POLITIQUE

La santé sous le bâillon : les médecins dénoncent à l'unisson le projet de loi 10 (VIDÉOS)

06/02/2015 07:15 EST | Actualisé 06/02/2015 07:15 EST

Amers et furieux, les médecins du Québec dénoncent à l'unisson le projet de loi 10 et le fait que le gouvernement de Philippe Couillard en accélère l'adoption par l'imposition d'un bâillon.

Vendredi, les médecins omnipraticiens, spécialistes et résidents, par la voix de leur fédération respective, ont tenu une conférence de presse commune pour descendre en flammes ce projet de loi qu'ils qualifient d'« irrecevable ». Rappelons que ce projet de loi entraînera, après son adoption, une vaste réforme administrative qui aura pour effet, notamment, d'abolir les agences régionales de la santé pour les remplacer par les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, affirme que ce projet de loi « a été tellement mal pensé et mal écrit » que le ministre de la Santé a dû, après son dépôt, ajouter 150 amendements aux 165 articles initiaux.

« Pas surprenant que l'étude de cette énorme pièce législative en commission parlementaire exige du temps. Enfin, après 10 jours ouvrables, 75 heures selon le ministre lui-même, le ministre Barrette a déjà atteint son quota. »

— La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur

Diane Francoeur estime qu'en fonçant ainsi tête baissée pour imposer ses vues, le gouvernement Couillard fait fi de la démocratie et force un brassage de structures « exécuté à la va-vite, dit-elle, pour des raisons essentiellement budgétaires ».

Le gouvernement Couillard affirme en effet que la refonte des structures du réseau de la santé générera des économies annuelles de 220 millions de dollars.

« Une réforme d'une telle ampleur ne peut se faire en muselant tout le monde et en bâclant le travail », fait valoir Diane Francoeur, qui affirme par ailleurs que « les gens qui travaillent dans le réseau de la santé ne peuvent pas tous avoir tort ».

« Une approche totalitaire et dictatoriale »

Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), critique sans ambages Gaétan Barrette, qui adopte une approche « totalitaire, dictatoriale, pour imposer ce projet de loi qui est très à risques pour le système de santé ».

« Est-ce que c'est la nouvelle façon de gouverner qu'on nous présentait il y a quelques mois? », demande Louis Godin.

Parmi les risques que le président de la FMOQ associe au projet de loi 10, il y a le fait que le ministre de la Santé Gaétan Barrette n'offre « aucune garantie » et laisse « beaucoup de zones floues ». En clair, les médecins généralistes ne savent pas où le ministre s'en va.

« On nous promet des précisions, mais c'est donner un chèque en blanc à quelqu'un qui se donne des pouvoirs illimités et qui les exerce en bâillonnant l'Assemblée nationale »

— Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)

Dans le domaine de la santé, a expliqué Louis Godin, la tendance veut qu'on tente de se rapprocher des patients pour leur prodiguer des soins de proximité. Or, d'après le président de la FMOQ, Gaétan Barrette et le gouvernement Couillard à sa suite empruntent le chemin inverse.

« On s'éloigne des gens qu'on soigne plutôt que de s'en rapprocher », dénonce Louis Godin.

« Le réseau est déjà mal en point; cette réforme pourrait l'achever », conclut-il.

Un projet de loi « élaboré en silo »

La Fédération des médecins résidents du Québec, par l'entremise de son président, Joseph Dahine, dit accueillir le bâillon avec une « grande amertume ».

Quant au projet de loi, il a été « élaboré en silo cet été et présenté de façon très expéditive à l'automne », d'affirmer M. Dahine.

L'empressement du gouvernement est incompréhensible pour les médecins résidents. Certes, affirme en substance Joseph Dahine, il faut améliorer la qualité et l'accès aux soins. Mais « l'urgence n'existe pas selon nous », dit le président de la FMRQ.

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