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Budget fédéral: pas de compressions «majeures» pour atteindre l'équilibre

26/01/2015 12:55 EST | Actualisé 28/03/2015 05:12 EDT

OTTAWA - Le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, promet qu'il ne procédera pas à des compressions d'envergure pour atteindre l'équilibre budgétaire, mais ouvre la porte à l'idée de puiser dans le fonds de prévoyance afin d'y parvenir.

En cette journée de rentrée sur la colline du Parlement, lundi, les ténors conservateurs ont tour à tour assuré qu'ils maintenaient le cap sur le retour à l'encre noire malgré la dégringolade des prix du pétrole.

Mais pour ce faire, le gouvernement pourrait être contraint de piger dans le fonds de prévoyance de 3 milliards $, a reconnu M. Oliver en point de presse dans le foyer des Communes, à l'issue de la période des questions.

«Je n'écarte pas un recours au fonds de prévoyance. C'est ce que le budget permettra de déterminer», a-t-il exposé avant d'exprimer un certain agacement à «toujours répondre aux mêmes questions».

Le leader du gouvernement en Chambre, Peter Van Loan, avait fait valoir en matinée que ce coussin financier «a toujours fait partie du budget et peut être utilisé en cas de circonstances imprévues».

«Et dans l'éventualité où il ne serait pas dépensé au cours d'une année donnée, il peut évidemment être utilisé pour les finances du pays», avait-il précisé.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) n'est pas chaud à l'idée et plaide que les fonds mis de côté dans cette enveloppe sont destinés aux «désastres naturels» et non aux «désastres politiques».

Mais voilà, le premier ministre Stephen Harper s'est «peinturé dans un coin» en promettant des baisses d'impôt — des engagements qu'il se doit maintenant d'honorer coûte que coûte —, a déploré le porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Nathan Cullen.

Et selon le député, pour éviter de perdre la face auprès de l'électorat, les conservateurs ont carrément commencé à «falsifier les livres comptables».

«Ils modifient les estimations du prix du baril de pétrole et des revenus qu'engrangera le gouvernement», a accusé M. Cullen.

«Pourquoi un ministre des Finances, un ministre des Finances conservateur, voudrait soudainement changer la formule pour ces estimations? Pour que la situation ait l'air plus reluisante qu'elle ne l'est en réalité», a-t-il tranché.

Le NPD profitera de sa journée d'opposition, mardi, pour réclamer la présentation «immédiate» d'une mise à jour financière et économique.

Les conservateurs ont déjà essentiellement fermé la porte à cette possibilité, lundi, par la bouche du ministre de l'Infrastructure, Denis Lebel.

«Le prochain budget sera au mois d'avril, a-t-il offert en guise de réaction à la motion du NPD. Nous balancerons le budget cette année et, comme à l'habitude, notre rigueur économique va être encore prouvée.»

Joe Oliver a annoncé il y a quelques jours qu'il reportait à avril le dépôt de son budget en raison de l'incertitude économique causée par la baisse du prix du pétrole.

Les partis d'opposition y ont vu un signe d'improvisation.

Et au cours des prochaines semaines, ils concentreront vraisemblablement leurs attaques sur le terrain de prédilection des conservateurs — celui de l'économie.

«Aucun chiffre qu'ils vont donner au mois d'avril ou après va avoir été analysé à la lumière du jour. On va tomber en campagne électorale. Ils vont pouvoir dire une chose et son contraire d'une journée à une autre», a suggéré le chef néo-démocrate Thomas Mulcair en point de presse, lundi après-midi.

Le chef libéral Justin Trudeau a lui aussi remis en question la crédibilité du gouvernement Harper.

«La réalité, c'est que quand ce gouvernement démontre aussi peu de transparence et de redavabilité par rapport à notre situation fiscale, ça devient très difficile de croire qu'ils vont (...) faire ce qu'ils disent», a-t-il laissé tomber à l'issue de la période des questions.

Invités à se prononcer sur l'acceptabilité d'enregistrer un léger déficit compte tenu de la conjoncture actuelle, ni M. Mulcair ni M. Trudeau n'ont voulu se prononcer.

Le changement de paradigme auquel Ottawa est confronté sera au coeur d'un rapport que publiera mardi le Directeur parlementaire du budget (DPB).

Le document, intitulé «Incidences financières de la baisse des prix du pétrole», offrira une analyse des effets de la chute des prix de l'or noir sur la situation budgétaire du Canada.

Un rapport publié le 13 janvier dernier par la Banque TD concluait que le gouvernement devrait enregistrer un déficit de 2,3 milliards $ en 2015-2016 en raison de la baisse des cours du pétrole.

Dans sa plus récente mise à jour fiscale et économique, en novembre, le ministre Oliver faisait miroiter un surplus budgétaire fédéral de 1,9 milliard $ pour l'an prochain.

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