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« Nous ne voulons pas la guerre, mais nous sommes prêts », clame le chef du Hezbollah

31/01/2015 10:04 EST | Actualisé 31/01/2015 10:04 EST
Radio-Canada.ca

L'auditorium dans la banlieue sud fortifiée de Beyrouth était bondé. D'un côté, femmes et enfants, de l'autre, les hommes. Aux premiers rangs, les familles des six hommes du Hezbollah tué le 18 janvier dernier dans une frappe israélienne à Kouneïtra en Syrie.

Un texte de Marie-Eve Bédard au Liban

Pendant que des chants à la gloire de la résistance faisaient patienter la foule, certains dans l'assistance osaient espérer que le dirigeant du groupe chiite libanais, d'habitude reclus, s'adresserait à eux en personne.

Après tout, le Hezbollah venait à son tour d'infliger des pertes à l'ennemi quelques jours plus tôt, quand des hommes du Hezbollah ont attaqué un convoi de l'armée israélienne dans le territoire contesté des fermes Chebaa, faisant deux morts et sept blessés.

Mais c'est projeté sur un écran géant installé sur la scène que Hassan Nasrallah s'est adressé aux siens pour la première fois depuis la dangereuse escalade de violence. Il a d'abord rendu hommage aux « martyrs » de ce qu'il qualifie d'assassinat prémédité par les Israéliens de six de ses hommes et d'un général iranien des gardiens de la révolution.

« Le mélange du sang iranien et libanais sur la terre syrienne de Kouneïtra représente notre unité de cause et combat contre les Israéliens », a-t-il dit.

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a plusieurs fois accusé l'Iran d'utiliser le Hezbollah dans le Golan syrien pour ouvrir un nouveau front offensif contre Israël.

L'attaque menée par le Hezbollah mercredi dernier a été revendiquée par la « brigade des martyrs de Kouneïtra ».

« Nous avons bien étudié notre riposte et nous nous sommes préparés au pire. Nous étions prêts au sacrifice et prêts à subir toutes les conséquences. Mais malgré le niveau d'alerte maximale de son armée, l'État hébreu a été incapable d'empêcher notre opération », a ajouté le dirigeant du Hezbollah.

Une déclaration accueillie par les applaudissements nourris d'une foule conquise d'avance.

À l'État hébreu, Hassan Nasrallah a lancé un avertissement. « Après l'attaque de Kuneitra, vous nous avez testés. Je vous dis maintenant, ne nous testez plus. La résistance n'est pas affaiblie et ne le sera jamais. Nous ne voulons pas la guerre [...], mais la résistance est prête militairement à la faire car nous n'avons pas peur. »

Un message pour les chiites

S'il parlait à ce moment aux Israéliens, c'est un message qui s'adresse beaucoup plus à sa base chiite, croit le professeur Hilal Khashan de l'Université américaine de Beyrouth.

« Il devait avoir l'air fort devant ses partisans. Ça fait partie du discours obligé. Ce sont des choses qu'il ne cesse de répéter, parce qu'il sent que sa base a des doutes sur ses capacités. Il doit d'abord les rassurer que la présence du Hezbollah en Syrie ne diminue pas sa puissance au Liban. Mais ce n'est pas vrai. »

En soulignant les parallèles des attaques de Kouneïtra et des fermes de Chebaa, Hassan Nasrallah s'est dit satisfait d'avoir rendu aux Israéliens la monnaie de leur pièce.

« Ils nous ont attaqués de jour, nous avons riposté de jour. Ils ont frappé un convoi de véhicules, nous aussi. »

Mais le professeur Khashan croit plutôt que la riposte du Hezbollah a été soigneusement calculée pour éviter de plonger le parti de Dieu dans une guerre qu'il n'a pas les moyens de mener.

« La réponse ne fait pas le poids, elle n'est pas du tout proportionnelle et c'était un calcul méticuleux de la part du Hezbollah. Dans le choix des armes, du lieu et de la cible. »

Appels au calme

Les appels au calme se sont multipliés dans la région et dans les grandes capitales de la diplomatie cette semaine. La possibilité d'un nouveau front actif au Moyen-Orient donne froid dans le dos de plusieurs observateurs. Nicholas Noe de Mideast Wire souligne que depuis le dernier conflit qui a opposé Israël et le Hezbollah en 2006, la puissance militaire des deux parties s'est dangereusement développée.

« La puissance de feu des Israéliens est énorme. Ils pourraient littéralement faire reculer le Liban dans le temps de plusieurs décennies, sinon plus s'ils le veulent. De la même manière, le Hezbollah dispose de missiles qui peuvent atteindre des cibles précises partout sur le territoire israélien. Israël a desinstallations nucléaires dans le sud. Il y a quelques années, le Hezbollah a réussi à y faire survoler un drone avec caméra. L'arsenal est si imposant de part et d'autre et la haine mutuelle après plus de trente ans de conflit est si vive que si les deux camps, ou l'un des deux, devaient choisir de pousser les hostilités plus loin, on irait vers un scénario catastrophe qui serait difficile à contenir », dit-il.

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