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Cour internationale de Justice de l'ONU: pas de génocide entre Serbes et Croates

03/02/2015 06:05 EST | Actualisé 05/04/2015 05:12 EDT

LA HAYE, Pays-Bas - Le plus haut tribunal des Nations unies a tranché mardi que la Serbie et la Croatie n'ont pas commis de génocide l'une envers l'autre lors des conflits sanglants qui ont éclaté dans les années 1990, après le démantèlement de la Yougoslavie.

Cette décision pourrait apaiser l'animosité qui persiste entre les deux voisins.

La Cour internationale de Justice affirme que les forces serbes ont commis des crimes importants en Croatie au début de la guerre, mais que ceux-ci ne constituaient pas un génocide.

Le comité de 17 juges a ensuite statué qu'une offensive lancée par la Croatie en 1995 pour reprendre du territoire aux rebelles serbes a aussi donné lieu à des crimes majeurs, mais sans qu'on puisse évoquer un génocide.

Les combats survenus en Croatie entre 1991 et 1995 ont fait environ 10 000 morts, en plus de chasser des millions de personnes de chez elles.

La décision de mardi n'a rien d'étonnante, puisque le tribunal de l'ONU pour les crimes de guerre en Yougoslavie, un tribunal distinct lui aussi installé à La Haye, n'a jamais accusé Serbes ou Croates de génocide sur le territoire de l'autre.

La Croatie avait soumis le dossier à la Cour internationale de Justice en 1999, en exigeant que la Serbie lui verse une compensation monétaire. Belgrade avait répliqué avec sa propre poursuite, en faisant valoir que «l'opération Tempête» lancée par les forces croates en 1995 représentait un génocide.

Le président du tribunal, Peter Tomka, a rejeté les deux plaintes. Il a reconnu que plusieurs crimes ont été commis lors des combats entre Croates et Serbes, et il a demandé aux deux camps de travailler à une réconciliation durable. Le tribunal estime aussi que les victimes de ces violences ont droit à une compensation adéquate.

Les décisions de la Cour internationale de Justice sont finales et juridiquement contraignantes.

M. Tomka a expliqué que des crimes commis par les deux belligérants — comme des meurtres et des expulsions massives — font partie du crime de génocide, mais les juges ont statué que ni la Serbie, ni la Croatie ne cherchaient «spécifiquement» à détruire les populations ciblées.

Les deux pays se sont dits déçus de la décision du tribunal, tout en reconnaissant que le moment est venu de passer à autre chose.

«Nous ne sommes pas heureux, mais nous acceptons ce jugement de manière civilisée, a dit le premier ministre croate Zoran Milanovic. Ça fait plus de 20 ans; la Croatie est maintenant membre de l'Union européenne et elle peut construire son avenir.»

En Serbie, le président Tomislav Nikolic a déclaré que si le tribunal a rejeté les allégations serbes de génocide, il a quand même aboli «certains stéréotypes habituels» qui font des Serbes les seuls responsables de la guerre.

«Malgré cette injustice, un pas important a été franchi», a dit M. Nikolic. Il ensuite exprimé le souhait de voir la Croatie et la Serbie aller de l'avant «en toute bonne foi».

Un jugement rendu en 2007 avait reconnu Belgrade non coupable de génocide relativement au massacre de 8000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica, en 1995, tout en statuant que la Serbie avait contrevenu à la convention contre les génocides en empêchant ce massacre — le pire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale — d'être commis.

La guerre de Croatie aurait fait une vingtaine de milliers de morts. Elle a éclaté après que la Croatie ait proclamé son indépendance de la fédération yougoslave.

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