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René Jodoin, fondateur du Studio d'animation français de l'ONF, est décédé

26/01/2015 04:38 EST | Actualisé 28/03/2015 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le cinéaste et producteur québécois René Jodoin, l'un des premiers collaborateurs de Norman McLaren à l'ONF, puis le fondateur du Studio d'animation en français, est décédé le 22 janvier à Montréal, à l'âge de 94 ans, a indiqué l'Office national du film, lundi.

Né à Hull en 1920, rapidement attiré par le dessin, René Jodoin étudie à l'École des beaux-arts, à Montréal. C'est là que vient le recruter le grand cinéaste d'animation canadien McLaren, pour l'emmener avec lui à l'ONF à Montréal. Il coréalise aussitôt avec le maître «Alouette», en 1944 — puis, plus tard, en 1969, «Sphères». Il travaille ensuite à produire cartes géographiques, génériques, effets spéciaux et documentaires à l'ONF, puis des films scientifiques.

Surtout attiré par l'abstraction géométrique, il réalise en 1966 «Notes sur un triangle». La même année, l'ONF lui confie le difficile mandat de fonder un studio d'animation à la toute nouvelle Production française, à Montréal. Ce créateur, également doué pour l'administration et la pédagogie, rassemble autour de lui une équipe de jeunes cinéastes d'animation — Pierre Hébert, Co Hoedeman, Paul Driessen, Francine Desbiens, Suzanne Gervais, Jacques Drouin —, qui réaliseront plus tard des chefs-d'oeuvre primés un peu partout dans le monde.

Sous sa bienveillante protection, l'ONF sera présente, pendant des années, dans la liste des finalistes et lauréats aux Oscars, Palmes d'or, Ours et autres récompenses mondiales, comme «Balablok» de Bretislav Pojar (Palme d'or du court métrage à Cannes en 1973), ou «Le Château de sable» de Co Hoedeman (Grand Prix du festival d'Annecy en 1977, Oscar du court métrage d'animation).

En 1974, grâce à une collaboration qu'il avait tissée avec le Conseil national de recherches du Canada, il produit l'un des premiers films réalisés par ordinateur: «La Faim», de Peter Foldès (1974, Prix du jury à Cannes).

En 1977, René Jodoin quitte le Studio français d'animation mais reste producteur et réalisateur à l'ONF, ce qui lui permet de consacrer plus de temps à son œuvre personnelle, tout en demeurant producteur. Il renouera ainsi avec l'abstraction géométrique pour «Rectangle et Rectangles», en 1984, un «film de clignotement» réalisé par ordinateur avec un jeune prodige de l'informatique nommé Daniel Langlois, qui réalisera l'année suivante «Tony de Peltrie», avant de fonder plus tard la maison Softimage, puis le complexe cinématographique Excentris.

Après son départ de l'ONF, il réalise en 1985 «Question de forme», et poursuit de son côté des expérimentations graphiques avec un micro-ordinateur, qui donneront en 1998 un dernier film, «Entre-temps et lieu».

Le gouvernement du Québec lui a remis en 2001 le prix Albert-Tessier, sa plus haute distinction dans le secteur du cinéma.

«René Jodoin a été un mentor pour toute une génération de cinéastes d'animation, mais aussi l'un de ceux qui ont contribué à introduire l'informatique dans la production de films d'animation, à une époque où la chose était loin d'aller de soi», a écrit le réalisateur Pierre Hébert.

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