemps que Holly portait son manteau à l'intérieur des portatives glaciales, lorsqu'elle assistait aux cours avec Shannen. Et ce n'était pas le seul défi qu'elle a dû surmonter pour réussir si bien dans ses études.

La quatrième plus jeune parmi 13 frères et sœurs et demi-frères et demi-sœurs, Holly n'avait pas sa propre chambre jusqu'à il y a quelques années. Ensuite, elle a quitté une maison qui avait un problème de moisissure où elle partageait une chambre avec deux frères, deux sœurs et sa mère. Le plancher était troué et pendant l'hiver, une fente sous la porte laissait entrer de la neige. L'électricité était inconstante.

Ce n'était qu'en déménageant qu'elle a découvert que ces conditions étaient à l'origine de ses problèmes de respiration. Elle croyait sa situation normale.


Aujourd'hui, le domicile d'Holly est supérieur à la moyenne sur la réserve, mais elle n'a toujours pas d'endroit pour faire ses travaux scolaires.

La chef Theresa Spence croit que l'accès à un logement adéquat est le plus grand obstacle au développement de l'éducation sur la réserve. Elle estime que 95 pour cent des domiciles dans la communauté ne respectent pas les normes. L'eau qui sort du robinet n'est pas potable, alors la communauté entière est obligée de remplir des cruches en plastique au seul robinet du dépôt d'eau.

Holly se sent prisonnière à Attawapiskat. Si elle part pour l'université ou le collège, elle ne veut pas y revenir. Mais quitter Attawapiskat n'est pas facile.

Elle a déjà déménagé trois fois au sud pour recevoir une meilleure éducation, mais à chaque fois elle est revenue.

Ne supportant plus les portatives, Holly et sa sœur ainée, Dakota, ont d'abord déménagé à Cochrane, Ontario, en 1re année du secondaire, pour assister à une meilleure école. Malgré l'écart de deux ans, on les croyait jumelles. Elles étaient inséparables.

Toute-petite, Holly appelait sa sœur Akwao, une déformation du mot cri pour dame. Le surnom est resté.

« [Elle] était comme tout autre grande sœur, a dit Holly, méchante, mais aussi ma meilleure amie. »

Mais le projet d'éducation n'a pas fonctionné tel que prévu. Elles habitaient avec leur père et sa femme à Cochrane, mais sont rentré chez eux en raison d'une relation difficile avec leur belle-mère.

Ensuite sa sœur est tombée enceinte. Après l'accouchement, elle est devenue malade. Holly dit que sa sœur est allée à l'hôpital à Attawapiskat et on lui a dit qu'elle avait probablement le rhume. Mais le rhume a persisté.

Dakota a été soignée dans la communauté voisine de Moose Factory, puis à Kingston, et finalement à l'hôpital Sick Kids de Toronto.

Trois mois après la naissance de son bébé Elizabeth, Dakota est morte d'une insuffisance des reins le 23 avril 2010. Plus tard, la famille a appris qu'elle était atteinte de lupus, une maladie qui est rarement mortelle si elle est soignée. Elle avait 16 ans.

Akwao était partie.

Malgré toute cette tragédie, Holly a de nouveau déménagé à Cochrane en secondaire 5 pour profiter de manuels scolaires et de technologie meilleures. Les choses se sont bien passées au niveau académique, mais la séparation avec sa famille était difficile. Dakota lui manquait. Sa famille aussi.

Elle a décroché, est rentré chez elle, et n'est pas retourné à l'école pendant toute une année.

Holly a finalement repris les cours à Attawapiskat, mais elle a décidé de repartir une dernière fois pour Cochrane pour sa session terminale.

Mais encore une fois, la catastrophe.

Le 23 mai 2014, Alexa, la nièce chérie d'Holly, est morte, heurtée par un camion sortant d'une entrée à Attawapiskat. Sa naissance avait eu lieu trois jours avant la mort de Dakota quatre ans plus tôt.

Holly est rentré chez elle pour l'enterrement, et la sœur ainée d'Alexa lui a supplié de rester. Cela lui a rappelé son lien avec Dakota, et elle a décidé qu'elle ne pouvait pas retourner à l'école à Cochrane.

