POLITIQUE

Radicalisation: les gardiens des prisons québécoises laissés à eux-mêmes

29/01/2015 04:37 EST | Actualisé 29/01/2015 06:09 EST
bortn76 via Getty Images

QUÉBEC - Le ministère de la Sécurité publique ne fait rien pour prévenir la radicalisation des détenus au Québec, déplore le syndicat des gardiens de prisons provinciales.

«Il n'y a pas de formation sur la radicalisation», déplore le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ), Mathieu Lavoie. Le ministère n'a pas non plus émis de directive particulière pour aborder ce nouveau phénomène.

«Il va falloir qu'il y ait une politique pour nous dire comment agir et comment intervenir auprès de ces gens-là. Et surtout, comment les repérer», dit-il.

Mathieu Lavoie cite l'exemple d'un présumé djihadiste détenu à la prison de Rivière-des-Prairies en attendant que les autorités déterminent sa véritable identité. «Tu fais quoi avec une telle personne? Tu le mets avec qui?», demande le président du SAPSCQ.

Les jeunes sont particulièrement à risque d'être radicalisés, croit Mathieu Lavoie. «C'est un discours qui peut leur paraître attrayant, estime-t-il. En tant qu'agents de première ligne, il faudrait qu'on puisse intervenir pour éviter que ces gens-là gangrènent le reste la population carcérale.»

Au cabinet de la ministre Sécurité publique, on confirme que le ministère n'a pas donné de consigne générale aux établissements de détention. En raison du type de peine purgée, le phénomène est moins répandu dans les établissements provinciaux que dans les pénitenciers fédéraux, explique l'attaché-presse de la ministre Thériault, Jean-Philippe Guay.

«On surveille la situation de près et, si la situation le requiert, nous n'hésiterons pas à transmettre des consignes formelles en matière de radicalisation», ajoute-t-il.

Ailes séparées?

En France, le phénomène de radicalisation dans les prisons a été largement documenté. Deux des trois responsables des attentats de Paris, Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly, auraient été radicalisés en prison.

Si le phénomène est moins important au Québec, le syndicat commence à «entendre des cas», surtout dans la région de Montréal. En plus des détenus provinciaux, les centres de détention accueillent les prévenus destinés aux pénitenciers fédéraux en attente de leur sentence.

Pour contrer le phénomène, les autorités françaises isolent les individus radicaux dans des ailes séparées. Le Québec devrait étudier cette possibilité, croit Mathieu Lavoie. «Pour le moment, la surpopulation fait qu'on ne sait pas trop où les mettre», dit-il.

Mais il craint que le gouvernement tarde à agir dans le contexte des compressions budgétaires. Déjà le gouvernement Couillard a annoncé la fermeture du centre de détention de Chicoutimi pour des raisons économiques.

«On a entendu cette semaine monsieur Couillard dire que la sécurité n'a pas de prix, alors on espère que le gouvernement n'oubliera les services correctionnels», dit Mathieu Lavoie.

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