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«Coupable ou malade»: Jean-Luc Mongrain s'intéresse à la justice et aux troubles mentaux

07/02/2015 05:04 EST | Actualisé 07/02/2015 05:04 EST
Courtoisie Canal D

Jean-Luc Mongrain explore pour la première fois le médium qu’est le documentaire avec Coupable ou malade, une réflexion de 90 minutes sur l’épineuse question de la non-responsabilité criminelle pour causes de troubles mentaux, qui a causé une onde de choc chez les Québécois en 2011 lorsque Guy Turcotte a été reconnu non-criminellement responsable de la mort de ses deux enfants, et qui continue de faire jaser.

Dans la dernière année, l’animateur et son équipe ont voyagé au Canada, aux États-Unis, en France et en Italie, et ont recueilli les propos de spécialistes, psychiatres, scientifiques, victimes et agresseurs, afin de démystifier à la fois la maladie mentale et le système de justice, et d’exposer comment on établit des liens entre le crime et les troubles mentaux dans différents pays du monde. Isabelle Gaston, ex-conjointe de Guy Turcotte, y livre un témoignage, et y dit des choses «qu’on n’a jamais entendues ailleurs», aux dires de Jean-Luc Mongrain.

Coupable ou malade sera présenté ce dimanche, 8 février, à 19h, à Canal D, et sera rediffusé le jeudi 12 février, à minuit, et le vendredi 13 février, à 10h.

Nous nous sommes entretenus avec Jean-Luc Mongrain, qui nous a aussi parlé de ses autres projets.

Monsieur Mongrain, est-ce uniquement le verdit dans l’affaire de Guy Turcotte qui vous a poussé à vous intéresser à ce sujet?

«C’est clair que c’a été l’élément déclencheur, mais on s’en est vite détaché, parce qu’on n’aurait pas pu traiter du sujet de bonne façon si on avait étudié seulement ce cas-là. On s’est surtout demandé si ce genre de situations existe dans d’autres sociétés. Il n’y a pas de frontières pour le crime et les troubles mentaux. On s’est donc dit qu’on irait voir comment les systèmes fonctionnent ailleurs, dans l’évaluation de la maladie mentale et le fonctionnement de l’appareil de justice. Et on s’est aperçus que ça ne fonctionne pas partout de la même manière, mais que la non-responsabilité criminelle en fonction de la maladie mentale est une chose qui existe partout. Comment fait-on pour l’évaluer? Quels sont les systèmes d’évaluation dans le secteur de la santé et de la psychiatrie? Comment les systèmes de justice accueillent la preuve qui est mise devant eux? Ça ne se passe pas de la même façon partout. Ici, les psychiatres évaluent chacun de leur côté, pour la défense et pour la Couronne, le cas qui est devant eux, alors qu’ailleurs, c’est le juge qui a une liste de spécialistes en psychiatrie, et eux viennent évaluer le cas. Donc, il n’y a pas d’adversité entre les deux visions d’une même réalité.»

Croyez-vous que notre système judiciaire aurait à apprendre de celui des autres pays?

«Je pense qu’on a tous des choses à apprendre de tout. Mais, surtout, je pense que le système de justice doit être plus explicatif de son fonctionnement auprès de la population. Si on perd confiance en un système de justice, on fait mal à un pan important de la démocratie. C’est un risque et un danger. Moi, je souhaite, comme citoyen, que la justice nous dise davantage comment elle réfléchit, comment elle pense, comment elle fonctionne. Parce que, souvent, si on ne sait pas, on peut facilement réagir émotivement, avec des préjugés.»

Est-on justement trop émotifs devant certains crimes, certaines situations?

«Ça, c’est normal. Un crime odieux vient chercher l’émotion. La rationnelle revient après, peut-être. Nous sommes des êtres humains. Donc, il y a des choses que l’on accepte ou pas, nous avons une culture, une façon de voir. Moi, je ne suis pas à la défense des malades mentaux. Et j’espère qu’implorer la maladie mentale pour se sortir d’un geste inacceptable, ce n’est pas un sauf-conduit. Mais, comme citoyen, je veux savoir si nous vivons dans un système qui assure notre sécurité collective.»

Est-ce que le documentaire prend position?

«Non. C’est une démarche journalistique, pour voir comment ça se passe. Moi, je ne dis pas ce que j’en pense. Je n’ai pas à le dire non plus, parce que je ne suis pas dans un fait d’actualité, je suis dans une étude.»

Coupable ou malade est votre premier documentaire. Avez-vous aimé cette façon de travailler?

«C’est un document, une forme d’expression que je touche pour la première fois. J’ai été vraiment fasciné d’avoir du temps, de prendre le temps de traiter un sujet et de m’y consacrer. Moi qui suis un gars qui a fait beaucoup d’actualité, à la quotidienne, c’était un autre rythme de travail. Ce documentaire s’est peut-être fait plus rapidement que d’autres, parce que je suis porté à aller vite! C’est un format qui m’a beaucoup plu, et le sujet aussi.»

Vous êtes aussi à la barre de la série Indemnes, sur la chaîne Investigation, qui s’intéresse aux séquelles et à la réalité des victimes de crimes…

«Ça découle un peu de ça, par la force des choses. Les dirigeants de la station m’ont demandé si j’aimerais faire de grandes entrevues avec des agresseurs. Et j’ai répondu que je n’avais pas un grand intérêt pour les agresseurs! Ils ont déjà beaucoup de place, les agresseurs. Je trouve qu’on ne donne pas assez de place aux victimes, pour qu’elles viennent raconter ce qu’elles vivent, ce avec quoi elles ont à vivre, elles, pour le restant de leurs jours. Les victimes sont condamnées à vie à avoir été un jour une victime.»

Qu’en est-il de votre livre?

«Il sera publié à la mi-mars. C’est un livre qui veut essayer d’aider les gens qui ont, un jour ou l’autre, à prendre la parole en public. Pas seulement des dirigeants d’entreprises ; ça peut être quelqu’un qui est maintenant directeur de la ligue de hockey dans son quartier, et qui doit s’adresser au public. Plusieurs gens ont cette crainte, importante, de parler en public, parce qu’ils se sentent concernés, compromis. Je donne des trucs, des façons de faire, une façon de développer une attitude mentale, par rapport à ça. Ça s’intitule Prendre la parole : trucs et astuces, et ce sera publié aux Éditions de l’Homme.»

Enfin, on apprenait plus tôt cette semaine que vous serez le co-animateur de Pénélope McQuade, le dimanche soir, dans une édition supplémentaire de son talk-show, pendant tout l’été, à Radio-Canada. Vous traiterez surtout de sujets sociaux et politiques. Comment entrevoyez-vous votre rôle?

«Ce sera une formule qui va se mouler à ce que nous sommes, Pénélope et moi. Elle et moi allons tenter d’être une antenne réceptrice, de regarder ce qui s’est passé pendant la semaine, et on va s’abandonner à l’exercice de la communication en fonction de ce qui se produit dans la société, dans la vie des gens. On amènera un regard particulier, avec ce que nous sommes, sur toutes les sphères de l’actualité. J’essaierai d’être le citoyen curieux qui entre chez lui le dimanche soir après une journée au chalet, et qui se demande ce qui s’est passé dans l’actualité. Je vais continuer d’être qui je suis, avec un sourire. Selon moi, le dimanche soir, on a à peu près tous les mêmes préoccupations.»

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