Malgré tout, Holly demeure optimiste par rapport à son avenir.


Dakota, la soeur d'Holly, et sa nièce, Alexa (Photos: Courtoisie d'Holly Nakogee)

« Nous devons mettre fin une fois pour toute à ce sous-financement systématique. À partir de ce moment-là, ces communautés commenceront à évoluer de façon inconcevable. »

Le député du NPD Charles Angus rend visite à la nouvelle école primaire d'Attawapiskat pour la première fois. Marchant dans les rues poussiéreuses pour se rendre à une pièce de théâtre d'enfants, Angus, qui a déjà joué dans un groupe punk avec le député Andrew Cash, est accueilli comme une vedette rock. Certains offrent de le reconduire, d'autres lui disent simplement bonjour. Le café et les beignes frais Tim Hortons qu'il a apportés de Timmins n'en sont pas pour rien. Il en va de même pour ses visites régulières à la réserve.

Le père de Shannen, Andrew Koostachin, raconte que quelque temps après l'élection d'Angus comme représentant d'Attawapiskat en 2004, le député NPD lui a demandé si d'autres députés avaient rendu visite à la communauté.

« Les députés ? Qui est-ce ? » Andrew avait répondu. «La police montée?»


Les parents de Shannen Koostachin, Jenny and Andrew (Photo: Michael Bolen/HuffPost Canada))

Angus a fait l'effort de se rendre à Attawapiskat sur une base régulière et lutte depuis longtemps pour obtenir du gouvernement fédérale plus de fonds pour les communautés des Premières Nations dans sa vaste circonscription électorale de Timmins-Baie James. Il faisait partie intégrante de la campagne menée par Shannen et ses amis pour la nouvelle école.

Mais la construction de l'école est une victoire autant personnelle que politique pour Angus. En 2008, Shannen et sa sœur ainée, Serena, ont habité chez la famille Angus pour leur permettre d'aller à l'école secondaire à New Liskeard, Ontario.

Le bruit cour qu'un renard a été aperçu dans la nouvelle école. On dit que c'est l'esprit de Shannen revenue sous forme animale.

« Shannen est présente dans cette école, sans aucun doute, dit Angus. Je pense à cette fille à chaque jour.... Shannen avait un côté insaisissable, une qualité que j'ai remarquée dès la première fois que je l'ai rencontrée. Son esprit est bien présente. »

Même après la mort de Shannen en 2010, Angus a continué à inciter l'adoption au Parlement d'une motion en l'honneur de son rêve d'équité en éducation pour tous les Canadiens. La motion demandait entre autres à la Chambre des communes de fournir un financement « qui placera les écoles situées dans les réserves sur un pied d’égalité avec les écoles provinciales qui ne sont pas situées dans les réserves ». En février 2012, la motion non contraignante a été adoptée à l'unanimité par la Chambre.

Angus est frustré que ce qui a été promis dans la motion n'ait pas encore été réalisé. Il remarque que même si Attawapiskat a obtenu une nouvelle école, les élèves de la Première Nation de Kashechewan avoisinante vont passer encore une année en portatives. Le gymnase à l'école secondaire est fermée en raison d'un toit qui coule. Il dit qu'Ottawa n'a pas encore déboursé les fonds promis.

« Nous sommes ici au Canada, où la qualité de l'éducation tellement arbitraire qu'une communauté peut avoir une toute nouvelle école, alors qu'une autre doit se contenter de condition du quatrième monde, » Angus a dit plus tard.


Le bureau du ministre des Affaires autochtones Bernard Valcourt dit que le gouvernement a promis de financer la construction d'un nouveau toit à l'école secondaire à Kashechewan et rappelle l'investissement de 20 millions de dollars en éducation sur la réserve depuis 2005-2006.

En ce moment, le progrès vers des investissements d'envergure dans l'éducation autochtone à travers le Canada est au point mort.

« C'est purement politique, » dit Angus concernant l'effondrement de l'accord des Conservateurs avec l'Assemblée des Premières Nations (APN) et au projet de loi qui aurait accordé 1,9 milliard de dollars de financement nouveau, dont la majeure partie allait devoir être dépensée dans les trois premières années.

