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Le père oblat Eric Dejaeger est condamné à 19 ans de prison pour crimes sexuels

04/02/2015 02:09 EST | Actualisé 06/04/2015 05:12 EDT

EDMONTON - Un ancien père oblat reconnu coupable de dizaines de crimes sexuels sordides commis contre des enfants inuits il y a 35 ans alors qu'il était missionnaire dans le Grand Nord a été condamné mercredi à 19 ans de prison.

Eric Dejaeger, d'origine belge, avait été reconnu coupable en septembre dernier de 32 chefs d'accusation pour des actes commis au tournant des années 1980 à Igloolik, un hameau qui faisait partie à l'époque des Territoires-du-Nord-Ouest, mais qui se trouve aujourd'hui au Nunavut. Il avait par ailleurs été déclaré non coupable de 48 autres chefs d'accusation.

Ses victimes — 12 garçons et 10 filles — étaient pour la plupart âgées entre huit et 12 ans au moment des crimes, mais certaines ont pu être âgées de quatre ans seulement, et d'autres jusqu'à 18 ans.

Plusieurs sont venues dire au tribunal que le père oblat les menaçait des feux de l'enfer ou d'une rupture totale avec leurs parents si jamais ils s'avisaient de parler. Dejaeger attirait aussi certains enfants affamés avec de la nourriture.

Dejaeger, âgé de 67 ans, était notamment accusé d'attentat à la pudeur, de séquestration, de sodomie, de rapports sexuels illégaux et de bestialité. Les crimes, commis entre 1978 et 1982, sont tellement sordides que le juge Robert Kilpatrick a cru bon d'ajouter une mise en garde à sa décision écrite.

Le juge a estimé qu'il se devait de prononcer une peine sévère et exemplaire, «à cause du caractère moralement répréhensible des gestes posés, mais aussi pour dénoncer ces crimes sexuels commis contre des enfants et des adolescents du Nunavut, et dissuader» ceux qui seraient tentés de les imiter, surtout dans ce coin de pays aux prises avec un taux élevé de violences sexuelles.

«Pour plusieurs victimes, les crimes que vous avez commis ont sonné la fin de leur vie et le début de leur survie», a écrit le juge à l'endroit de l'accusé.

Le magistrat a par ailleurs encouragé les victimes à mettre de côté leur colère et à refaire leur vie, autant que faire se peut. «Vous devez maintenant être capables de faire confiance aux autres. Vous devez apprendre à vous fier à ce qu'il y a de bon autour de vous», a-t-il souhaité pour les victimes. «En dépit de ce qui vous est arrivé, il y a encore du bon chez les gens.»

Trois procès

La peine de 19 ans de prison sera amputée de huit ans pour tenir compte de la détention préventive, depuis 2011, et il devra donc passer onze ans derrière les barreaux. L'avocat de Dejaeger avait demandé la clémence du tribunal pour son client âgé, mais le juge Kilpatrick a estimé que les Services correctionnels sont tout à fait en mesure de prendre soin de lui.

Dans les années 1990, l'ex-missionnaire avait déjà purgé une peine de cinq ans de prison après avoir été reconnu coupable de onze chefs d'agressions contre des enfants d'une autre communauté inuite du Nunavut, Baker Lake. Après avoir purgé cette peine, il a appris, en 1995, que la Gendarmerie royale du Canada s'apprêtait à porter d'autres accusations, pour les événements d'Igloolik cette fois, et Dejaeger s'était réfugié en Belgique, où les oblats l'ont hébergé.

Les responsables de la communauté religieuse ont plus tard admis qu'ils savaient que leur prêtre s'apprêtait à quitter le pays, et Dejaeger a témoigné au procès que les autorités judiciaires canadiennes lui avaient conseillé de partir discrètement.

Même s'il était l'objet d'un mandat d'amener international, il a coulé des jours paisibles pendant 16 ans dans des résidences de la communauté religieuse en Belgique, avant d'être finalement retracé par des journalistes. Il a été ramené au Canada en 2011.

Dejaeger n'en a pas fini avec la justice: un autre procès doit s'ouvrir à Edmonton relativement à quatre autres chefs d'accusation d'agressions sexuelles.

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