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Le Nigeria reporte les élections en raison des combats contre Boko Haram

07/02/2015 10:22 EST | Actualisé 09/04/2015 05:12 EDT

DAKAR, Sénégal - Le Nigeria reporte la présidentielle et les élections législatives jusqu'au 28 mars, car les forces de sécurité combattant les extrémistes de Boko Haram ne peuvent garantir la sécurité des électeurs à travers le pays, a annoncé samedi la commission électorale dans une décision qui devrait soulever l'ire de l'opposition.

Des responsables dans l'administration du président Goodluck Jonathan appelaient depuis plusieurs semaines au report des élections, soutenant que la commission n'est pas prête à orchestrer un scrutin présidentiel qui s'annonce comme le plus serré dans l'histoire du pays.

Reconnaissant que sa décision risquait d'alimenter la colère de certains, la commission électorale a dit vouloir assurer à toute la population qu'elle avait déterminé ce report de façon tout à fait indépendante.

Le président de la commission, Attahiru Jega, a affirmé samedi soir en conférence de presse que l'organisme avait envisagé de tenir le scrutin à l'extérieur des quatre États du nord-est les plus touchés par la montée des combattants islamistes de Boko Haram, avant de conclure que la probabilité d'une élection présidentielle non concluante serait «très, très élevée».

Des millions de personnes pourraient être privées de leur droit de vote si le scrutin allait de l'avant la semaine prochaine, alors que Boko Haram contrôle toujours d'importantes parties de territoire et crée un chaos qui a déjà déplacé 1,5 millions de résidants.

Des groupes de défense des droits civils avaient organisé une petite manifestation pour protester contre tout report du vote. La police a empêché les manifestants d'entrer dans les quartiers généraux de la commission électorale, dans la capitale, Abudja.

Les autorités électorales rencontraient samedi les partis politiques afin de leur demander leur avis sur le report demandé par le conseiller national en matière de sécurité, a rapporté aux journalistes le politicien Bashir Yusuf.

Ces élections étaient quelque peu hâtives: la date limite pour instaurer un nouveau gouvernement est le 29 mai. Cependant, alors que les massacres commis par Boko Haram font augmenter à chaque semaine le bilan des morts, la communauté internationale inquiète encourage le gouvernement de Goodluck Jonathan à tenir des élections démocratiques pacifiques. En visite au pays il y a deux semaines, le secrétaire d'État américain, John Kerry, a affirmé que l'une des meilleures façons de combattre Boko Haram était de tenir des élections crédibles et à la date prévue.

Selon les analystes, le pays n'a pas été aussi divisé depuis la fin de la dictature militaire en 1999. Depuis, Goodluck Jonathan a remporté toutes les élections. Sa popularité a toutefois pris un coup en raison de l'incapacité de l'armée à résister au soulèvement islamiste, de la corruption et de la situation économique difficile alors que les prix du pétrole ont chuté de près de 50 pour cent. Le Nigeria est le plus grand producteur de pétrole d'Afrique.

Un report des élections donnerait par ailleurs aux responsables électoraux plus de temps pour distribuer environ 30 millions de cartes de vote. Le commission avait déjà indiqué que le fait que près de la moitié des 68,8 millions d'électeurs inscrits n'avaient pas reçu leur carte n'était pas une bonne raison pour repousser le scrutin.

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