L'accord a échoué selon des lignes de faille bien connues. Le premier ministre Stephen Harper et son gouvernement conservateur étaient d'accord pour donner plus d'argent, mais à condition d'une plus grande transparence et d'une application stricte des critères d'éducation d'Ottawa. Nombre de chefs craignaient que la loi n'augmente le contrôle du fédéral sur l'éducation, plutôt que de donner plus de responsabilité aux bandes.

Le gouvernement craint que sans transparence, les nouveaux investissements soient gaspillés. Les chefs, qui croient en l'autodétermination et dont le souvenir des écoles résidentielles n'est point absent, sont d'avis que la voie du succès passe par une diminution de l'influence du gouvernement.

Et par conséquent, on ne fait rien.

Le manque d'unité au Canada parmi les Premières Nations hétérogènes, en plus du fait que Harper préfère négocier avec l'APN seule, n'a fait qu'empirer les choses.

En fin de compte, le chef national de l'APN Shawn Atleo a démissionné suivant des accusations qu'il trahissait les intérêts de son propre peuple en appuyant le projet de loi. Harper renvoie la responsabilité pour l'échec du projet de loi entièrement à l'APN, et le bureau de Valcourt a dit que le projet n'avancerait pas sans le soutien de l'APN.

Angus croit toujours que le gouvernement fédéral peut trouver une solution.

« Financer l'éducation n'est pas difficile, » a dit le député lorsqu'il s'approchait de la nouvelle école.

« On réussit à le faire dans le reste du pays depuis 100 ans, et les Affaires indiennes continuent à badiner. »

Il existe quantité de rapports qui essaient de démontrer si oui ou non les enfants autochtones reçoivent le même financement par habitant que les enfants non autochtones. Selon l'Institut Fraser, les Affaires autochtones estiment qu'ils dépensent plus que ne le font les provinces par habitant dans toutes les provinces sauf le Manitoba. L'APN est en total désaccord.

Le gouvernement se vante leurs investissements. L'ANP demande plus de financement.

En bout de ligne, dans tous ces calculs, on oublie les enfants.

Mandy Alves, une enseignante à Attawapiskat qui a également enseigné en Nouvelle Zélande et aux États Unis, dit qu'elle n'a jamais eu si peu de ressources.

« Mon budget est le plus petit budget que j'ai jamais eu dans une écoles, elle a dit. Alors je l'utilise pour acheter des couleurs primaires en peinture. Et puis il y a des frais de livraison d'environ 1 000 $....ce qui réduit davantage le budget. »

Un autre professeur au secondaire qui a parlé à HuffPost Canada a dit qu'il n'a pas assez de manuels scolaires pour sa classe et qu'en raison de l'absence d'embauche, nombre de ses collègues enseignent des cours pour lesquels ils n'ont pas les qualifications. L'éducation physique est maintenant enseignée pendant deux ans, plutôt que quatre.

Que le financement soit égal ou pas, ces deux enseignants savent que l'équité en éducation n'en est pas le résultat.

Après avoir visité l'école, Angus promet de continuer la lutte jusqu'à ce que cette équité devienne réalité, jusqu'à ce que chaque communauté des Premières Nations ait une vraie école comme celle dont Shannen a rêvée.

« Jusqu'au jour où ces enfants ont les mêmes droits que les gens dans le reste du Canada, la destinée de ce pays demeurera inachevée. Alors la lutte continue, » dit Angus.


Photo: courtoisie de Charlie Angus

Il n'y a qu'un seul enseignant d'origine Cri à Attawapiskat.

Même s'il y a de nombreux assistants de la communauté, le manque d'enseignants autochtones rappel des souvenirs difficiles. Beaucoup de gens se souviennent de l'époque où les enfants de la baie James avaient été séparés de leurs familles et envoyés à l'école résidentielle St. Anne. Dans cette école, des enseignants masculins de race blanche ont tenté d'éliminer leur culture, tel de la craie sur un tableau noir. Bien des enfants ont subi des abus physiques, psychologique et sexuels. Les survivants se souviennent d'avoir été électrocutés dans une chaise électrique fait maison et d'être obligés de manger leur propre vomit.

