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La Jordanie exécute une prisonnière irakienne en réponse à la mort d'un pilote

04/02/2015 12:44 EST | Actualisé 05/04/2015 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - La Jordanie a exécuté deux prisonniers à l'aube, mercredi, en réponse à l'assassinat de son pilote par le groupe armé État islamique.

Des images mises en ligne quelques heures plus tôt montrent apparemment le lieutenant Muath al-Kaseasbeh étant brûlé vif après avoir été enfermé dans une cage.

Le pilote avait été capturé alors qu'il participait aux frappes de la coalition américaine contre les djihadistes. Son exécution d'une manière aussi brutale a provoqué la colère à travers le Moyen-Orient et donné lieu à des manifestations contre le groupe État islamique en Jordanie.

Le père du pilote a demandé au gouvernement de venger son fils, et les dirigeants ont promis que leur réponse serait impitoyable. Le roi Abdullah II, un allié précieux de l'Occident, a écourté une visite à Washington pour rentrer chez lui. Des milliers de personnes l'ont acclamé à son arrivée à l'aéroport en agitant des photos du roi et du pilote ou encore des drapeaux jordaniens.

À Raqqa, la capitale de fait du groupe armé État islamique, les djihadistes ont diffusé les images de l'exécution sur des écrans géants, ont rapporté des militants syriens sur place.

Le porte-parole du gouvernement jordanien, Mohammed al-Momani, a déclaré que deux prisonniers, Sajida al-Rishawi et Ziad al-Karbouli, ont été exécutés tôt mercredi. Al-Rishawi avait été condamnée à mort pour son rôle dans un triple attentat dans un hôtel de la capitale jordanienne, Amman, en 2005, qui a fait 60 morts. Al-Karbouli avait été condamné à mort pour avoir planifié des attentats contre des Jordaniens en Irak.

Les exécutions ont eu lieu à la prison de Swaqa, à environ 80 kilomètres au sud d'Amman.

Les djihadistes avaient offert d'échanger le pilote pour al-Rishawi. L'échange a toutefois avorté quand la Jordanie a exigé une preuve que le militaire était toujours vivant. L'armée jordanienne a indiqué au cours des dernières heures que le lieutenant al-Kaseasbeh a été exécuté le 3 janvier, ce qui signifie que les responsables savaient que ces négociations étaient futiles.

Des leaders politiques et religieux de tout le Moyen-Orient se sont empressés de condamner l'exécution du pilote. Le directeur de la mosquée égyptienne Al-Azhar, le plus important lieu de savoir sunnite, a déclaré que les djihadistes méritent d'être crucifiés et amputés, comme le prescrit le Coran pour les ennemis de Dieu et du prophète Mahomet.

«L'Islam interdit de prendre une vie innocente», a dit le grand cheik Ahmed al-Tayeb. Il a ajouté que l'Islam interdit aussi de mutiler le corps humain, même en temps de guerre, ce qu'ont fait les djihadistes en brûlant vif le pilote.

Un autre religieux saoudien bien en vue, le cheik Salman al-Oudah, a rappelé que le prophète Mahomet a déclaré que la punition par le feu est réservée à Dieu dans l'au-delà.

Un théologien associé aux djihadistes, Hussein Bin Mahmoud, a répliqué que le Coran demande aux musulmans de punir leurs ennemis de manière identique. Puisque les frappes aériennes «brûlent» des musulmans, a-t-il dit, il était justifié de brûler le pilote.

Le leader des 57 membres de l’Organisation de la coopération islamique, le plus important bloc de pays musulmans de la planète, a lui aussi condamné cette exécution.

«(Cela) méprise complètement les droits des prisonniers décrétés par l'Islam, ainsi que les normes de moralité humaine pour la guerre et le traitement des prisonniers», a dit Iyad Madani par voie de communiqué.

Le meurtre du pilote jordanien a également été dénoncé par la Turquie, le Qatar, l'Iran, les Émirats arabes unis, le Japon et Bahreïn.

«Il n'y a pas de chose pareille dans notre religion (...) et ils n'ont rien à voir avec l'Islam», a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Un analyste américain, David L. Phillips, croit que l'exécution brutale pourrait se retourner contre le groupe État islamique en antagonisant les sunnites, notamment les tribus sunnites d'Irak. Il croit aussi que les récentes défaites militaires des djihadistes peuvent être responsables des exécutions.

«Ils doivent compenser en exécutant leurs prisonniers de manière de plus en plus brutale», a-t-il dit.

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