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«Merveilles et mirages de l'orientalisme» de Benjamin-Constant: l'orientaliste bling-bling (PHOTOS)

28/01/2015 10:44 EST | Actualisé 28/01/2015 10:44 EST
MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) inaugure à partir de samedi la première grande rétrospective sur Jean-Joseph Constant dit Benjamin-Constant jamais présentée au Canada. L’exposition imposante revient sur un artiste français dont les œuvres orientalistes auront en partie légitimé le colonialisme.

«Merveilles et mirages de l’orientalisme» de Benjamin-Constant

Montée en collaboration avec le Musée des Augustins de Toulouse, l’expo Merveilles et mirages de l'orientalisme est en soi une gageure. La recherche, la restauration de certaines peintures qui ont été sorties des réserves où elles accumulaient poussières et négligences (certaines grandes toiles étaient d’ailleurs roulées) dévoilent un travail de moine qui permettent la découverte d’un héritage artistique éparpillé un peu partout à travers le monde.

Benjamin-Constant, à ne pas confondre avec l'écrivain d'Adolphe, est un peintre inconnu, considéré par les spécialistes de l’art comme le dernier des grands orientalistes. Le sortir des oubliettes montre à quel point il était de son temps. Une époque marquée par le colonialisme et le romantisme que l’artiste dandy réussira mieux que nul autre à marier pour connaître de son vivant une gloire éphémère.

Le talent au service de l’empire colonial

Coloriste de grand talent, il connaîtra un incroyable succès autant en France qu’en Amérique du Nord. Et en la matière, le peintre pompiste savait d’ailleurs se faire pompeur pour attirer l’attention au grand Salon de Paris, seul endroit aux ambitieux pour se faire un nom. Il s’y prend à merveille assurant très tôt sa fortune. En 1876, il présente son monumentale Entrée du Sultan Mehmet II à Constantinople, un tableau de sept mètres de haut qui fait impression. Cela lui vaudra ses entrées dans les cercles mondains de la IIIe République.

Bon élève à la cause coloniale, Benjamin Constant (1845-1902) jouait avec les faits triturant la réalité historique pour mieux sublimer son public friand d’exotisme et de sentiment de supériorité. Le sauvage à civiliser résonne comme un mauvais souvenir. Il ira jusqu’à friser le ridicule en affublant de costumes improbables ses figures sorties d’un bal de carnaval. L’orientalisme bling-bling à son summum, faits de clichés, de mensonges et de préjugés que les prochaines générations finiront par mettre au rencart. Encore chanceux qu’il n’est pas totalement disparu.

Ses harems où languissent les captives à la peau blanche et à moitié nue dévoilent un décor certes magnifié, mais dans lequel le clair-obscur atteint une maestria tout à fait impressionnante. Dommage qu’il manque à tout cela l’humanité qui aurait certainement tout fait pardonner. L’artiste qui a pourtant voyagé au Maroc s’enfonce en privilégiant le sensationnaliste sans savoir peut-être les conséquences dramatiques qu’auront ses tableaux sur la psyché hégémonique des colonisateurs français.

Car même si beaucoup de ses tableaux sonnent faux évidemment, d’autres atteignent le sublime. Voilà le paradoxe Benjamin-Constant, s’il y en a un, qui s’exprime dans les teintes hallucinantes et le jeu des lumières qui rappellent Delacroix ou Rembrandt, en particulier dans ses portraits alors libérés des fantasmes de l’orientalisme. Preuve qu’il pouvait s’en éloigner.

Il reste que l’exposition a su prendre le recul nécessaire. Divisé en six parties, le parcours s’intéresse au Salon et son attrait pour le cercle toulousain dont fait partie Benjamin-Constant. C’est également l’occasion d’une incursion dans l’imaginaire plus inoffensif de l’orientalisme dans ce qu’elle contient de rêveries et de séductions. Ainsi retrouvera-t-on des tableaux (plus de 250) de grands maîtres, Delacroix en tête.

Et pour mettre le tout en perspective, y sont exposées des œuvres contemporaines de trois artistes marocaines. En empruntant les codes visuels de l’orientalisme, elles démontent un mythe et créent le dialogue visuel et conceptuel subtil avec les tableaux du peintre français du XIXe siècle.

Merveilles et mirages de l’orientalisme: de l’Espagne au Maroc, Benjamin-Constant en son temps, Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu'au 31 mai 2015.

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