Il n'est donc pas surprenant qu'à leur arrivée, les enseignants de race blanche n'ont pas la vie facile.

Un enseignant, « John, » dit qu'on l'a accueilli en disant « Rentre chez toi, le blanc » et à coups de pierres. Sa maison était vandalisée à chaque soir. Il a demandé à HuffPost Canada de ne pas utiliser son vrai nom.

Après un an d'intimidation, les choses se sont améliorés. « La deuxième année ils disent, Regard, il est resté. Il ne doit pas être si mal. » Aujourd'hui, John dit qu'il est très heureux de vivre à Attawapiskat et espère y rester longtemps.

Il voit un lien entre la réaction initiale de la communauté et l'héritage des écoles résidentielles.

Selon Angus, malgré le fait d'avoir vu « génération après génération sacrifiée à l'intérieur du système », les gens ici veulent toujours que les promesses du traité en matière d'éducation soient tenues.

La chef Theresa Spence partage cet avis.

Spence ne fait pas l'unanimité. Sa grève de faim en 2013 pour obtenir une réunion avec le premier ministre a captivé l'attention nationale et la sympathie de bien des Canadiens. D'autres, par contre, l'accusent de mauvaise gestion financière et même de corruption. En 2014, son conjoint, ancien gérant d'Attawapiskat, a été accusé de fraude et de vol. Affaires autochtones et Développement du Nord ont récemment demandé à la réserve de rendre plus de 1,8 million de dollars en fonds pour le logement qui n'avait pas été attesté lors d'un contrôle fiscal.

Spence croit que les médias ont tendance à déformer la vérité, lorsqu'il s'agit d'elle ou de sa communauté, plutôt que de se concentrer sur les faits. Elle affirme qu'elle est tourné vers le futur.

« Attawapiskat sera toujours ici, et nous sommes fiers en tant que people, et notre culture a toujours été notre fondement le plus solide, dit Spence. Nous avons tellement vécu, surtout l'école résidentielle, mais nous voulons guérir et aller de l'avant avec une attitude positive. »

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Si vous vous promenez le long de la rivière vers la nouvelle école, vous comprendrez pourquoi les gens ne quittent pas. Au crépuscule, la lumière se réfléchit sur les ondulations dans l'eau et brille comme les diamants extraits par De Beers non loin de là. Attawapiskat est un symbole national de la laideur qui persiste dans les réserves éloignées du Canada, mais c'est aussi un endroit de grande beauté.

« Nous honorons la terre parce qu'elle existe pour nous. Elle nous donne la vie, dit Spence. De Beers a le slogan, les diamants, c'est pour toujours. Il en va de même pour notre terre et notre culture. C'est pour toujours. »

La chef, qui se dit en train d'approfondir sa connaissance de la culture Cri, veux augmenter l'apprentissage traditionnel à Attawapiskat et l'enseignement de la langue Cri de la maternelle à la troisième année. Mais elle ajoute qu'en ce moment, il n'y a pas les moyens pour le faire.

L'enseignante Mandy Alves craint que beaucoup de ses élèves croient maintenant, à cause de l'école résidentielle, que leur culture est inutile. Elle croit que c'est une clé importante pour comprendre pourquoi tant de jeunes d'Attawapiskat ont si peu d'ambition. Pourquoi la plupart ne terminent pas le secondaire.

Charles Angus décrit une « timidité culturelle » qui empêche bien des Cris de prendre la parole. Ce qui rend les choses difficiles dans une classe du type occidental.

Plutôt que de participer, beaucoup d'élèves se cachent le visage sous leurs casquettes ou capuches.

John, l'enseignant, dit qu'il a même demandé à ses étudiants de répondre par haussement des épaules, pour lui donner un moyen d'accorder une note.

Il voudrait mieux comprendre les méthodes d'enseignement Cri traditionnelles. Mais il craint que pour l'instant, Attawapiskat n'ait pas les moyens de former leurs propres enseignants.

« Envoyer quelqu'un pour faire quatre ans d'université en plus d'une formation d'enseignant est une tâche monumentale, et en ce moment, bien des élèves ne sont pas prêts à le faire, dit John. Donc, pour l'instant, ce sera encore une fois des blancs qui enseignent les autochtones. »

D'autres voies sont possibles.

