POLITIQUE

Tolérance de l'intégrisme religieux: Djemila Benhabib est troublée par des propos de Philippe Couillard

29/01/2015 12:05 EST | Actualisé 31/03/2015 05:12 EDT
Caroline Dastous

QUÉBEC - L'ex-candidate péquiste et militante pour la laïcité Djemila Benhabib se dit troublée de voir que le premier ministre Philippe Couillard tolère l'intégrisme religieux.

Mme Benhabib a affirmé jeudi que le terrorisme est un produit de l'intégrisme, qui est par essence antidémocratique.

«Montrez-moi un intégrisme qui respecte le droit des femmes, ça n'existe pas, a-t-elle dit jeudi. L'intégrisme, ce n'est pas Le Petit prince, ce n'est pas Alice au pays des merveilles. L'intégrisme est une idéologie abjecte qui porte en soi la discrimination, la haine de l'autre et la détestation. Par essence, il est antidémocratique, contrevient aux droits humains et bafoue la dignité humaine.»

Lors d'une conférence en compagnie d'une journaliste de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, Mme Benhabib a réagi à de récents commentaires de M. Couillard.

«Un premier ministre qui considère qu'il n'est pas de son devoir de combattre l'intégrisme religieux, je trouve ça quand même troublant, a-t-elle dit. Je suis troublée et c'est pour ça que je dis que je suis extrêmement inquiète pour notre devenir commun. Parce que le terrorisme est le rejeton de l'intégrisme.»

Plus tôt cette semaine, M. Couillard a affirmé que l'intégrisme doit être considéré comme un choix personnel qui peut être toléré tant qu'il ne s'attaque pas aux droits de la personne. Avec un plan d'action à venir, le gouvernement s'attaquera au radicalisme.

Commentant ces nuances apportées par M. Couillard, Mme El Rhazoui a de son côté mis le premier ministre en garde contre la confusion entre intégrisme et piété.

«Je me demande si M.Couillard ne confond pas intégrisme et piété, a-t-elle dit. La piété, qui est une pratique pieuse de la religion, c'est quelque chose qui relève je pense de l'intimité et de la spiritualité personnelle. Tandis que l'intégrisme est une idéologie et cette idéologie, c'est exactement ce qui mène au terrorisme. Le terrorisme n'est pas un acte isolé qui surgit, qui est ex nihilo. Le terrorisme est le produit direct, logique, de l'intégrisme et du fondamentalisme religieux.»

Selon Mme El Rhazoui, qui rentre en France vendredi après une tournée au Québec avec Mme Benhabib, combattre le terrorisme ne peut se limiter à accroître les mesures de sécurité.

«La façon répressive, c'est quelque chose qui s'applique dans l'urgence, a-t-elle dit. Or, sur le long terme, il faut combattre le terrorisme en amont, en déconstruisant les idéologies qui mènent, qui produisent des terroristes.»

Candidate péquiste, Mme Benhabib a été défaite dans Trois-Rivières en 2012, puis dans Mille-Îles en 2014.

Jeudi, Mme Benhabib ne s'est pas prononcée sur l'opportunité d'établir un lien entre les tergiversations de M. Couillard, sur l'échéancier d'une législation sur la laïcité, et son travail en Arabie saoudite, à titre de médecin, puis comme conseiller du ministre de la Santé.

Mme Benhabib a préféré insister sur la nécessité que le débat suscité par la charte de la laïcité du Parti québécois inspire les politiciens à traiter de ce sujet de façon non partisane.

«Je souhaiterais que ce débat sur la laïcité ne soit plus un débat partisan, a-t-elle dit. Je suis triste de constater que nous n'avons pas retenu les leçons du débat sur la charte des valeurs que nous avons connu. Parce que s'il y a bien une leçon qu'on aurait dû retenir c'est qu'une grande majorité des Québécois était en faveur des différentes dispositions de la charte et qu'on était à deux doigts de réussir.»

La semaine dernière, des représentants péquistes ont dû nuancer leurs propos après avoir soupçonné M. Couillard d'appréhender la question de la laïcité de l'État à la lumière de son expérience en Arabie saoudite, un pays où la loi islamique est en vigueur et dont les violations des droits de la personne sont dénoncées.

Sans se prononcer sur les activités de M. Couillard, Mme El Rhazoui a affirmé qu'il est impossible de considérer amicalement le régime monarchique au pouvoir en Arabie saoudite.

«C'est un régime barbare, c'est un régime qui considère les femmes comme des êtres inférieurs, qui les oblige à porter le voile, qui leur interdit de conduire, qui coupe des mains, qui coupe des pieds, qui fouette», a-t-elle dit.

Rappelant la cas de Raïf Badawi, un blogueur dont la famille vit à Sherbrooke et qui a été condamné à 1000 coups de fouet, Mme El Rhazoui s'est demandée «dans quelle mesure on peut être démocrate et ami avec ce régime».

Plus tôt cette semaine, M. Couillard a affirmé que ses activités avec l'Arabie saoudite ne signifiaient pas qu'il endosse les violations des droits de la personne. Le premier ministre a contacté récemment l'ambassadeur saoudien au Canada concernant le cas de M. Badawi.

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