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Les soeurs Dufour-Lapointe veulent assurer la pérennité financière de leur fédération

04/02/2015 08:34 EST | Actualisé 04/02/2015 08:40 EST
Radio-Canada.ca

La pression, les sœurs Dufour-Lapointe la vivent au quotidien. En haut d'une pente parsemée de bosses. Pas devant cinq entrepreneurs chevronnés de l'émission Dragon's Den, qui pouvaient ou non assurer la pérennité financière de leur fédération.

Un texte de Manon Gilbert

Mais leur prestation au pendant anglophone de l'émission Dans l'œil du dragon a été à l'image de ce qu'elles présentent sur une piste.

Aux côtés du sauteur ontarien Travis Gerritts, Maxime Dufour-Lapointe a livré, avec assurance et aplomb, un discours qui a convaincu et touché le « dragon » Mikael Wekerle. Après 30 minutes de suspense (9 présentées à l'antenne), le propriétaire de Difference Capital, une société d'investissements bancaires, a accédé, sans aucune négociation, à la requête de l'équipe canadienne de ski acrobatique : une commandite de 500 000 $ par année pendant 4 ans.

Du jamais vu dans le sport canadien!

« J'ai vraiment adoré l'expérience, la préparation, le discours à faire, comment le rendre avec la bonne tonalité, la bonne émotion pour que ça vienne de moi. [...] C'est extrêmement intimidant de rentrer dans une place de production où tu as 5 personnes qui savent ce qu'est la business. On en est ressortis extrêmement gagnants. C'était un peu comme les Jeux olympiques de la télé », a déclaré l'aînée des sœurs Dufour-Lapointe, rencontrée mercredi à Montréal, en marge de la Coupe du monde de Val Saint-Côme, samedi.

« On n'avait pas l'aide suffisante, on a osé quelque chose, on a été avant-gardistes et je pense que dans la vie c'est ça, il faut essayer, peu importe la situation, pour aller chercher ce qu'on veut pour performer. Tout est possible, il faut travailler parfois très fort. Mais si tu veux, tu peux », a renchéri la cadette Chloé.

N'en demeure pas moins que leur passage remarqué la semaine dernière à la célèbre émission de la CBC révèle un problème nouveau : les fédérations canadiennes doivent maintenant rivaliser d'audace pour renflouer leurs coffres.

Mais comment une fédération qui a vu sept de ses athlètes monter sur le podium, dont trois sur la plus haute marche, aux Jeux olympiques de Sotchi en arrive-t-elle là? D'autant plus qu'elle a toujours été l'une des fédérations choyées par À nous le podium (ANLP) qui lui verse 3,78 millions en 2014-2015, soit la plus grosse part du gâteau parmi toutes les fédérations de sports d'hiver.

« Ce qu'il faut savoir, c'est que l'argent du gouvernement est réservé à un usage très spécifique et il doit être dépensé d'une certaine façon sinon on doit le remettre. Par exemple, avant les Jeux, l'argent d'ANLP servait à la préparation olympique, soit les camps d'entraînement, les compétitions, le personnel de soutien », explique Bruce Robinson, chef de la direction de Ski acro Canada.

Les 500 000 $ récoltés à Dragon's Den, qui s'ajoutent au budget annuel de 6,1 millions, donneront plus de flexibilité à Ski acro Canada. Et ce ne sont pas nécessairement les Dufour-Lapointe et autre Mikaël Kingsbury qui en bénéficieront.

La fédération veut soutenir davantage de compétitions à travers le pays, comme les Championnats juniors canadiens, ce qu'elle n'était pas en mesure de faire depuis deux ans. Elle travaille aussi à un programme de sensibilisation au dopage et à un autre pour encourager les jeunes filles à faire du ski acrobatique comme athlète ou entraîneure.

« Au final, tout cet argent nous permet de construire autour de l'équipe nationale, en particulier pour le développement d'athlètes pour 2022 et 2026 », a poursuivi M. Robinson.

Continuer d'innover

La saison dernière, outre son équipementier, l'équipe canadienne n'arborait aucun commanditaire sur ses manteaux. Les retraits de Postes Canada et RBC après les Jeux olympiques de Vancouver avaient laissé un grand vide que Ski acro Canada n'avait pas réussi à combler. Au grand dam d'Alexandre Bilodeau, qui avait vivement critiqué la stratégie marketing des hautes instances à l'automne 2012.

« Depuis la fin de la dernière saison, nous nous sommes associés à d'autres commanditaires (11 au total) qui ont fait monter le pourcentage de commandites de 2 à 12 % », affirme Bruce Robinson.

L'un de ceux-là, Placements Mackenzie, a innové en parrainant tous les sports de neige au Canada pour les quatre prochaines années.

Reste que pour remettre l'épreuve de sauts au programme des Coupes du monde de Val Saint-Côme et Calgary, Ski acro Canada aurait besoin de 200 à 350 000 $ supplémentaires.

« Une Coupe du monde coûte entre 500 et 800 000 $ selon le nombre d'événements que l'on présente. On doit être responsable financièrement. Nous avons pris l'engagement cette année, peu importe notre situation financière, de présenter seulement une épreuve de bosses », affirme le chef de la direction.

Les sœurs Dufour-Lapointe, Kingsbury, Gerritts, Dara Howell et Mike Riddle ont créé un précédent la semaine dernière. Mais Ski acro Canada et les autres fédérations devront continuer d'innover pour attirer les commanditaires, surtout que le Canada est un petit marché et que le Comité olympique canadien (COC) joue maintenant dans leurs plates-bandes. Le COC s'est transformé en véritables aimants à commandites : 100 millions au cours du dernier cycle olympique et un objectif de 200 millions pour le prochain.

« Ils ont une marque avec les anneaux. C'est une marque qui a de l'influence et avec laquelle les investisseurs veulent s'associer. C'est vrai, ils font partie de nos compétiteurs. Cependant, nous voyons le COC comme un partenaire parce qu'une partie de l'argent amassé revient aux fédérations nationales.

« Nous devons trouver des idées créatives pour attirer de nouveaux partenaires. Nous devons en donner plus aux commanditaires, ils veulent un retour d'investissement, un partenariat d'affaires. »

Dans le contrat avec Difference Capital, obtenu à Dragon's Den, les skieurs acrobatiques doivent prendre part à sept activités promotionnelles par année.

Nul doute, l'époque où les athlètes cousaient un écusson sur leur manteau et où les fédérations empochaient l'argent sans rendre de comptes est bel et bien révolue.

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