Depuis bientôt 20 ans, les Mi’kmaw an Nouvelle-Écosse ont leur propre système scolaire.

En 1997, un accord tripartie historique a transféré la compétence en matière d'éducation du gouvernement fédéral au Mi’kmaw et a créé le Mi’kmaw Kina’matnewey, une organisation scolaire qui fonctionne essentiellement comme une commission scolaire.

Contrairement à une commission scolaire provinciale, le Mi’kmaw Kina’matnewey ne gère pas les écoles Mi’kmaw de la province. Il agit plutôt en tant qu'organe consultatif, donnant des conseils et partageant son expertise plutôt que de diriger les écoles sous sa juridiction. Il distribue environ 47 millions de dollars par année aux communautés membres.

Selon l'entente, les écoles des Premières Nations dans la province doivent offrir des programmes comparables à ceux offerts dans le reste du Canada, pour assurer que le niveau des élèves soit reconnu partout au pays.

Parallèlement, Mi’kmaw Kina’matnewey s'est assuré que l'éducation culturelle soit au centre de ses efforts, et des cours de langue Mi’kmaw sont offerts dans chaque école secondaire sous sa supervision. L'an dernier, une première classe d'étudiants ont reçu leurs diplômes dans le programme d'immersion Mi’kmaw à l'école secondaire Chief Allison Bernard Memorial à Eskasoni.

Les résultats ont été tout à fait surprenants. En 2012-2013, Mi’kmaw Kina’matnewey a atteint un taux de réussite au niveau secondaire d'un peu moins de 88 pour cent, plus de deux fois la moyenne de 35 pour cent chez les Premières Nations à l'échelle nationale.

Plus impressionnant encore, Mi’kmaw Kina’matnewey a aidé des élèves Mi’kmaw à devenir des enseignants Mi’kmaw. Aujourd'hui, environ 50 pour cent des enseignants dans le système sont Mi’kmaw.

C'est un facteur crucial, qui crée autrement un cercle vicieux. Plus le système évolue, plus il forme d'enseignants Mi’kmaw, et plus il y a d'enseignants Mi’kmaw qui se joignent au système, mieux les écoles réussissent à répondre aux besoins culturels de ses élèves.

Bien qu'une réserve isolée comme Attawapiskat doit affronter des défis particuliers, l'exemple Mi’kmaw démontre que l'éducation autochtone n'est pas un problème sans solution.

Si le Canada veut que plus de jeunes comme Holly puissent se réaliser, le pays doit résoudre ce problème.

C'est le mois de novembre et Holly est à Toronto, où elle fait de son mieux pour ne pas montrer sa peur.

Assise sur un tramway en route pour un colloque au Ontario College of Art and Design, elle essaie de comprendre les instructions pour retourner à son logement. Son trajet consiste en une ligne droite le long de la rue Queen, mais l'idée de trouver son chemin seule dans la grande ville lui fait paniquer.

Quand elle aperçoit le collège, elle commence vraiment à avoir peur.

Quitter une réserve isolée comme Attawapiskat pour arriver dans une grande ville pour faire ses études exige un apprentissage ardu.

Selon John, l'année dernière, trois diplômés du secondaire ont quitté Attawapiskat pour poursuivre des études postsecondaires. Tous sont revenus.

Après le colloque, Holly se rend à un magasin qui vend du matériel d'artiste et se laisse emporter par la peinture et le papier. Après avoir acheté le matériel nécessaire pour terminer une peinture murale chez elle, elle décide qu'elle veut aller chez Starbucks, pour la première fois.

Passant devant la grande façade de la galerie d'art de l'Ontario, Holly se retourne et dit qu'un jour ses œuvres seront exposés à l'intérieur du musée.

De retour à Attawapiskat quelques jours plus tard, Holly publie une photo du mur dans sa cuisine sur Facebook. À l'aide du matériel acheté à Toronto, elle a complété la murale qu'elle avait commencée en 2012 qui montre les membres de sa famille qu'elle a perdus.

À la droite, sa sœur Dakota tient sa fille dans ses bras.

À la gauche, Holly a ajouté sa nièce Alexa.