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Le roi Abdallah d'Arabie saoudite est mort à l'âge de 90 ans

22/01/2015 06:29 EST | Actualisé 24/03/2015 05:12 EDT

RIYAD, Arabie saoudite - Le roi Abdallah d'Arabie saoudite, un puissant allié des Américains qui s'est joint à la lutte des États-Unis contre Al-Qaïda et a cherché à commencer à moderniser le royaume ultraconservateur, s'est éteint à l'âge de 90 ans, selon la télévision d'État.

Selon la télévision saoudienne, il est mort vendredi, après minuit. Son successeur est le prince Salmane, son frère âgé de 79 ans, qui a récemment assumé les responsabilités du roi alors que sa santé déclinait.

Le nouveau roi Salmane est un vétéran de l'administration du pays et agit dans la diplomatie depuis près de 50 ans. Il a été notamment gouverneur de la capitale, Riyad, et il est connu pour être le médiateur des disputes au sein de la vaste famille royale.

Il est ministre de la Défense depuis 2011, et était chef de l'armée lorsque l'Arabie saoudite s'est jointe à la coalition dirigée par les États-Unis pour éradiquer le groupe État islamique en Syrie, en 2014.

Abdallah, roi des réformes

Davantage que ses prédécesseurs, le roi Abdallah a consacré les énergies de son pays pétrolifère à façonner le Moyen-Orient. Sa priorité était de contrer l'influence de son rival, l'Iran majoritairement chiite, peu importe le domaine dans lequel le pays tentait de s'immiscer. Lui et d'autres monarques arabes se sont aussi fermement opposés à la vague de soulèvements prodémocraties qui a balayé le Moyen-Orient, croyant qu'ils représentaient une menace à la stabilité et à leur propre règne.

Le souverain, né à Riyad en 1924, était l'un des dizaines de fils du fondateur de l'Arabie saoudite, le roi Abdul-Aziz Al Saud. Comme tous ses frères, il n'a reçu qu'une éducation de base. Il a été choisi comme successeur à la couronne en 1982, le jour où son demi-frère Fahd a accédé au trône. Il est officiellement devenu roi à sa mort, en 2005.

Son objectif était de moderniser le royaume pour faire face à l'avenir. L'Arabie saoudite, l'un des plus grands importateurs de pétrole au monde, est très riche, mais le fossé est grand entre les riches et une population jeune qui a besoin d'emplois, de logements et d'éducation. Plus de la moitié de la population actuelle est âgée de moins de 25 ans. Pour le roi Abdallah, cela exigeait de créer de la main d'oeuvre qualifiée et de faire de la place aux femmes. Il a construit des universités et dégagé des bourses d'études pour les étudiants saoudiens à l'étranger.

Il a été le premier à accorder des sièges aux femmes au conseil de la Choura, un comité élu qui conseille le roi et le gouvernement. Il a promis aux femmes qu'elles pourraient voter et se présenter aux élections municipales — le seul ordre de gouvernement comptant des élections — en 2015. Il a nommé la première femme sous-ministre en 2009, et deux Saoudiennes ont participé aux Jeux olympiques pour la première fois en 2012. Quelques femmes ont également obtenu une licence pour exercer le droit comme avocates sous son règne.

L'un de ses plus grands projets, l'université de science et de technologie du roi Abdallah, ouverte en 2009, se voulait «occidentale». Les hommes et les femmes étudient ensemble dans les mêmes classes, une avancée majeure dans ce pays où une simple conversation entre un homme et une femme sur la rue peut amener la police morale à sévir.

Le nouveau roi Salmane semble approuver ces réformes, mais s'est aussi montré inquiet du fait que les choses évoluent trop rapidement. Dans une rencontre en 2007, il avait dit à un ambassadeur américain que «les facteurs sociaux et culturels», encore plus que religieux, exigeaient que le changement se fasse lentement et avec sensibilité. Il soulignait le pouvoir des multiples tribus du royaume.

Le roi Abdallah a appuyé des factions musulmanes sunnites contre les alliés de Téhéran dans plusieurs pays. Les ambitions communes de Riyad et de Téhéran ont également déclenché des conflits par pays interposés qui ont enflammé la haine à l'endroit des sunnites. La guerre civile en Syrie en est le plus triste exemple: les deux pays ont soutenu les camps opposés.

Alors que le roi Abdallah a maintenu l'alliance historique avec Washington, il y eut également des frictions lorsqu'il a tenté de mettre cette relation au diapason des valeurs saoudiennes. Le fait que les États-Unis ne réussissent pas à conclure une entente dans le conflit israélo-palestinien le frustrait constamment. Il a également poussé l'administration Obama à adopter une position plus ferme à l'endroit de l'Iran et à mieux soutenir les rebelles sunnites combattant le président syrien Bachar el-Assad.

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