DIVERTISSEMENT

«Un jukebox dans la tête»: Jacques Poulin a le cœur qui palpite (ENTREVUE)

03/02/2015 04:49 EST | Actualisé 03/02/2015 04:49 EST
Denise Cliche

« J’ai lu tous vos livres et… je vous ai fait une petite place dans mon cœur. » Simple, concise, délicate, cette phrase d’une admiratrice réveille chez l’écrivain Jack Waterman des sensations qu’il croyait ne plus jamais retrouver, après l’accident vasculaire cérébral subi à Paris. Une phrase que Jacques Poulin a lui-même reçue en cadeau et qui a semé en lui l’envie d’écrire un nouveau roman, Un jukebox dans la tête.

Visiblement marquants, ces quelques mots ont plus d’effet sur Waterman que lorsqu’il apprend que la secrétaire de son immeuble rédige une thèse sur l’ensemble de son œuvre. « À vrai dire, il n’ose pas montrer qu’il est impressionné par le projet de thèse, pour ne pas paraître prétentieux. Mais la petite phrase de la jeune femme, quand je l’ai entendue il y a quatre ans, ça m’a donné un petit coup au cœur », confie Jacques Poulin en entrevue.

Un émoi surprenant de la part d’un auteur qui se méfie de plus en plus des compliments des lecteurs. « Ça m’ait arrivé plusieurs fois d’engager une conversation avec des gens qui disaient aimer mes bouquins et qui en rajoutaient en nommant d’autres auteurs qu’ils apprécient. Lorsque ce sont des écrivains qui ont envers l’écriture une attitude complètement opposée à la mienne, ça enlève du poids à ce que les lecteurs viennent de me dire… »

Poulin n’est pourtant pas imperméable au regard extérieur. « Dans les médias, je lis les critiques favorables, sans m’attarder. Il y a une espèce de mécanisme de défense qui se joue. Au contraire, si la remarque est défavorable – sans que ce soit complètement négatif, auquel cas ça démolit l’auteur complètement –, elle me rend service et me pousse à réfléchir. »

À l’image de son alter ego, Jack Waterman, l’écrivain se décrit comme un ermite, presque misanthrope, qui préfère rester dans l’ombre et fuir le petit monde littéraire. « Lorsque j’ai publié mon premier roman, je préférais que le livre vive par lui-même. Je donnais peu d’entrevues. Je voulais que le roman soit à l’avant-scène et que je sois placé le plus loin possible derrière. Je laissais le lecteur se débrouiller seul. Les choses ont peu changé depuis. »

Il n’est donc pas surprenant de constater que Poulin évite les salons du livre. « J’en ai visité quelques-uns au Québec et en France, mais j’ai toujours détesté l’atmosphère étouffante et le grand nombre de livres qui donnent l’impression que d’ajouter un roman de plus ne donne presque rien. Aussi, j’ai toujours été mal à l’aise avec les lecteurs et les autres auteurs. »

Certains de ses collègues risquent d’ailleurs de réagir à la critique que porte son personnage envers les apôtres de la littérature-spectacle :

Extrait :

«COMMENT DEVENIR UNE VEDETTE LITTÉRAIRE

1. Tu choisiras des titres qui parlent de sexe.

2. Tu passeras à toutes les émissions de télé.

3. Tu porteras des vêtements qui te façonneront une image.

4. Tu apprendras par cœur des phrases courtes et percutantes.

5. Tu fréquenteras tous les salons du livre.

6. Tu diras que ton livre est tiré à cent mille exemplaires et traduit en vingt langues.

7. Tu écriras dans une île où à l’étranger pour impressionner le lecteur.

8. Tu feras adapter tes livres à l’écran, au théâtre ou en comédie musicale.

P.-S. Une fois devenu vedette, tu écriras n’importe comment, les critiques ne diront rien.»

Jack Waterman s’en prend également aux auteurs qui produisent un roman par année, ce qui serait plus de l’ordre de la fabrication que de la création, selon lui. « Ça, c’est une idée qui appartient à mon narrateur. Je suis moins sévère que lui. Quoique… sans nommer personne, il m’arrive de feuilleter les livres de certains auteurs qui produisent à ce rythme, pour analyser leur écriture. C’est parfois rempli de défauts et d’énormités. »

Le nouveau roman de Jacques Poulin – écrit en quatre ans – offre une large place au chassé-croisé entre Jack et Mélodie, qui se lient d’affection. La jeune femme, orpheline, habituée des centres d’accueil, ex-droguée et amoureuse de la littérature, relate la période où elle a vécu dans le garage d’un « bouncer » surnommé Boris, un homme étrange qui espère d’elle plus qu’elle ne veut lui donner.

Peu à peu, une dynamique amicale-amoureuse s’installe entre la rouquine et l’écrivain, à coups de souvenirs et d’histoires. « On sent entre eux quelque chose de l’ordre de l’affection réciproque, comme s’ils cherchaient, en alternant leurs souvenirs, à devenir une seule personne. Mais je ne voulais pas décrire un rapport amoureux très précis ni écrire une scène où ils font l’amour ensemble. C’est une forme de cliché qu’on retrouve dans trop de romans. Les deux personnes se rapprochent, petit à petit, jusqu’à ce qu’ils réalisent de quoi ils ont réellement besoin. »

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