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«Plonger dans la vie»: Émilie Heymans, comme vous ne l'avez jamais lue (ENTREVUE)

26/01/2015 01:21 EST | Actualisé 26/01/2015 01:21 EST
Courtoisie

Quand il est question d’Émilie Heymans, le grand public pense à la blonde aux yeux azur qui a marqué l’histoire du sport avec 4 médailles en 4 Jeux olympiques et un titre de championne du monde en 2003. Mais derrière les faits saillants se cachent une somme de travail affolante, des sacrifices assumés, des complexes difficiles à imaginer et une charge émotive qu’elle a longtemps tenue sous silence. En publiant sa biographie, Plonger dans la vie, l’ex-plongeuse dévoile tout.

On se surprend à découvrir qu’elle s’entraînait en gymnastique 24 heures par semaine, à un très jeune âge, avant de voir ses rêves brisés, en raison d’un physique inadéquat pour la discipline. On rigole en découvrant pourquoi elle a dormi dans un cabanon aux JO de Sydney, pourtant réputés pour être les mieux organisés de l’histoire. On revit ses échecs et ses moments de grandeur, en réalisant qu’elle fait partie de la vie publique depuis plus de quinze ans.

Par-dessus tout, on découvre l’humaine derrière la plongeuse. Les entraînements éreintants avec son entraîneur Michel Larouche, pour qui une séance qui ne fait pas mal ne vaut rien. L’état d’extrême fatigue avec lequel elle devait composer. Les décisions qu’elle essayait de comprendre, au tournant des années 2000. L’effritement graduel qui a mené à l’éclatement de leur relation en 2005, après une 4e place à la tour, aux Championnats du monde de Montréal, quand Larouche a remis en question sa capacité à exécuter un plongeon et son investissement à l’entraînement, dans les médias. On sent la trahison, la tristesse et la fin d’un chapitre.

En entrevue, Émilie Heymans affirme ne pas avoir hésité à révéler les détails de cette affaire. « C’était important que ce soit dans le livre, parce que c’est un gros morceau de ma vie. Je n’en veux pas à Michel. Il a pris ses décisions en croyant chaque fois que c’était la meilleure chose pour moi. Je pense qu’il est conscient de qui il est. Pour un entraîneur, être reconnu difficile avec ses athlètes, ce n’est pas un reproche. Ça fait partie de son caractère. Il doit rester intègre avec lui-même. Mais à un moment donné, j’ai perdu confiance en lui et il était temps que nos chemins se séparent. »

Une carapace de timidité

Si sa maturité saute aux yeux, on remarque également son ouverture à parler de ses émotions, elle que son père décrit pourtant comme une huitre et que les médias ont longtemps perçue comme une athlète réservée, pour ne pas dire impossible à interviewer. « Quand j’ai décidé de faire la biographie, je n’avais pas le choix de m’ouvrir au maximum. Je suis restée discrète sur certains aspects de ma vie privée, mais je voulais raconter tout ce que j’avais vécu dans le sport. »

Les entraînements, les compétitions, les voyages. Mais aussi l’absence de temps libre, la vie sociale limitée et la fatigue. Des sacrifices aux yeux de plusieurs, des choix selon Heymans. « J’ai toujours pensé comme ça. En faisant d’autres choix, c’aurait signifié que je n’étais pas entièrement dévouée à mon sport. Si j’avais voulu plus de vie à l’extérieure du plongeon, je n’aurais pas accompli tout ce que j’ai réussi. »

Déterminée, Émilie Heymans? Plus qu’on pourrait le croire, si on se fie à l’anecdote où elle explique avoir poursuivi une compétition, le corps recouvert d’ecchymoses, après avoir un « flat » gigantesque, l’équivalent d’une chute de trois étages, à 50 km/h. « Ça fait partie de ma personnalité. Je n’aurais pas été contente si je n’étais pas allé au bout de la compétition. Quand je rate un plongeon, je suis fâchée et je fais tout pour bien performer ensuite. Je tout fait pour percer et performer dans mon sport. »

Les exigences du grand public

Dans sa biographie, l’Olympienne ne se gêne pas non plus pour décocher quelques flèches au public, qui impose aux athlètes une image de perfection. « Les gens s’attendent à ce qu’on ait un comportement irréprochable et qu’on soit des modèles pour leurs enfants, en ce qui concerne la santé, le bien-être et la persévérance. Évidemment, ce sont des traits de caractère dont on a besoin pour être de calibre international. Mais j’ai toujours eu de la difficulté à me voir comme un modèle. Je ne me sens aucunement parfaite! Durant une certaine période de ma vie, j’avais l’impression qu’on attendait ça de moi. Un jour, dans un party de famille, une jeune fille m’a vu manger des croustilles et elle était extrêmement déçue de me voir faire ça. C’est un exemple tout simple, mais m’a fait de la peine. »

Heymans explique d’ailleurs pourquoi son poids a été au cœur de ses préoccupations pendant près de trois décennies. D’abord comme gymnaste, alors que les entraîneurs exigeaient que les fillettes se pèsent régulièrement. Puis, en plongeon, quand Michel Larouche lui faisait remarquer sans délicatesse les livres qu’elle devait perdre.

Des réflexes et des pensées qui lui ont mené la vie dire, quand elle était enceinte en 2013. « C’est une des raisons qui ont fait en sorte que j’ai détesté être enceinte. Je grossissais et je ne me sentais pas bien dans ma peau. Mais en même temps, je ne peux pas me plaindre… parce que je ne faisais pas du tout attention à ce que je mangeais quand j’étais enceinte. J’ai un peu couru après! »

Outre le temps qu’elle consacre à sa petite Fiona, Émilie Heymans est porte-parole pour Fibrose kystique Québec et continue de travailler sur sa ligne de maillots de bain, qu’elle aimerait bientôt vendre en magasins. « J’aimerais aussi aller aux JO de Rio l’an prochain, pour vivre l’expérience d’une façon différente. »

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