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Prévention du suicide: parler d'Anaïs et du suicide de son père (VIDÉO)

02/02/2015 04:18 EST | Actualisé 03/02/2015 11:17 EST

Elle était enfant quand son père s'est enlevé la vie. Il était le cousin de ma mère. Aujourd'hui, à l'occasion de la Semaine de prévention du suicide, on vous raconte l'histoire d'Anaïs. Une histoire difficile à raconter lorsqu'on ne nous a jamais enseigné comment parler de la mort.

Un texte de Marie-Michelle Lauzon

Le soir du 15 décembre 1996, le nom de son père résonna si fort dans la maison familiale qu'Anaïs resta enfermée dans la salle de bain. À ce moment précis, sans le savoir, sa vie bascula. Devant elle, ses petites pouliches flottaient dans l'eau de son bain. Au sous-sol, son père venait de s'enlever la vie. Elle avait neuf ans. Dix-huit ans plus tard, Anaïs brise le silence.

De mon côté, j'ai grandi avec la photo de son père sur mon réfrigérateur. Je n'ai jamais su qui était Raymond Lacroix, encore moins ses deux filles. Ma mère me disait : « C'est un cousin que j'aimais beaucoup, on faisait de la motoneige ensemble, c'est tellement triste qu'il soit mort. » Après le décès de son cousin, ma mère a perdu le lien qui réunissait nos deux familles. Jusqu'à tout dernièrement.

J'ai rencontré Anaïs pour la première fois il y a trois ans. Le genre de rencontre marquante, où un simple café dans un restaurant s'est transformé au fil des années en une multitude de cafés, et ce, sur une base quotidienne.

Mais aujourd'hui, nous n'allons pas prendre de café et refaire le monde. Nous allons parler du suicide de son père. Moi en tant que journaliste, elle, en tant qu'invitée.

Trouver les mots justes

Personne ne m'a expliqué au cours de ma carrière comment aborder le thème du suicide. J'ai appris plusieurs choses en tant que journaliste, l'art de poser les bonnes questions, d'être à l'écoute, le sens de la rigueur, de l'analyse, mais parler de la mort, on ne m'a jamais enseigné comment bien le faire.

Mais je dois le faire, et surtout bien le faire. Je dois poser le genre de questions qu'on ne souhaite jamais devoir poser : comment as-tu appris le suicide de ton père?

J'ai eu la chance de faire plusieurs entrevues au cours de ma carrière dans les médias, mais aborder la question du suicide avec Anaïs m'a profondément bouleversée. La ligne éditoriale entre la compassion et la rigueur journalistique est mince. Trouvez les mots justes pour expliquer un tel drame relève de la science, selon moi, et non de l'expérience.

Je ne peux imaginer la douleur que cette question représente pour elle. La faire ramener 18 ans en arrière, et elle en parle comme si c'était hier. Écoutez un extrait de son témoignage ci-dessous.

Jusqu'au moment, pendant l'entrevue, où elle s'est donné le droit de pleurer. Je dis droit, car elle m'avoue ne jamais s'être donné le droit de pleurer la mort de son père, elle devait être forte pour sa mère et sa sœur, du haut de ses neuf ans.

«Je suis tombée en mode survie. Quand c'est arrivé, je n'ai pas pleuré. [...] Je me disais que je n'avais pas le droit.»

— Anaïs

À travers son regard, une fragilité, une petite fille qui a grandi trop vite, qui est devenue une adulte à neuf ans, qui a compris qu'on peut perdre les gens qu'on aime du jour au lendemain.

Et c'est pour cette raison qu'elle a décidé de raconter son histoire. Si elle réussit à sauver une famille, un papa, une maman, elle aura gagné.

Elle n'a pas pardonné à son père. La douleur est trop grande, mais elle l'aime inconditionnellement, il était pour elle le meilleur papa au monde.

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