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Montréal: le sort du centre communautaire de l'imam Hamza Chaoui scellé par un nouveau règlement municipal (VIDÉO)

02/02/2015 01:40 EST | Actualisé 02/02/2015 02:50 EST

Le conseil de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve a entériné lundi matin en séance extraordinaire un règlement qui permet d'empêcher l'ouverture du centre communautaire Ashabeb, dans lequel souhaitait prêcher l'imam fondamentaliste Hamza Chaoui.

On peut y lire que les activités dites « communautaires » doivent être de nature « sportive et culturelle » et qu'ils « ne comprennent pas les lieux de prière ou activités d'enseignement ayant trait à la religion ».

« Ce qu'on a adopté, ça a pour conséquence de geler la requête pour permis d'occupation [...] que s'apprêtait à déposer le centre Ashabeb pour accueillir l'imam » Chaoui, résume le maire de l'arrondissement, Réal Ménard, dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

« Aucun centre communautaire ne va pouvoir avoir des activités d'enseignement religieux. On ne vise pas une dénomination religieuse en particulier; un règlement doit être plus général. Donc, centre communautaire et enseignement religieux, ça ne sera pas possible dans l'arrondissement. »

— Réal Ménard, maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

M. Ménard dit avoir rencontré la personne qui a déposé la demande de permis pour le centre Ashabeb et n'avoir aucun doute sur les objectifs réels qui étaient entretenus. « On voyait bien dans la programmation que, sous couverture d'activités communautaires, il y avait l'enseignement du Coran », a-t-il dit.

Réal Ménard soutient que la décision « ingénieuse » de l'arrondissement s'appuie uniquement sur des impératifs de sécurité publique.

« Le maire Coderre et moi avons eu accès [à des informations] auprès d'agences de renseignement et d'organismes responsables de l'application de la loi », a-t-il commenté.

« Clairement, nous avons compris qu'il n'est pas souhaitable d'offrir une tribune à l'imam Chaoui, pas sur des raisons de liberté d'expression - encore qu'on peut être indigné par ses propos -, mais il y a vraiment des impératifs de sécurité publique qui englobent et dépassent l'imam. »

— Réal Ménard, maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

Réal Ménard n'a pas voulu dire quelles informations il a obtenues, ni qui les lui a fournies. « On est tenu par la confidentialité », s'est-il justifié. Il s'est contenté de dire que le maire et lui ont été « très actifs pour obtenir l'information la plus à jour ».

« Plusieurs organismes, plusieurs personnes, nous ont fait un portrait assez fidèle » de l'imam, a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.

Le règlement adopté lundi ne concerne que l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Selon Réal Ménard, le maire Coderre souhaite cependant que l'initiative soit reprise sur l'ensemble du territoire. « Si les 19 maires voulaient agir, ça pourrait se faire assez rapidement », a-t-il commenté.

Le maire Ménard admet que l'arrondissement « n'est pas à l'abri d'une contestation judiciaire » dans ce dossier, mais dit croire que les tribunaux approuveraient l'approche de l'arrondissement en raison des « impératifs de sécurité ».

« Je ne vous dis pas que c'est un point final. Je vous dis que pour l'objectif qu'on recherche, dans un horizon de très très très court terme, l'objectif est atteint. Mais je ne peux pas vous dire que le débat est clos, c'est clair. »

— Réal Ménard, maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

Réal Ménard admet par ailleurs qu'il aimerait bien que toute personne demandant un permis d'occupation puisse être soumise à une enquête de sécurité. Il reconnaît cependant que cela n'est pas du ressort des municipalités.

Couillard content

De passage à Saguenay, le premier ministre du Québec Philippe Couillard s'est dit « très content » de la décision prise par les autorités municipales. « Ce n'est pas un discours que l'on accueille favorablement au Québec, loin de là. Bien sûr, il y a une liberté d'expression chez nous, mais elle doit être encadrée, et surtout pas permettre de glissement vers le radicalisme, et même éventuellement vers une dérive encore plus sérieuse », a-t-il déclaré.

« Vous savez, à partir du moment où on commence à définir jusqu'où la liberté d'expression va, il faut être très prudent. Il faut s'assurer qu'on intervienne de la bonne façon. Pour moi, le repère, c'est le repère de la sécurité, du danger de radicalisation. C'est sur ce repère-là que la Ville de Montréal a pris sa décision. C'était à eux de la prendre, et je suis très content qu'il l'ait pris », a-t-il ajouté.

M. Couillard a admis que le gouvernement du Québec a « relativement peu d'outils » pour intervenir dans une situation pareille. Il a néanmoins assuré que son gouvernement allait déployer un « ensemble de mesures » d'ici la fin de la session, en évoquant l'intervention préventive dans les communautés; une législation sur la neutralité de l'État et des mesures « contre des manifestations radicales de la pratique religieuse qui portent atteinte aux droits des gens. »

« On va agir, mais de façon très large. C'est de cette façon qu'il faut aborder cette question qui est compliquée. Surtout [il faut] éviter la démagogie et les raccourcis faciles, et faire croire aux gens que c'est facile à régler, alors que ce sont des questions qui sont compliquées. Ce sont des questions de vie en société qui sont extrêmement importantes. Nous, on va les aborder de façon équilibrée, avec comme première priorité, bien sûr, la sécurité de nos gens », a-t-il dit.

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