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La prison pour avoir maltraité des personnes âgées : les parties suggèrent 15 mois

23/01/2015 09:01 EST | Actualisé 23/01/2015 09:02 EST
Radio-Canada.ca

Une ancienne préposée aux bénéficiaires du CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf, Immacula Eugène, devra purger une peine de prison pour avoir malmené des personnes âgées en perte d'autonomie et pour les événements survenus en 2013. Mais la juge Ellen Paré veut réfléchir à la durée proposée, qui est de 15 mois.

Un texte de Isabelle Richer

« Une peine de prison est incontournable », a déclaré la juge Paré. « Mais je veux examiner tout le dossier et penser à la suggestion des deux avocates. C'est un sujet sensible, parce qu'il touche toute la population. Tout le monde connaît quelqu'un ou a un proche vulnérable qui réside dans une maison d'hébergement et y reçoit des soins. »

Immacula Eugène, 52 ans, a reconnu sa culpabilité en février dernier à des accusations de voies de fait contre six bénéficiaires en plus d'avoir administré à deux reprises des anxiolytiques à deux patients, à leur insu, pour les faire dormir. Mme Eugène dissimulait les comprimés dans de la compote de pommes. Elle avait dérobé ces médicaments dans un autre établissement.

Une enquête du coroner a d'ailleurs établi que la consommation de ces médicaments (du Serax) a probablement entraîné une détérioration soudaine de l'état de santé d'un des deux patients, Denise Beaulieu, 87 ans, qui est décédée quelques jours plus tard.

La fille de Denise Beaulieu entretenait des doutes sur la qualité des soins que recevait sa mère. Pour en avoir le coeur net, elle a installé une caméra cachée dans sa chambre, et les images qu'elle a recueillies ne cessent de la tourmenter depuis. Elle y a vu sa mère être manipulée durement par Immacula Eugène.

« Maman ne méritait pas un tel traitement », a dit Diane Brosseau à la cour ce matin.

Sa mère ne pouvait ni parler ni se mouvoir.

Lorsque Diane Brosseau a découvert que sa mère était victime de mauvais traitements, elle s'en est plainte et Immacula Eugène a été congédiée.

Par la suite, d'autres comportements inadéquats ont été reprochés à Immacula Eugène, notamment qu'elle avait frappé un patient à coups d'oreiller, craché au visage d'un autre et aspergé d'eau une troisième, autant de mauvais traitements qui lui ont valu des accusations de voies de fait.

L'avocate de la défense a fait valoir que sa cliente avait eu un parcours difficile et qu'au moment des événements reprochés, elle venait de perdre son conjoint, décédé subitement.

Mme Eugène cumulait deux emplois, était surmenée et était sans doute dans un état dépressif.

Elle a entrepris une thérapie depuis son arrestation et a même trouvé du travail comme aide-cuisinière. Son employeur souhaite lui offrir un poste lorsqu'elle aura fini de purger sa peine.

Selon la poursuite, représentée par Me Suzanne Hébert, les gestes les plus graves sont sans contredit l'administration de médicaments contre la volonté d'un patient sans défense.

L'avocate a souligné que la préposée aux bénéficiaires a utilisé la violence contre des personnes particulièrement vulnérables et qui mettaient toute leur confiance en elle.

La juge Ellen Paré rendra sa décision le 4 février prochain.

Un CHSLD en PPP critiqué

Les faits reprochés à Immacula Eugène sont survenus en juillet 2013 au CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf, le premier centre du genre géré en partenariat public-privé (PPP) au Québec. C'est le Groupe Savoie, aussi propriétaire des Résidences Soleil, qui dirige l'établissement. La qualité des soins a fait l'objet de plusieurs critiques par le passé.

D'ailleurs, le propriétaire Eddy Savoie a déjà tenté de faire taire la fille d'une résidente qui se plaignait des soins, en la poursuivant pour diffamation. Sa poursuite a été rejetée et jugée abusive par la Cour supérieure. M. Savoie a été condamné à verser 300 000 $ en dommages à Pierrette Thériault-Martel.

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